La question migratoire a occupé une place centrale dans le discours prononcé vendredi 8 mai 2026 par Mohamed Ali Nafti, à l’occasion de la célébration de la Journée de l’Europe organisée à Tunis par la Délégation de l’Union européenne. Devant les ambassadeurs des États membres de l’UE, des représentants du corps diplomatique et plusieurs personnalités tunisiennes, le ministre des Affaires étrangères a réaffirmé la position tunisienne sur ce dossier particulièrement sensible.
Le chef de la diplomatie tunisienne a plaidé pour une « approche globale et équilibrée » fondée sur la responsabilité partagée, la promotion des voies de migration légale et la lutte contre les réseaux de trafic de migrants, a-t-on indiqué dans un communiqué des Affaires étrangères. Dans le même temps, il a réitéré le refus catégorique de la Tunisie d’être considérée comme un pays de transit ou d’installation des migrants en situation irrégulière, une position régulièrement martelée par les autorités tunisiennes ces derniers mois.
Mohamed Ali Nafti a également insisté sur l’importance des programmes de retour volontaire assisté, qu’il a présentés comme « le meilleur moyen de préserver la dignité et les droits des victimes ». Cette déclaration intervient dans un contexte régional marqué par une pression migratoire persistante en Méditerranée et par des discussions régulières entre Tunis et Bruxelles autour de la gestion des flux migratoires.
Une ligne ferme sur la migration irrégulière
Cette prise de position intervient alors que l’Union européenne multiplie les messages sur la nécessité d’une coopération étroite avec la Tunisie dans la gestion du dossier migratoire. La veille, jeudi 7 mai 2026, Giuseppe Perrone a rappelé que les relations entre la Tunisie et l’Union européenne ne se limitaient pas aux dimensions techniques ou financières, mais s’inscrivaient dans un « partenariat de longue durée ».
Le diplomate européen a également souligné que Tunis et Bruxelles partageaient un intérêt commun dans la lutte contre les réseaux de trafic d’êtres humains et les filières de migration irrégulière. Il avait toutefois tenu à préciser que le soutien européen dans ce domaine visait principalement à appuyer les organisations œuvrant à la protection des migrants et des réfugiés, tout en favorisant les mécanismes de migration légale et encadrée.
Tunis et Bruxelles entre coopération et divergences
Au-delà de la migration, le Mohamed Ali Nafti a profité de cette célébration coïncidant avec le 76e anniversaire de la « Déclaration Schuman » pour dresser un état des lieux des relations entre la Tunisie et l’Union européenne. Il a rappelé l’attachement de Tunis aux principes fondateurs du partenariat tuniso-européen, tout en estimant que celui-ci devait évoluer vers une relation « plus équilibrée, plus équitable et davantage respectueuse des priorités nationales et des choix souverains de chaque partie ».
Dans ce cadre, il a jugé que l’Accord d’association conclu il y a plus de trente ans ne répondait plus pleinement aux profondes transformations de l’économie mondiale ni aux conséquences géopolitiques des conflits en Europe et au Moyen-Orient.
Le ministre a ainsi appelé à une révision et à un rééquilibrage du partenariat avec l’Union européenne afin de l’adapter aux nouvelles réalités économiques et stratégiques. Parmi les priorités évoquées figurent un meilleur accès des produits tunisiens au marché européen, le développement d’investissements à forte valeur ajoutée, le soutien à la transition énergétique ainsi qu’à la transformation digitale, sans oublier une intégration accrue de la Tunisie dans les chaînes de valeur internationales.
Mohamed Ali Nafti plaide pour un partenariat rééquilibré
Mohamed Ali Nafti a également mis en avant le potentiel du capital humain tunisien, notamment celui de la diaspora installée en Europe, qu’il considère comme un levier essentiel du développement économique et scientifique du pays.
Le responsable a, par ailleurs, salué la coopération tuniso-européenne dans les domaines scientifique, universitaire, culturel et de l’innovation. Il a plaidé en faveur d’une mobilité plus fluide pour les étudiants, chercheurs, entrepreneurs et artistes tunisiens, appelant à un allègement des procédures de délivrance des visas afin de mieux valoriser les compétences tunisiennes présentes sur le continent européen.
Sur le plan régional, le ministre s’est félicité des efforts visant à relancer la coopération euro-méditerranéenne, notamment à travers le Pacte pour la Méditerranée. Il a exprimé l’espoir de voir émerger des projets structurants et durables susceptibles de renforcer l’intégration et le développement dans l’espace méditerranéen.
Abordant enfin les questions politiques et institutionnelles, Mohamed Ali Nafti a rappelé que l’engagement démocratique de la Tunisie relevait d’un « choix national libre et souverain », fondé sur les aspirations du peuple tunisien à la dignité, à la justice et à la stabilité. Il a souligné que la Constitution tunisienne consacrait l’attachement du pays aux valeurs universelles des droits de l’Homme et aux libertés fondamentales, tout en insistant sur le fait que l’exercice de ces droits devait s’inscrire dans le respect de la loi et des institutions de l’État.
N.J










