À quelques heures d’une audience particulièrement attendue devant la chambre criminelle près la Cour d’appel de Tunis, la voix de Yesmine Zeghidi a bouleversé les réseaux sociaux.
Ce lundi 11 mai 2026, deux ans jour pour jour après l’arrestation de son père, la jeune femme a publié un long message, intime et bouleversant, dans lequel elle raconte l’avant, l’après… et surtout ces deux années suspendues depuis l’incarcération du journaliste Mourad Zeghidi.
Un récit intime d’un basculement brutal
« Il y a deux ans, jour pour jour, nos vies se sont arrêtées », écrit-elle en ouverture de ce texte poignant, devenu en quelques heures largement partagé. Elle y reconstitue, presque minute par minute, cette journée du 11 mai 2024 : un trajet en voiture avec son père, quelques heures passées à travailler sur son mémoire, puis la police qui frappe à la porte, le commissariat, l’interrogatoire… et cette dernière étreinte, en lui lançant un simple « à tout à l’heure », sans imaginer qu’elle le voyait libre pour la dernière fois.
Au fil des lignes, Yesmine Zeghidi décrit une vie qui bascule : les sorties à la plage remplacées par les visites en prison, les soirées entre proches devenues des appels aux avocats, les projets universitaires poursuivis tant bien que mal, entre douleur, fatigue et combat judiciaire.
Elle raconte aussi ces anniversaires célébrés sans lui, ses diplômes, les moments familiaux manqués, les petits événements de la vie devenus autant de rappels de l’absence. « On découvre que la vie s’arrête, mais qu’elle continue malgré tout », écrit-elle encore, dans l’un des passages les plus marquants de son texte.
Une audience sous haute attente
Mais ce message prend une résonance particulière à la veille d’une nouvelle audience. Car ce mardi 12 mai, Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies doivent comparaître une nouvelle fois devant la chambre criminelle près la Cour d’appel de Tunis.
Le 28 avril dernier, la juridiction avait décidé de reporter l’examen de leur affaire au 12 mai, tout en rejetant une nouvelle demande de mise en liberté.
Les deux journalistes sont détenus depuis près de deux ans. Initialement condamnés à un an de prison, puis à huit mois en appel, ils devaient retrouver la liberté au début de l’année 2025. Mais un nouveau mandat de dépôt est venu prolonger leur détention. Après une succession de reports et plus d’une année d’attente, ils ont finalement été condamnés, le 22 janvier 2026, à trois ans et demi de prison ferme dans cette affaire à caractère financier et fiscal.
Le procès en appel, qui devait initialement se tenir le 14 avril, avait une première fois été renvoyé au 28 avril, avant ce nouveau report au 12 mai.
Un compte à rebours personnel
Dans son message, Yesmine Zeghidi confie avoir effectué ce lundi son « 208e couffin », avec l’espoir que ce soit le dernier.
« Je ne demande qu’à voir mon père libre. Je ne demande qu’à respirer, enfin », écrit-elle, avant de conclure par une phrase qui résume à elle seule ces deux années de combat :
« Pour que ces deux années ne deviennent pas trois. Nous t’attendons, papa ».
M.B.Z










