Vitamine C, magnésium, fer, zinc, mélatonine… En quelques années, les compléments alimentaires se sont imposés dans le quotidien de nombreux Tunisiens. Pour booster l’énergie, mieux dormir, réduire le stress ou combler certaines carences, ils sont devenus des réflexes de consommation. Mais derrière cet engouement grandissant, les pharmaciens tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme.
Invité lundi 11 mai 2026 sur la Radio nationale tunisienne, le Secrétaire Général du syndicat des pharmaciens d’officine, Mohamed Salah Kedachi, a dressé un constat sans détour : en Tunisie, le marché des compléments alimentaires évolue dans un climat de « chaos » qui menace directement la santé des consommateurs.
« Aujourd’hui, on en trouve partout »
Dès le début de son intervention, Mohamed Salah Kedachi a pointé une réalité devenue difficile à ignorer : ces produits ne sont plus seulement vendus en pharmacie.
« On en trouve partout », a-t-il résumé. Dans les commerces, sur internet, sur les réseaux sociaux, via des pages de livraison ou des intermédiaires parfois totalement inconnus… Le responsable syndical parle d’une véritable dérive.
« Cela fait plus de dix ans que nous demandons l’organisation de ce secteur. Notre objectif n’est pas de régulariser un commerce, mais avant tout de protéger la santé des Tunisiens », a-t-il insisté.
Le syndicat, qui représente aujourd’hui quelque 2.500 pharmaciens privés, a d’ailleurs récemment été auditionné par la commission de la Santé à l’Assemblée pour exposer ses réserves sur le texte actuellement en discussion.
Les pharmaciens refusent une simple légalisation de l’existant
Pour Mohamed Salah Kedachi, le projet de loi examiné actuellement pose un vrai problème de philosophie. Selon lui, le texte se contente d’encadrer une activité commerciale déjà installée, sans placer la sécurité sanitaire au cœur du dispositif.
Face à cela, les pharmaciens ont présenté leur propre proposition : un projet de loi couvrant l’ensemble de la chaîne, de la fabrication jusqu’à la distribution, en passant par le contrôle, les procédures de retrait du marché et la traçabilité.
L’idée est claire : tout produit ayant un effet physiologique sur le corps humain doit relever du contrôle du ministère tunisien de la Santé.
Des « compléments » vendus en ligne qui contiennent… de vrais médicaments
Mohamed Salah Kedachi a révélé qu’une procédure judiciaire est actuellement en cours concernant une soixantaine de compléments alimentaires commercialisés sur internet. Après analyses, certains de ces produits se sont révélés contenir des substances médicamenteuses actives.
Autrement dit, des produits présentés comme de simples compléments naturels renfermaient en réalité des principes actifs normalement réservés au circuit pharmaceutique réglementé.
« On vous promet des produits miracles pour traiter la fatigue, les troubles sexuels ou la perte d’énergie… puis les analyses montrent qu’il s’agit en réalité de substances médicamenteuses », a-t-il expliqué.
Mélatonine, ginkgo, vitamine D : « Ce ne sont pas des produits anodins »
Le responsable syndical a également rappelé que tous les compléments alimentaires ne présentent pas le même niveau de risque. Certaines substances, comme la Mélatonine, ne devraient selon lui jamais être commercialisées en dehors des circuits de santé. D’autres, comme le Ginkgo biloba ou la Vitamine D à fortes doses, nécessitent également un suivi rigoureux en raison de leurs effets potentiels.
Même des produits perçus comme plus banals, comme le zinc ou certains acides aminés, peuvent présenter des risques en cas de mauvaise utilisation ou de surdosage.
« Acheter au hasard peut être dangereux »
Le message adressé aux consommateurs est donc sans ambiguïté.
Pour Mohamed Salah Kedachi, prendre un complément alimentaire parce qu’on l’a vu sur une publication Facebook, parce qu’un influenceur en parle ou parce qu’un proche le recommande, peut exposer à de véritables dangers.
« Le pharmacien connaît les doses, les interactions, les contre-indications et la qualité des produits. Acheter n’importe quel complément, n’importe où, peut être dangereux », a-t-il averti.
Alors que le Parlement poursuit ses discussions sur l’encadrement du secteur, les pharmaciens espèrent encore infléchir le texte. Leur crainte est claire : qu’une loi censée mettre de l’ordre finisse, au contraire, par donner une apparence de légalité à une anarchie déjà bien installée.
M.B.Z










