Dans une perspective de transition écologique et de structuration de l’économie circulaire en Tunisie, la question de l’intégration des collecteurs informels de plastique, communément appelés « barbachas », s’impose désormais comme un enjeu central de politique environnementale, économique et sociale.
C’est dans ce contexte que le président de l’association Tunis Clean Up, le militant écologiste Houssem Hamdi, a présenté un projet visant à intégrer ces acteurs dans une chaîne formalisée de tri, de valorisation et de recyclage des déchets. L’initiative, exposée le 11 mai 2026 sur les ondes d’Express FM, s’inscrit dans une logique de structuration progressive d’un secteur encore largement dominé par l’informalité.
Des « barbachas » au cœur de l’économie circulaire tunisienne
Les collecteurs de déchets jouent, en réalité, un rôle déterminant dans la récupération des matériaux recyclables, notamment les plastiques. En Tunisie, leur nombre est estimé, selon Houssem Hamdi, à plus de 8.000 individus, contribuant de manière significative à l’augmentation des taux de recyclage, malgré l’absence d’un cadre juridique et social protecteur.
Le projet présenté repose sur une hypothèse simple mais structurante : il n’existe pas de système de recyclage performant sans intégration des acteurs de terrain. Ces collecteurs constituent, de facto, le premier maillon de la chaîne de valorisation des déchets solides. Leur travail permet de réduire les volumes de déchets ultimes, d’alimenter les filières de recyclage et de soutenir une économie secondaire fondée sur la récupération de matières premières.
Houssem Hamdi a souligné également que l’initiative ambitionne d’étendre des expériences pilotes déjà menées dans la périphérie nord de la capitale, où des dispositifs de tri sélectif ont permis de réduire la part des déchets non organiques tout en favorisant leur réutilisation, soit par recyclage industriel, soit par valorisation artistique.
La médina de Tunis comme laboratoire du tri sélectif et du recyclage intégré
Le projet prévoit désormais son extension à la médina de Tunis. Ce choix territorial n’est pas anodin, selon les initiateurs du projet : il s’agit d’un espace à forte densité artisanale et touristique, générant des flux importants de déchets valorisables. L’objectif est d’y développer un circuit intégré combinant un centre de tri sélectif, des filières de transformation des matériaux recyclés, et un espace d’exposition dédié aux produits issus de la récupération.
Cette structuration permettrait de transformer la gestion des déchets en véritable écosystème économique et culturel, intégrant à la fois les dimensions environnementale, artisanale et touristique.
L’un des axes majeurs du projet réside dans l’intégration progressive des collecteurs informels dans un cadre organisé. Aujourd’hui encore, leur activité demeure précaire, caractérisée par une absence de protection sociale, de reconnaissance institutionnelle et de sécurité professionnelle.
La démarche engagée vise ainsi à les former aux techniques de tri sélectif, aux normes de sécurité et aux circuits de valorisation, tout en établissant des liens structurés avec les acteurs économiques locaux — restaurateurs, hôteliers et artisans.
D’après Houssem Hamdi, une première phase a déjà été initiée, incluant des actions de formation et de sensibilisation à la sécurité professionnelle et aux bonnes pratiques de tri.
Au-delà de la seule question sociale, le projet met en lumière une problématique plus large : celle de la transformation des modes de production et de consommation. La gestion des déchets ne peut être pensée indépendamment des comportements d’achat, de consommation et de tri à la source.
Dans cette optique, la généralisation du tri sélectif apparaît comme une condition structurante. Elle doit s’accompagner d’une refonte des circuits de collecte et d’une montée en compétence des acteurs impliqués.
N.J










