Par Andreu Iranzo Navarro
Le 9 mai marque, pour l’Union européenne, l’anniversaire de la Déclaration Schuman — ce texte fondateur qui proposait, en 1950, de mettre en commun les ressources de nations récemment ennemies. Chaque année, cet anniversaire donne lieu à des discours sur le partenariat euro-méditerranéen, sur le dialogue entre les deux rives, sur un avenir partagé. Ces discours ont leur place. Mais ils obscurcissent souvent une question plus concrète, dont les effets se mesurent directement dans la compétitivité des entreprises maghrébines, dans les coûts logistiques des exportateurs et dans l’attractivité industrielle de la région : pourquoi le Maghreb reste-t-il, dans un monde qui se réorganise autour de grands espaces économiques, l’une des zones les moins intégrées de la planète ? La question n’est pas rhétorique. Elle est chiffrable.
Les échanges intrarégionaux représentent moins de 5 % du commerce total des pays du Maghreb — un niveau très inférieur à celui observé dans la plupart des grandes zones régionales, y compris en Europe, où les flux intra-communautaires dépassent largement la moitié du commerce total. En 2023, ce chiffre s’établissait aux alentours de 3 % selon les données de l’Union africaine. Et si l’on se concentre sur le noyau économique Maroc–Algérie–Tunisie, le commerce intra-maghrébin ne dépasse pas 2 % de leur PIB combiné. Une analyse de la Banque mondiale estimait par ailleurs que les flux réels n’atteignaient que 27 % du potentiel théorique — ce qui signifie que près des trois quarts du potentiel commercial régional restent inexploités.










