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Délice Holding : l’empire Meddeb confirme sa puissance

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Par Raouf Ben Hédi

    Avec près de 1,5 milliard de dinars de revenus, plus de 120 millions de dinars de bénéfice net consolidé et une présence écrasante dans les rayons des grandes surfaces tunisiennes, Délice Holding confirme en 2025 son statut de géant de l’agroalimentaire. Derrière cette réussite industrielle se dessinent toutefois d’autres réalités : dépendance persistante aux subventions publiques, montée en puissance d’une stratégie premium et gouvernance familiale extrêmement centralisée.

    Dans les rayons frais des supermarchés tunisiens, les produits Délice occupent désormais presque tout l’espace. Yaourts, desserts lactés, lait, fromage, jus, boissons fraîches ou produits hyperprotéinés : les marques du groupe Meddeb dominent largement les devantures réfrigérées, reléguant les concurrents à quelques étagères secondaires.

    Et cette domination ne se limite plus aux produits classiques. Depuis plusieurs mois, Délice accélère sa montée en gamme avec des références premium comme Yopro, le kéfir ou encore le skyr. Des produits vendus à des prix rarement vus dans les rayons frais tunisiens — parfois autour de quatre dinars l’unité — mais qui semblent avoir trouvé leur public. Plusieurs de ces références sont d’ailleurs régulièrement absentes des rayons, signe que le groupe n’a pas toujours anticipé l’ampleur de leur succès commercial.

    Cette présence écrasante dans les habitudes de consommation des Tunisiens trouve aujourd’hui une traduction spectaculaire dans les états financiers consolidés publiés au titre de l’exercice 2025.

    Le groupe affiche un chiffre d’affaires consolidé de 1,496 milliard de dinars, contre 1,442 milliard un an plus tôt. Son bénéfice net consolidé part du groupe bondit à 120,8 millions de dinars, en hausse de près de 20 %.

    Le total bilan dépasse désormais 1,18 milliard de dinars. Quant aux capitaux propres consolidés, ils atteignent 581,7 millions de dinars.

    Les états financiers consolidés ainsi que les comptes individuels de Délice Holding ont été certifiés sans réserve par les commissaires aux comptes Jaouhar Ben Zid, du cabinet DATN (membre de Deloitte), et Fayçal Derbel, du cabinet FINOR dont les rapports ont été publiés la semaine dernière.

    Les auditeurs ont néanmoins identifié plusieurs « questions clés d’audit », notamment l’évaluation des participations financières de la holding dans ses filiales, qui représentent à elles seules près de 86 % du total des actifs de Délice Holding. Les commissaires aux comptes soulignent également l’importance stratégique des dividendes remontés par les filiales, qui constituent l’essentiel des revenus de la holding.

    Une machine industrielle parfaitement intégrée

    Derrière les marques grand public se cache un groupe devenu l’un des ensembles industriels les plus puissants du pays.

    Délice Holding contrôle aujourd’hui un vaste écosystème composé notamment de Centrale Laitière du Cap-Bon, Centrale Laitière du Nord, STIAL, Delta Plastic, Compagnie Fromagère, SOCOGES ou encore des activités liées à l’eau minérale.

    Les états financiers montrent surtout un groupe qui continue d’investir massivement. En 2025, plus de 82 millions de dinars ont été injectés dans les immobilisations corporelles et incorporelles.

    Le matériel industriel brut approche désormais 469 millions de dinars. Les immobilisations industrielles nettes dépassent les 320 millions de dinars.

    Les immobilisations en cours franchissent quant à elles les 53,8 millions de dinars, contre 38,5 millions fin 2024, signe que plusieurs projets industriels restent encore en phase de déploiement.

    Même logique du côté des stocks, qui passent de 170 millions à 185,5 millions de dinars en un an. Les charges de personnel progressent elles aussi fortement, de 110,6 millions à 122,2 millions de dinars.

    Ces chiffres traduisent un groupe en pleine expansion industrielle, dont la croissance continue d’absorber des montants considérables de ressources.

    Une trésorerie très confortable

    Malgré ces investissements lourds, Délice affiche une situation de liquidité particulièrement solide.

    Les placements et autres actifs financiers atteignent près de 248,3 millions de dinars à fin 2025, contre 190,9 millions un an auparavant.

    La trésorerie de clôture progresse elle aussi fortement pour atteindre 76,9 millions de dinars, contre 40 millions fin 2024.

    La holding elle-même affiche également une importante activité de placements financiers à court terme, principalement sous forme de pensions livrées.

    Cette puissance financière permet au groupe de maintenir un rythme d’investissement élevé tout en poursuivant sa stratégie de diversification et de montée en gamme.

    Des dividendes en progression

    Contrairement à ce que pourrait laisser croire une lecture superficielle des chiffres, le dividende proposé au titre de l’exercice 2025 est en réalité en hausse sur base comparable.

    L’Assemblée générale extraordinaire du 23 mai 2025 a décidé de réduire la valeur nominale de l’action de 10 dinars à 5 dinars, doublant mécaniquement le nombre de titres. Le dividende proposé au titre de 2025 s’élève à 0,550 dinar par action, sur cette nouvelle base.

    Pour comparer correctement, il faut donc ramener les dividendes précédents à la même base : le dividende de 0,600 dinar distribué au titre de 2023 équivaut à 0,300 dinar après division du nominal ; celui d’un dinar distribué au titre de 2024 équivaut à 0,500 dinar. À 0,550 dinar proposé pour 2025, le dividende progresse donc de 10 % par rapport à l’exercice précédent.

    Le groupe poursuit donc une politique de rémunération généreuse de ses actionnaires, portée par des bénéfices en forte progression.

    Le poids considérable des subventions publiques

    Les états financiers rappellent toutefois qu’une partie importante du modèle économique du groupe reste indirectement liée au soutien public accordé à la filière laitière tunisienne.

    En 2025, les subventions d’exploitation comptabilisées par le groupe atteignent 215,2 millions de dinars. À cela s’ajoutent plus de deux millions de dinars de subventions liées au stockage du lait.

    À titre de comparaison, le bénéfice net consolidé part du groupe s’établit à 120,8 millions de dinars. Autrement dit, les subventions et aides de l’État directement liées à l’activité dépassent largement le résultat net annuel affiché par le groupe.

    Autre élément révélateur : les “produits et subventions à recevoir” atteignent à eux seuls 229 millions de dinars dans les autres actifs courants.

    Ces chiffres illustrent le rôle toujours central joué par l’État dans l’équilibre économique de la filière laitière tunisienne, y compris pour son principal champion industriel.

    Une gouvernance familiale omniprésente

    Les rapports des commissaires aux comptes mettent également en lumière une gouvernance extrêmement centralisée autour de la famille Meddeb.

    Le rapport spécial détaille de nombreuses conventions réglementées entre Délice Holding, les filiales du groupe et plusieurs sociétés liées à la famille.

    Il révèle notamment la cession de parts sociales de SOCOGES au profit du président du conseil d’administration Mohamed Meddeb (alias Hamdi Meddeb) ainsi que de plusieurs membres de la famille occupant des fonctions d’administrateurs ou de dirigeants au sein du groupe.

    Les rapports montrent également que la holding facture des prestations de management fees à plusieurs filiales du groupe, notamment CLC, CLN, CLSB, SBC ou encore SDEM.

    Les rapports mentionnent par ailleurs qu’une notification de contrôle fiscal couvrant les exercices 2022 à 2025 a été adressée le 21 avril 2026 à la filiale SBC, ajoutant un risque fiscal supplémentaire parmi les dossiers suivis par le groupe.

    Mais surtout, les documents financiers révèlent l’importance des rémunérations perçues au niveau des filiales par Mohamed Meddeb. Rien que pour STIAL, le président du groupe perçoit plus de 3,2 millions de dinars entre salaires et primes. En ajoutant les rémunérations versées par les autres filiales du groupe, les revenus cumulés dépassent largement les six millions de dinars. Rapporté à douze mois, cela représente un revenu mensuel brut moyen dépassant les 530.000 dinars.

    Cette organisation illustre le fonctionnement très intégré d’un empire agroalimentaire largement structuré autour de la famille fondatrice.

    Le choc des inondations de Soliman

    Les comptes 2025 intègrent par ailleurs un événement majeur survenu après la clôture de l’exercice. En janvier 2026, plusieurs filiales du groupe (notamment Centrale Laitière du Cap-Bon (CLC), STIAL, SBC, SOCOGES et la Compagnie Fromagère) ont subi d’importants dégâts suite aux inondations ayant touché la région de Soliman.

    Le coût global des dommages est estimé à 26,7 millions de dinars. Les deux principales filiales industrielles du groupe, CLC et STIAL, ont déjà bénéficié chacune d’une avance d’assurance de cinq millions de dinars.

    Cet épisode rappelle qu’au-delà des performances financières record, Délice reste fortement exposé aux risques industriels, climatiques et logistiques qui pèsent sur les grandes unités de production agroalimentaires.

    Délice change de dimension

    Longtemps perçu comme un simple groupe laitier, Délice semble désormais vouloir changer de catégorie.

    La montée en gamme accélérée, les investissements industriels massifs, les nouvelles gammes premium et la diversification progressive des activités montrent qu’il ne s’agit plus seulement de vendre du lait et des yaourts populaires.

    Le groupe cherche désormais à occuper simultanément les segments de masse, les produits santé, le premium et les produits à forte valeur ajoutée.

    Et les résultats 2025 montrent que cette stratégie fonctionne.

    Dans une économie tunisienne marquée par le ralentissement et la fragilité de nombreux groupes industriels, Délice Holding affiche en 2025 des indicateurs qui forcent le respect : bénéfices records, investissements massifs, trésorerie solide et domination commerciale sans partage.

    Mais derrière cette puissance, les états financiers rappellent que le modèle repose sur deux piliers dont le groupe ne maîtrise pas entièrement la solidité : les subventions publiques, qui dépassent à elles seules le résultat net annuel, et une gouvernance familiale très concentrée, dont la pérennité dépend autant de la cohésion interne que des performances industrielles.

    Délice est incontestablement un champion national. La vraie question est de savoir si ce champion est bâti pour durer au-delà des conditions qui l’ont rendu possible.

    Raouf Ben Hédi

    Cliquer ici pour lire les états financiers individuels 2025

    Cliquer ici pour lire les états financiers consolidés 2025

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