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Hantavirus et vaccin Pfizer : une vidéo virale déforme un document de surveillance médicale

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    Sur Facebook, une vidéo largement partagée suscite une vive polémique. On y voit un document présenté comme un « rapport officiel » prouvant que le hantavirus aurait été identifié comme un effet indésirable potentiel du vaccin anti-Covid de Pfizer. Dans les commentaires, de nombreux internautes affirment qu’il s’agirait d’une preuve cachée démontrant que les vaccins auraient provoqué de nouvelles maladies, tandis que d’autres y voient une confirmation d’un prétendu « plan mondial » lié à la pandémie. Plusieurs publications accusent directement les laboratoires pharmaceutiques d’avoir dissimulé des informations, alimentant une vague de suspicion et de théories conspirationnistes.

    La circulation de cette vidéo intervient dans un contexte particulier, des cas de hantavirus détectés dans certains pays, ainsi que des inquiétudes autour d’épisodes de fièvres respiratoires rares. Dans plusieurs publications, des internautes établissent un parallèle direct entre ces cas et la vaccination contre la Covid-19, insinuant que le vaccin serait à l’origine de l’apparition ou de la résurgence de ce virus.

    Or, cette association repose sur une logique émotionnelle plutôt que scientifique, le hantavirus n’est pas un virus nouveau, et il est connu depuis plusieurs décennies. Il se transmet principalement par contact avec des rongeurs infectés ou leurs excréments, et non par vaccination.

    Après vérification, le document brandi dans la vidéo correspond à une liste technique utilisée dans le cadre de la surveillance des vaccins, notamment lors des essais cliniques et du suivi après commercialisation. Il s’agit d’un document de pharmacovigilance recensant ce que l’on appelle des « événements indésirables d’intérêt particulier ».

    Ces événements ne sont pas des effets secondaires confirmés. Ce sont des maladies ou syndromes qui doivent être surveillés de manière attentive si jamais ils apparaissent chez des personnes vaccinées, afin d’évaluer si un lien est plausible ou non.

    En d’autres termes, la présence du mot « hantavirus » dans cette liste ne signifie pas que Pfizer a prouvé ou suspecté que son vaccin provoquait le hantavirus. Cela signifie uniquement que, si un cas rare était détecté durant une période de vaccination, il devait être signalé et analysé.

    L’erreur majeure de la vidéo consiste à faire croire que la surveillance équivaut à une preuve. Pourtant, en médecine, il est normal de surveiller une large gamme de pathologies, même très rares, lorsqu’un produit est administré à des millions de personnes.

    C’est précisément le principe de la pharmacovigilance, détecter rapidement toute anomalie, même hypothétique, afin d’écarter ou confirmer un risque.

    Ainsi, ce document n’établit aucun lien de causalité entre le hantavirus et le vaccin Pfizer. Il ne dit pas : « le vaccin cause le hantavirus ». Il dit seulement : « si un cas survient, il doit être examiné ».

    Le hantavirus est une maladie respiratoire potentiellement grave, mais extrêmement rare dans la plupart des pays. Dans un contexte de vaccination mondiale, les autorités sanitaires et les laboratoires sont tenus d’anticiper tous les scénarios possibles.

    Ce type de contenu s’inscrit dans une stratégie de désinformation observée depuis 2020, prendre un document technique complexe, l’extraire de son contexte, puis l’utiliser pour renforcer des récits déjà existants.

    Depuis le début de la pandémie, plusieurs théories du complot ont circulé, notamment celle affirmant que la Covid-19 aurait été « créée » ou « lancée volontairement » par des acteurs puissants, dont Bill Gates. Ces accusations ont été largement relayées sur les réseaux sociaux sans preuves solides et reposent souvent sur des interprétations biaisées de conférences, de financements de santé publique ou de déclarations sorties de leur contexte.

    La vidéo actuelle reprend la même logique ,elle suggère une intention cachée et cherche à créer une impression de scandale, en jouant sur la méfiance envers les laboratoires et les institutions internationales.

    Ainsi, prétendre que « Pfizer surveillait le hantavirus comme effet secondaire du vaccin Covid » est une affirmation trompeuse.

    R.A.

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