Le Sous-Secrétaire général des Nations Unies et Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS), Jorge Moreira da Silva, a effectué sa première visite officielle en Tunisie, marquant une étape symbolique à l’occasion du vingtième anniversaire de la présence de l’agence onusienne dans le pays.

À cette occasion, une conférence de presse s’est tenue le 13 mai 2026, mettant en lumière les perspectives stratégiques de l’UNOPS en Tunisie, mais aussi un sujet plus large à portée internationale, les efforts des Nations Unies autour du groupe de travail sur le détroit d’Ormuz.
Dans son intervention, Jorge Moreira da Silva a insisté sur la solidité du partenariat entre l’UNOPS et la Tunisie, soulignant que l’agence entend aligner son action sur les priorités nationales tunisiennes. Il a affirmé que « les priorités tunisiennes seront les priorités de l’UNOPS », en précisant que le futur cadre de coopération des Nations Unies pour le développement durable 2027-2031 sera adapté aux besoins et orientations du pays.
Le responsable onusien a rappelé que l’UNOPS est avant tout une agence d’exécution, spécialisée dans la mise en œuvre de projets concrets sur le terrain. Il a ainsi évoqué plusieurs secteurs de coopération avec la Tunisie, notamment la santé, l’éducation, les infrastructures et la lutte contre le changement climatique. Il a également rappelé l’intervention de l’agence durant la crise sanitaire liée au coronavirus, mettant en avant l’importance des approches de prévention et de préparation dans les systèmes de santé.
Toujours dans le domaine sanitaire, M. Moreira da Silva a exprimé son admiration face à l’installation du robot chirurgical Revo-i à l’hôpital Charles Nicolle de Tunis. Il a souligné qu’il s’agissait d’une première dans le secteur public en Afrique, considérant cette avancée comme un indicateur fort du potentiel tunisien en matière de modernisation médicale et d’innovation hospitalière.
Le Directeur exécutif de l’UNOPS a également affirmé que sa visite s’inscrivait dans une logique de renouvellement d’engagement envers la Tunisie, précisant avoir rencontré plusieurs ministères afin d’examiner de nouvelles pistes de coopération et d’éventuels accords futurs.
Sur la question climatique, il a mis en avant l’ampleur du déficit mondial de financement, estimant que le monde fait face à un écart préoccupant entre les engagements et les ressources disponibles. Selon les chiffres qu’il a cités, le besoin annuel total de financement est évalué à 4,3 billions de dollars, dont 1,8 billion de dollars lié spécifiquement aux besoins d’adaptation et d’atténuation du changement climatique. Il a également rappelé que les pays en développement subissent de plein fouet cette insuffisance financière, alors même qu’ils sont les plus exposés aux impacts du dérèglement climatique.
Dans un contexte géopolitique tendu, M. Moreira da Silva a dressé un tableau alarmant de la situation mondiale, affirmant que le monde traverse une période marquée par le plus grand nombre de guerres et de conflits depuis la Seconde Guerre mondiale. Il a indiqué qu’environ un quart de la population mondiale vit aujourd’hui dans des zones touchées par la guerre ou les conflits, une réalité qui, selon lui, aggrave la vulnérabilité des populations déjà fragiles et compromet les efforts de développement.
Il a par ailleurs rappelé l’importance stratégique des infrastructures dans l’atteinte des Objectifs de développement durable, en soulignant que 92 % de ces objectifs dépendent directement de la qualité des infrastructures, qu’il s’agisse des routes, des hôpitaux, des réseaux d’énergie ou des équipements publics.
Un autre volet important de la conférence a concerné le détroit d’Ormuz, M. Moreira da Silva a mis en garde contre les conséquences d’une éventuelle crise ou fermeture du détroit, en particulier sur le marché des engrais. Il a expliqué qu’en cas de perturbation, environ un tiers des flux mondiaux d’engrais seraient affectés, ce qui provoquerait une désorganisation majeure de l’approvisionnement agricole.
Selon lui, une telle situation constituerait une crise alimentaire, touchant directement les agriculteurs dans de nombreuses régions du monde, y compris dans des pays éloignés du Golfe. Cette pénurie d’engrais pourrait entraîner une baisse des rendements agricoles, une détérioration de la sécurité alimentaire, ainsi qu’une hausse de la faim et de la pauvreté. Il a notamment cité une estimation évoquant 45 millions de personnes déjà touchées par l’insécurité alimentaire.
Dans ce cadre, il a rappelé l’existence d’un mécanisme élaboré sous l’impulsion du Secrétaire général des Nations Unies visant à maintenir le détroit ouvert aux navires transportant des produits essentiels. Il a insisté sur le fait que les saisons agricoles ne peuvent attendre les lenteurs diplomatiques, appelant à une volonté politique forte de la part des acteurs régionaux pour permettre le passage des navires concernés.
De son côté, le Directeur régional de l’UNOPS pour l’Afrique, Sanjay Mathur, a confirmé la détermination de l’agence à renforcer sa coopération avec la Tunisie, notamment dans les secteurs de la santé, de l’énergie et du développement. Il a mis en avant le rôle stratégique de la Tunisie sur le continent africain, soulignant que l’expérience tunisienne peut constituer un levier important pour des projets régionaux et des partenariats élargis.
M. Mathur a lui aussi salué les avancées tunisiennes dans le domaine de la santé, en particulier l’intégration du robot chirurgical au sein du secteur public, considérant cet investissement comme un symbole de progrès et de capacité institutionnelle. Il a précisé qu’actuellement, l’UNOPS met en œuvre 18 projets en Tunisie, confirmant l’ampleur de la coopération existante et la dynamique en cours.
Cette visite de haut niveau, la première du Directeur exécutif de l’UNOPS en Tunisie, vient ainsi renforcer la visibilité de l’agence dans le pays et confirmer l’importance stratégique accordée à Tunis dans l’action de l’ONU en Afrique du Nord.
R.A










