Un débat scientifique et organisationnel agite actuellement le secteur médical tunisien autour des conditions de prescription de l’Ozempic, un traitement innovant destiné aux patients atteints de diabète de type 2. Dans un communiqué conjoint relayé par la Tap, plusieurs sociétés savantes tunisiennes spécialisées en médecine générale et en médecine de famille ont appelé, mardi 13 mai 2026, à la révision de la décision prise récemment par l’Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANMPS) visant à limiter la prescription de ce médicament à un nombre restreint de médecins spécialistes.
Parmi les organisations signataires figurent notamment l’Association scientifique tunisienne de médecine de famille ainsi que l’Association tunisienne de médecine générale et de famille. Les deux structures estiment que cette restriction pourrait compromettre l’égalité d’accès aux soins, particulièrement dans les régions de l’intérieur du pays où les spécialistes demeurent insuffisamment représentés.
Selon ces associations, réserver la prescription du nouveau traitement aux seuls endocrinologues, internistes, cardiologues, néphrologues et nutritionnistes risque de ralentir l’accès des patients à une prise en charge thérapeutique adaptée, tout en accentuant les disparités territoriales en matière de santé publique.
Reconnaissant l’importance d’un encadrement scientifique rigoureux de ces nouvelles thérapies, les sociétés savantes ont, toutefois, contesté la logique d’exclusion adoptée par les autorités sanitaires. Elles considèrent que les médecins généralistes et les médecins de famille disposent des compétences nécessaires pour prescrire ce traitement dans un cadre réglementaire clair et sécurisé.
Les signataires ont rappelé que les praticiens de première ligne jouent un rôle central dans le suivi des maladies chroniques en Tunisie, notamment du diabète, en raison de leur proximité avec les patients et de leur présence sur l’ensemble du territoire national. Selon eux, marginaliser cette catégorie de médecins risque d’alourdir davantage la pression déjà exercée sur les structures hospitalières spécialisées.
Des arguments qui restent relatifs au regard de plusieurs réalités, notamment socio-économiques. En effet, si le prix de l’insuline est aux alentours de 6 dinars, l’Ozempic est, lui, commercialisé en Tunisie à un prix avoisinant les 355 dinars, un coût particulièrement élevé pour une large partie des patients atteints de diabète de type 2, notamment dans les catégories sociales les plus vulnérables.
De ce fait, la problématique majeure ne réside pas uniquement dans la limitation des prescripteurs, mais également dans l’accessibilité financière du traitement. Pour de nombreux patients vivant dans des situations de précarité, ce médicament demeure de facto hors de portée, indépendamment du nombre de médecins autorisés à le prescrire, surtout qu’il n’est pas couvert par la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam).
Il convient de noter également que les médicaments innovants destinés au traitement du diabète nécessitent souvent un suivi spécialisé rigoureux, notamment en raison de leurs indications précises, de leurs effets secondaires potentiels et de la nécessité d’une évaluation clinique individualisée. Dès lors, la limitation de la prescription à certaines spécialités médicales est présentée par ses défenseurs comme un mécanisme de sécurité thérapeutique davantage que comme une mesure d’exclusion professionnelle.
L’Ozempic, dont le principe actif, le sémaglutide, appartient à la classe des agonistes du récepteur du GLP-1 (Glucagon-Like Peptide-1). Ces molécules représentent aujourd’hui une avancée majeure dans le traitement du diabète de type 2.
Sur le plan physiologique, le sémaglutide agit en stimulant la sécrétion d’insuline de manière dépendante du glucose, tout en réduisant la production hépatique de glucose et en ralentissant la vidange gastrique. Ce mécanisme contribue à améliorer le contrôle glycémique tout en réduisant le risque d’hypoglycémie comparativement à certains traitements plus anciens. Plusieurs études internationales ont également démontré des bénéfices cardiovasculaires chez certains profils de patients diabétiques à haut risque.
Ce traitement et plusieurs autres équivalents tels que le Mounjaro font l’objet d’une surveillance stricte à l’échelle internationale en raison de leur popularité croissante, notamment pour des usages détournés liés à la perte de poids. C’est précisément dans cette logique que l’Agence nationale du médicament et des produits de santé avait publié, le 4 mai 2026, une note destinée aux professionnels de santé afin d’encadrer rigoureusement l’utilisation du médicament.
L’agence y rappelle que l’Ozempic est exclusivement autorisé pour le traitement du diabète de type 2 conformément aux conditions de son autorisation de mise sur le marché. Elle précise que le médicament ne doit être prescrit que dans des situations bien définies : lorsque la maladie demeure insuffisamment contrôlée par les mesures hygiéno-diététiques et l’activité physique, soit en monothérapie lorsque la metformine est contre-indiquée ou mal tolérée, soit en association avec d’autres antidiabétiques selon les protocoles thérapeutiques validés.
L’agence insiste par ailleurs sur le fait que toute utilisation du médicament à des fins d’amaigrissement ou de traitement de l’obésité chez des personnes non diabétiques constitue un usage non autorisé et strictement interdit.
N.J










