Alors que le dialogue social reste gelé depuis des mois et que les tensions budgétaires s’accumulent, l’UGTT tente de remettre un pied dans le débat économique. Le secrétaire général de Union générale tunisienne du travail, Slaheddine Selmi, a commenté vendredi 15 mai 2026 une correspondance adressée par le ministère des Finances concernant les grandes orientations de la loi de finances 2027, tout en prenant soin de tempérer toute lecture trop optimiste d’un éventuel retour du dialogue avec les autorités.
Dans une déclaration relayée par le journal Echaâb, organe de presse de la centrale syndicale, le dirigeant syndical s’exprimait à l’ouverture d’une table ronde organisée par le département des études de l’UGTT autour des orientations budgétaires pour 2027. Une initiative qui intervient dans un contexte économique particulièrement tendu, marqué par l’essoufflement des finances publiques, des marges budgétaires de plus en plus étroites et une absence persistante de concertation institutionnelle.
Une correspondance ministérielle… mais pas encore un dialogue
Lors de son intervention, Slaheddine Selmi a insisté sur l’importance de ces rencontres pour « comprendre les dossiers brûlants » et construire des propositions syndicales défendant « les revendications des travailleurs ». Mais surtout, il a tenu à refroidir toute tentative de présenter la correspondance du ministère des Finances comme une reprise officielle du dialogue social.
Selon lui, ce courrier « ne doit pas nous faire croire, en tant que syndicalistes, que le dialogue est revenu ». Une phrase qui en dit long sur le degré de méfiance installé entre le pouvoir et la centrale syndicale.
Depuis plusieurs mois, les relations entre les autorités et l’UGTT sont marquées par une rupture quasi assumée. Les mécanismes institutionnels de concertation sont à l’arrêt, tandis que le pouvoir privilégie une gestion unilatérale des grands dossiers économiques et sociaux. Dans ce contexte, la simple transmission d’un document préparatoire devient presque un événement politique.
Le secrétaire général de l’UGTT a néanmoins qualifié cette démarche de « pas positif sur lequel il faut construire », tout en renouvelant l’appel de la centrale syndicale à la reprise du dialogue, estimant qu’il est « dans l’intérêt de tous » qu’il revienne.
L’UGTT veut peser sur la Loi de finances 2027
Slaheddine Selmi a également indiqué que l’UGTT présentera ses avis et propositions concernant le budget 2027 à travers son département des études. Une manière pour la centrale syndicale de rappeler qu’elle entend rester un acteur incontournable des débats socio-économiques, malgré les tentatives répétées de marginalisation politique.
Le responsable syndical a aussi évoqué la paralysie du Conseil national du dialogue social, institution censée servir de cadre de concertation entre gouvernement, patronat et syndicat. Une structure aujourd’hui pratiquement neutralisée, à l’image d’un dialogue social devenu largement théorique.
Il a affirmé que le département des études de l’UGTT travaille depuis longtemps sur ces questions et dispose « de toutes les études, données et propositions », notamment concernant les précédentes révisions budgétaires et la réflexion stratégique autour du dialogue social.
Un climat budgétaire explosif
Cette sortie intervient alors que l’État tunisien continue de naviguer dans une situation financière particulièrement fragile. Entre pression sur les caisses publiques, besoins de financement élevés et capacité d’emprunt limitée, la préparation de la loi de finances 2027 s’annonce déjà délicate.
Dans ce climat, l’absence de dialogue avec les principaux corps intermédiaires apparaît de plus en plus difficile à soutenir politiquement. Car derrière les échanges administratifs et les tables rondes techniques, c’est bien la question de la gouvernance économique qui se pose : celle d’un pouvoir qui consulte peu, décide seul et laisse s’installer un face-à-face silencieux avec les organisations nationales.
R.B.H










