Alors que les épisodes de chaleur extrême se multiplient en Tunisie, la question de la consommation énergétique liée à la climatisation s’impose désormais comme un enjeu central de la transition écologique et de la sécurité électrique. Le pays compte aujourd’hui près de 2,7 millions de climatiseurs, un chiffre révélateur de la généralisation de ces équipements dans les foyers, mais aussi du stress croissant exercé sur le réseau national d’électricité.
C’est ce qu’a révélé, d’après Jawhara FM, le directeur de l’efficacité énergétique dans le secteur du bâtiment à l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME), Abdelkader Baccouche, en marge d’une rencontre organisée lundi 18 mai 2026, consacrée à la construction durable et à l’innovation énergétique. Selon lui, plus de 50% des ménages tunisiens disposent désormais d’un appareil de climatisation, ce qui traduit une mutation profonde des modes de consommation énergétique domestique, mais également une dépendance accrue à ces équipements durant les périodes estivales.
Les chiffres avancés illustrent l’ampleur du phénomène : les appareils de climatisation dans le secteur résidentiel représentent à eux seuls près de 50% de la consommation électrique de pointe en été. Lors des vagues de chaleur, cette demande peut atteindre des niveaux critiques, comme en témoigne la pointe enregistrée en juillet 2024, estimée à 4,8 gigawatts.
Un réseau électrique sous pression
Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’usage simultané des climatiseurs lors des journées de forte chaleur entraîne une surcharge importante du réseau électrique national. Les pics de consommation, concentrés sur quelques heures de la journée, mettent à rude épreuve la capacité de production et de distribution, augmentant le risque de déséquilibres, voire de tensions sur l’approvisionnement.
La Tunisie est particulièrement exposée aux effets du réchauffement, avec une augmentation notable de la fréquence, de la durée et de l’intensité des épisodes de chaleur au cours des dernières années.
Les étés deviennent plus longs, plus secs et surtout plus chauds, avec des températures dépassant régulièrement les normales saisonnières. Dans certaines régions du sud et du centre du pays, les pics thermiques atteignent désormais des niveaux qui étaient auparavant exceptionnels. Cette intensification du stress thermique sur les populations favorise mécaniquement le recours aux systèmes de refroidissement, transformant la climatisation d’un confort en une nécessité sanitaire.
Transition énergétique et objectifs pour 2035
Dans ce contexte, Abdelkader Baccouche est revenu sur la stratégie nationale de l’énergie à l’horizon 2035, qui vise notamment à réduire l’intensité carbone de 45% d’ici 2030. L’objectif est, selon le responsable, de porter la part des énergies renouvelables à 35% du mix énergétique à la même échéance.
Dans cette optique, plusieurs programmes d’efficacité énergétique ont été mis en œuvre. Parmi eux, un projet ambitieux de remplacement de quatre millions d’ampoules classiques par des ampoules LED, plus économes en énergie, figure parmi les actions prioritaires. D’autres initiatives concernent également le secteur religieux avec le programme dit des « mosquées écologiques », ainsi que l’équipement progressif des établissements publics en installations solaires et en systèmes électriques plus performants.
Ces mesures visent à réduire la consommation globale, mais aussi à lisser les pics de demande, notamment durant la saison estivale, où les contraintes sur le réseau sont les plus fortes.
N.J










