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« Vacciner, stériliser, ne pas tuer » : le cri d’alerte contre l’abattage des animaux errants

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    Face à la recrudescence des chiens errants dans les espaces publics et à la poursuite de campagnes de capture et d’abattage dans plusieurs régions du pays, des voix associatives s’élèvent pour réclamer un changement radical de stratégie. Elles plaident pour des solutions dites « humaines », fondées sur la stérilisation et la vaccination, considérées comme plus durables et scientifiquement plus efficaces.

    Dans une intervention diffusée mardi 19 mai 2026 sur les ondes de Mosaïque FM, Amina Triki, membre de l’Association de protection des animaux à Tunis, a appelé à la suspension immédiate des opérations d’abattage des chiens errants. Selon elle, ces pratiques ne constituent pas une réponse structurelle au phénomène et entretiennent, au contraire, un cycle sans fin.

    Elle a souligné que la présence des chiens errants était devenue un phénomène récurrent dans de nombreuses localités tunisiennes, suscitant inquiétude et débats au sein de la population. Toutefois, la solution ne peut, selon elle, se limiter à une approche exclusivement sécuritaire ou fondée sur l’élimination animale.

    La militante a défendu une approche fondée sur la stérilisation et la vaccination, qu’elle considère comme les seuls outils capables de réduire progressivement et durablement la population canine errante. Ces méthodes permettraient, selon elle, de limiter la reproduction incontrôlée, mais aussi de réduire l’agressivité et certains comportements à risque chez les animaux.

    Dans ce cadre, un rassemblement est prévu samedi 23 mai devant le siège de l’Assemblée des représentants du peuple, à l’appel de l’association, sous le slogan : « Vacciner, stériliser, ne pas tuer ».

    Amina Triki a mis également en avant un obstacle majeur : l’absence de statistiques fiables sur le nombre de chiens errants en Tunisie. Cette carence en données rend difficile, selon elle, l’élaboration d’une stratégie nationale cohérente et planifiée. Elle a affirmé avoir sollicité des institutions spécialisées afin de disposer d’études scientifiques permettant d’encadrer les politiques publiques dans ce domaine.

    Sur le terrain, les campagnes d’abattage sont également critiquées pour leur inefficacité à moyen terme. À ses yeux, elles provoquent un effet de « rebond » : la population canine se reconstituerait rapidement après les opérations de capture, tandis que les animaux survivants se disperseraient davantage, rendant leur suivi plus complexe.

    Le coût comme frein aux politiques publiques

    Au-delà des débats de principe, la question des moyens financiers apparaît centrale. En Tunisie, le coût d’une stérilisation canine réalisée dans le secteur privé est estimé entre 180 et 250 dinars par animal. Un montant qui, multiplié à grande échelle, représente un investissement conséquent pour les collectivités locales et les autorités publiques.

    Pour Amina Triki, cette contrainte budgétaire explique en partie le recours persistant aux solutions d’abattage, moins coûteuses à court terme mais inefficaces sur la durée. Elle a plaidé ainsi pour la création de centres spécialisés en partenariat avec les municipalités, capables de déployer des campagnes massives de stérilisation et de vaccination.

    L’association se dit d’ailleurs prête à contribuer financièrement et logistiquement à de tels programmes, en collaboration avec les autorités locales. Mais elle souligne que les communes, seules, ne disposent pas toujours des ressources nécessaires pour mettre en œuvre ces politiques.

    Dans son intervention, elle a évoqué par ailleurs des expériences internationales, notamment en Turquie, où la gestion des chiens errants repose sur des politiques de stérilisation à grande échelle, malgré des défis considérables.

    Des modèles étrangers efficaces 

    L’exemple de la Turquie illustre l’ampleur du défi. Le pays compterait environ 4 millions de chiens errants. Le coût moyen d’une stérilisation y est estimé à environ 4000 livres turques par animal, soit près de 250 dinars. Une généralisation de cette politique représenterait un budget théorique de plusieurs centaines de millions de dinars rendant l’opération extrêmement lourde sans soutien institutionnel massif et infrastructures adaptées.

    En France, la stratégie repose davantage sur des interventions ciblées, souvent menées en partenariat entre municipalités et associations de protection animale. Le coût d’une stérilisation varie généralement entre 150 et 350 euros pour un mâle et entre 250 et 600 euros pour une femelle dans le secteur privé. Dans le cadre de programmes subventionnés, notamment les dispositifs de type capture–stérilisation–relâchement, ce coût peut être réduit à une fourchette comprise entre 50 et 250 euros par animal. Pour une opération de 1000 chiens, le budget global est ainsi estimé entre 100.000 et 300.000 euros, incluant stérilisation, vaccination, identification et logistique.

    Dans les deux cas, la stérilisation est aujourd’hui considérée comme l’outil central des politiques de gestion des animaux errants, même si son déploiement nécessite des investissements initiaux importants et une coordination institutionnelle forte.

    Des collectivités locales en difficulté 

    En Tunisie, en l’absence de statistiques officielles précises, les estimations du nombre de chiens errants varient fortement. En se basant sur des hypothèses couramment avancées dans les travaux associatifs et les débats publics, la population canine errante pourrait être évaluée entre 500.000 et 1 million d’animaux à l’échelle du territoire.

    En retenant le coût moyen d’une stérilisation pratiquée dans le secteur privé en Tunisie, estimé entre 180 et 250 dinars par chien — soit une moyenne de 215 dinars — le coût global d’une opération de grande ampleur apparaît significatif. Dans un scénario bas de 500.000 chiens, la facture atteindrait environ 107,5 millions de dinars. Elle s’élèverait à près de 161 millions de dinars pour 750.000 chiens, et pourrait atteindre environ 215 millions de dinars dans l’hypothèse d’un million d’animaux concernés.

    Ces montants concernent uniquement l’acte vétérinaire de stérilisation, sans inclure les coûts logistiques indispensables à une campagne nationale, tels que la capture des animaux, leur transport, la vaccination, l’identification ou encore la mise en place de structures de prise en charge et de suivi. L’intégration de ces éléments opérationnels pourrait augmenter le budget global de 30% à 70%, portant ainsi l’enveloppe totale potentielle à plusieurs centaines de millions de dinars.

    Au regard de la situation financière des collectivités locales en Tunisie (1,2% du budget global de l’État), la faisabilité d’une campagne nationale de stérilisation à grande échelle apparaît particulièrement contrainte. Selon des données récentes, 132 municipalités sont déficitaires et 28 se trouvent en situation de crise financière, illustrant l’ampleur des déséquilibres budgétaires au niveau local. 

    Dans ce contexte, les budgets municipaux, déjà largement absorbés par les dépenses de fonctionnement et les services essentiels, disposent de marges d’investissement extrêmement réduites pour financer des programmes structurants tels que la stérilisation des animaux errants. Dès lors, même en considérant un étalement pluriannuel, une enveloppe estimée à plusieurs centaines de millions de dinars pour une intervention nationale dépasserait très largement les capacités propres des collectivités locales. 

    Cette réalité renforce ainsi l’idée selon laquelle un tel projet ne pourrait être envisagé qu’à travers un financement centralisé, appuyé par l’État et éventuellement par des partenaires internationaux, afin d’éviter de faire reposer sur les seules municipalités une charge financière hors de leur portée.

    Des ONG telles que World Animal Protection, Humane Society International, Four Paws ou encore IFAW financent régulièrement des programmes de stérilisation et de vaccination dans plusieurs pays, souvent dans le cadre de dispositifs intégrés de type capture–stérilisation–vaccination–retour. À cela s’ajoutent parfois des appuis d’institutions de développement comme la Banque mondiale, notamment lorsque ces programmes sont inscrits dans des approches de santé publique ou de gestion urbaine durable (One Health). 

    N.J

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