Par Amin Ben Khaled
A comme Antinomie
La Tunisie veut simultanément l’ordre et la révolte, la modernité et la tradition, l’État fort et la liberté absolue.
Le pays avance avec deux âmes qui se contredisent dans le même corps.
B comme Bourguiba
Il continue à gouverner les conversations plus que certains vivants.
En Tunisie, Bourguiba a de l’avenir.
C comme Café
Le véritable parlement tunisien.
On y refait le monde entre deux cigarettes et trois théories géopolitiques approximatives.
D comme Départ
Le rêve national officieux.
Autrefois, les peuples voulaient changer leur pays. Désormais, beaucoup veulent simplement obtenir un visa.
E comme Éclipse
Par moments, le pays disparaît derrière ses propres brouillards.
On ne sait plus très bien où finit la réalité et où commence la fatigue collective.
F comme Foule
La foule tunisienne alterne entre l’explosion et l’attente.
Elle peut devenir volcanique pour le prix du pain ou totalement silencieuse face à l’effondrement.
G comme Gafsa
Le sous-sol nourrit le pays pendant que les régions minières attendent encore leur miracle.
H comme Harga
Ce n’est plus une migration.
C’est une métaphysique.
I comme Ironie
Dernière richesse nationale non délocalisable.
J comme Jugement
En Tunisie, tout le monde juge tout le monde :
les politiciens, les journalistes, les voisins et même Dieu parfois.
K comme Kaléidoscope
La Tunisie change de visage selon l’heure, le quartier, la classe sociale et l’état du frigo.
Pays impossible à résumer : tragique à midi, comique le soir, silencieux après minuit.
L comme Langue
Le Tunisien parle arabe, français, dialecte, sarcasme et désespoir dans la même phrase.
M comme Méditerranée
Belle comme une promesse.
Cruelle comme une frontière.
N comme Nostalgie
Le carburant émotionnel du pays.
Chaque génération croit secrètement que la précédente vivait mieux.
O comme Ordre
Obsession nationale répétée après chaque crise.
Puis immédiatement sabotée par la réalité tunisienne elle-même.
P comme Peur
Peur du futur.
Peur du déclassement.
Peur du vide.
Mais surtout peur que rien ne change vraiment.
Q comme Question
Le Tunisien pose davantage de questions qu’il ne construit de réponses.
Peut-être est-ce sa grandeur.
Peut-être son piège.
R comme Révolution
Mot devenu souvenir, slogan, nostalgie, fatigue et produit médiatique à la fois.
S comme Silence
Dans certaines familles tunisiennes, les silences racontent davantage que les conversations.
T comme Tunis
Capitale nerveuse où les embouteillages ressemblent à des expériences sociologiques.
U comme Utopie
Officiellement disparue.
Mais encore visible parfois dans les yeux fatigués de certains étudiants.
V comme Visa
Nouvelle version contemporaine du destin.
W comme Wifi
Lien fragile maintenant debout une partie de la stabilité psychologique nationale dans les endroits publics.
X comme Xénophobie
La peur de l’autre apparaît souvent dans les sociétés qui doutent d’elles-mêmes.
Y comme Yasmine
Fleur nationale officieuse d’un pays qui tente encore de parfumer ses ruines.
Z comme Zone grise
La Tunisie vit souvent entre deux états :
ni effondrée, ni reconstruite.
Simplement suspendue.
BIO EXPRESS
Amin Ben Khaled – Avocat au barreau de Tunis
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.










