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Stress, charge mentale et carrière sacrifiée : 96% des mères actives en Tunisie vivent sous pression permanente

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Par Nadya Jennene

    Selon une étude exploratoire récemment menée par la plateforme MOOM, la maternité continue de peser lourdement sur les trajectoires professionnelles des femmes actives en Tunisie. Présentée vendredi 22 mai 2026 par la fondatrice de la plateforme, Maroua Ben Charrada, lors de l’émission « Expresso » sur Express FM, cette enquête entend documenter, de manière empirique, les effets de la maternité sur la vie professionnelle des Tunisiennes et alimenter un débat encore peu exploré dans le contexte national.

    Réalisée auprès de 526 femmes, dont 499 mères actives, principalement issues du Grand Tunis mais aussi de plusieurs autres gouvernorats, l’étude met en lumière des indicateurs particulièrement alarmants concernant la charge mentale et psychosociale supportée par les mères salariées.

    Une maternité vécue sous pression permanente

    L’un des chiffres les plus marquants de cette enquête révèle que 96% des mères actives interrogées disent vivre un stress permanent lié à la difficulté de concilier travail et responsabilités familiales. Autrement dit, plus de neuf mères sur dix évoluent sous une pression quotidienne continue.

    Pour Maroua Ben Charrada, ce résultat dépasse largement le simple constat statistique et reflète une réalité profondément ancrée dans le vécu des femmes actives tunisiennes.

    L’étude montre également que la maternité provoque d’importants bouleversements dans les parcours professionnels. Ainsi, 33,9% des mères interrogées affirment s’être orientées vers le travail indépendant ou le freelancing afin de mieux gérer l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale. Dans le même temps, 28,8% déclarent avoir changé d’emploi après être devenues mères.

    Selon la fondatrice de MOOM, ces données illustrent les limites persistantes du marché du travail tunisien face aux transformations des modèles familiaux et aux attentes des nouvelles générations de femmes actives. Elle estime que l’organisation professionnelle reste largement pensée selon des schémas qui ignorent encore les réalités parentales.

    L’enquête révèle aussi que 85% des participantes considèrent avoir rencontré des difficultés professionnelles depuis leur maternité. Les problèmes évoqués touchent aussi bien la charge mentale que l’évolution de carrière, l’accès aux responsabilités ou encore l’organisation du temps de travail.

    Les participantes pointent également les insuffisances des dispositifs législatifs liés à la parentalité. Plus de quatre mères sur dix jugent insuffisants les congés de maternité et de paternité, malgré leur récente révision. Les critiques se concentrent particulièrement sur le congé de paternité, limité à sept jours, considéré comme trop court pour permettre un véritable accompagnement de la mère après l’accouchement et la construction des premiers liens familiaux.

    Par ailleurs, près de 30% des femmes interrogées estiment que les services de garde d’enfants et les structures de petite enfance ne répondent pas correctement aux besoins des familles actives. Un tiers des participantes affirme également que ses perspectives d’évolution professionnelle se sont réduites après la maternité, signe de freins structurels persistants à l’égalité des parcours professionnels.

    Une baisse de la fécondité qui inquiète

    Pour Maroua Ben Charrada, cette réalité sociale s’inscrit dans un contexte démographique plus large marqué par une baisse continue de la fécondité en Tunisie. Elle a rappelé que la plateforme MOOM avait déjà consacré un mini-documentaire à cette problématique en collaboration avec le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) en Tunisie, afin d’examiner les causes profondes du recul des naissances dans le pays.

    Le seuil minimal permettant le renouvellement des générations est généralement fixé à 2,1 enfants par femme. Or, la Tunisie affiche aujourd’hui un indice de fécondité oscillant entre 1,6 et 1,8 enfant par femme, soit un niveau inférieur au seuil de remplacement démographique.

    Une situation qui, selon la fondatrice de MOOM, expose progressivement le pays à un vieillissement accéléré de sa population et à une transformation profonde de sa structure démographique.

    Maroua Ben Charrada a également affirmé que la Tunisie est actuellement le seul pays africain à enregistrer un niveau de fécondité comparable à celui de certaines nations industrialisées. Une évolution qu’elle juge particulièrement préoccupante et qui nécessite, selon ses mots, « une prise de conscience collective ».

    N.J

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