Alors que les tensions autour du système énergétique tunisien s’intensifient à l’approche de l’été, l’Algérie vient d’envoyer un signal particulièrement fort à Tunis. Le groupe public algérien Sonelgaz a confirmé dimanche 24 mai 2026 son engagement à poursuivre l’exportation d’électricité vers la Tunisie durant l’été 2026 afin d’aider à sécuriser l’alimentation du réseau tunisien pendant les périodes de forte consommation.
L’annonce a été rapportée par l’agence de presse algérienne APS à l’issue d’une réunion tenue à Alger entre le ministre algérien de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, et une délégation de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) conduite par son PDG Fayçal Trifa.
Au-delà du caractère diplomatique de la rencontre, le message envoyé par Alger traduit surtout le niveau de pression auquel fait désormais face le système énergétique tunisien.
Un soutien crucial avant les pics estivaux
Dans son communiqué, le ministère algérien de l’Énergie précise que Sonelgaz maintiendra ses exportations d’électricité vers la Tunisie durant l’été 2026 « malgré les défis majeurs auxquels le système énergétique national fait face durant la période de pointe estivale ».
Cette précision intervient dans un contexte marqué par les inquiétudes croissantes autour de la capacité du réseau tunisien à absorber les pics de consommation estivaux, notamment avec l’utilisation massive des climatiseurs durant les vagues de chaleur.
Ces dernières semaines, plusieurs parlementaires tunisiens avaient d’ailleurs évoqué le risque de coupures tournantes pouvant affecter jusqu’à un million de personnes durant l’été, alimentant les interrogations sur les capacités de production disponibles et sur l’équilibre du réseau électrique national.
Une dépendance énergétique devenue structurelle
Cette annonce intervient alors que les derniers chiffres publiés par le ministère tunisien de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie mettent en évidence une aggravation continue de la dépendance énergétique du pays.
À fin mars 2026, le taux de dépendance énergétique de la Tunisie a atteint près de 66%, contre 61% un an auparavant. Sans la redevance liée au transit du gaz algérien, ce taux dépasserait même 72%.
En parallèle, la production nationale continue de s’éroder sous l’effet du vieillissement des champs historiques, du ralentissement de l’exploration et de la faiblesse des investissements dans le secteur.
Pendant ce temps, la demande énergétique poursuit sa progression. La consommation de gaz naturel et de produits pétroliers a augmenté de 5% à fin mars 2026, accentuant mécaniquement le recours aux importations.
Cette combinaison entre baisse de la production nationale et hausse continue de la demande place désormais la Tunisie dans une situation de forte vulnérabilité énergétique, particulièrement durant les périodes de pointe électrique.
Sonelgaz renforce son rôle stratégique dans l’équilibre énergétique tunisien
Au-delà des flux de gaz naturel transitant historiquement entre les deux pays, l’Algérie apparaît de plus en plus comme un acteur central de la stabilité énergétique tunisienne.
Le communiqué algérien indique d’ailleurs que les discussions ont également porté sur un projet de centrale électrique à cycle combiné d’une capacité de 1.400 mégawatts en Tunisie.
Un tel projet représenterait une capacité considérable à l’échelle du système électrique tunisien, dans un contexte où les besoins de renforcement du parc de production deviennent de plus en plus urgents.
Les deux parties ont également évoqué l’accélération du projet d’interconnexion électrique tripartite entre l’Algérie, la Tunisie et la Libye, présenté comme un levier de renforcement de la sécurité énergétique régionale.
Derrière ces annonces, se dessine progressivement une logique d’intégration énergétique maghrébine plus poussée, portée notamment par les capacités de production et les ressources gazières algériennes.
Une vulnérabilité qui dépasse désormais le seul secteur énergétique
La question énergétique est désormais devenue un enjeu macroéconomique majeur pour la Tunisie.
La hausse des importations énergétiques exerce une pression croissante sur les réserves en devises, la balance commerciale et les finances publiques. Le déficit du bilan énergétique tunisien a atteint 1,5 million de tonnes équivalent pétrole à fin mars 2026, tandis que le déficit de la balance commerciale énergétique avoisine les trois milliards de dinars.
Dans le même temps, les tensions géopolitiques internationales et la volatilité des cours du pétrole renforcent encore les risques pesant sur les équilibres économiques du pays.
Dans ce contexte, le maintien du soutien énergétique algérien dépasse largement le simple cadre technique. Il devient un élément central de stabilisation pour un système énergétique tunisien soumis à des tensions de plus en plus structurelles.
I.N.











Commentaire
A4
Constat et constat amer !
Depuis au moins 15 ans, la STEG a tout fait pour saboter les énergies renouvelables et surtout les installations photovoltaïques: absence de compteurs électriques bidirectionnels pour les petites installations et absence de raccordements à moyenne tension pour les grandes installations.
Les raccordements et les mises en service des installations photovoltaïques prenaient et prennent encore facilement 1 à 2 ans pour être réalisés.
Aujourd’hui la STEG est devenue incapable de satisfaire la demande intérieure du pays et envoie son PDG faire la manche en Algérie pour avoir en plus du gaz, de l’électricité prête à l’emploi. Cette électricité est payée par la STEG au tarif de 300 millimes par kWh à l’Algérie et facturée aux Tunisiens à un tarif beaucoup plus bas, d’où déficits sur pertes sur déficits !
Depuis 20 à 25 ans, le pic de consommation électrique en Tunisie est enregistré à l’heure de la sieste au mois de Juillet ou d’Août. Ce phénomène est dû à la généralisation de la climatisation dans les habitations ainsi que la totalité des bâtiments. Or, qui dit climatisation dit chaleur, qui dit chaleur dit soleil, et qui dit soleil dit production maximale d’électricité photovoltaïque. Le système est auto-régulé naturellement ! Mais allez expliquer ça aux agents de la STEG …
Il est à rappeler qu’en 2025, 14 % de l’électricité consommée par les Tunisiens est produite par les Algériens. Qu’en sera-t-il pour 2026 ? Ce pourcentage va certainement augmenter. Hélas !!