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Néobanques et banques traditionnelles : au-delà du choc des modèles, l’enjeu de la souveraineté financière

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Par Abdelwaheb Ben Moussa

    Par Abdelwaheb Ben Moussa

    Le débat sur la disruption bancaire refait surface avec une actualité récente consacrée à la percée des banques entièrement numériques. Des millions de clients conquis sans agence, sans commissions apparentes, en quelques années. Les chiffres sont réels. Mais la conclusion qu’on en tire — la supériorité intrinsèque du modèle néobanque — mérite d’être sérieusement nuancée à l’aune des enjeux propres à notre secteur financier national.

    La gratuité comme stratégie d’acquisition, non comme modèle pérenne

    Le modèle « zéro commission » des néobanques repose sur une logique de subvention croisée temporaire : des levées de fonds massives absorbent les pertes d’exploitation pendant la phase de conquête, dans l’attente d’une monétisation future. En Europe, plusieurs pionnières du secteur — Revolut, N26, Monzo — ont progressivement réintroduit des frais après leur troisième ou quatrième exercice, dès que la pression de la rentabilité a primé sur l’impératif de croissance.

    Confondre une offre de lancement avec un modèle économique viable, c’est appliquer un cadre de lecture inadapté à notre contexte bancaire national, où la stabilité du bilan et la continuité du service constituent des exigences réglementaires non négociables.

    Le périmètre d’activité : là où la comparaison s’arrête

    Les néobanques excellent dans un périmètre précis : la gestion des flux transactionnels du quotidien — virements, paiements, suivi des dépenses en temps réel. Elles sont structurellement moins bien positionnées — et souvent réglementairement non habilitées — pour opérer sur les segments à plus forte valeur économique : financement des PME, crédit agricole, accompagnement de projets d’investissement complexes, gestion de trésorerie institutionnelle.

    Or, dans le cadre du Plan de développement 2026-2030, la mobilisation du financement bancaire au service de la croissance productive reste un impératif central. Ce travail — invisible, peu spectaculaire, mais économiquement structurant — est précisément celui que les établissements à réseau assurent sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones où l’exclusion numérique maintient des franges entières de la population hors de portée des interfaces mobiles.

    La confiance institutionnelle : un actif immatériel non reproductible

    Au-delà des indicateurs d’acquisition client, la confiance institutionnelle constitue le différenciateur fondamental des banques à assise historique. Déposer une épargne de long terme, financer un projet de vie, traverser une période de difficultés financières : ces situations appellent un interlocuteur humain, une relation construite dans la durée, une institution dont la pérennité est garantie par un cadre réglementaire solide.

    La volatilité des fintechs est une réalité documentée. Plusieurs néobanques reconnues ont suspendu leurs activités ou été rachetées en situation de fragilité financière. Pour la BCT et le régulateur tunisien, cette instabilité structurelle représente un risque systémique qui ne peut être traité à la légère, surtout dans un contexte où la résilience du secteur bancaire est un enjeu de souveraineté économique.

    La réponse stratégique : transformer sans se dissoudre

    La bonne question n’est pas « néobanque ou banque traditionnelle ? » mais « comment intégrer les apports du numérique sans sacrifier les fondamentaux de l’intermédiation financière ? »

    L’adoption des standards d’expérience utilisateur des fintechs — UX mobile-first, onboarding digital, transparence tarifaire, temps de réponse réduit — est une nécessité concurrentielle. Mais cette transformation de surface doit s’appuyer sur une refonte en profondeur des core banking systems, une intégration des outils d’IA interne pour l’automatisation des processus à faible valeur ajoutée, et une politique de rétention des talents digitaux au sein des établissements existants.

    C’est précisément l’arbitrage que le Plan 2026-2030 doit permettre de financer : non pas la réplication du modèle néobanque, mais la modernisation de l’existant pour en démultiplier l’impact sur l’économie réelle.La disruption numérique du secteur bancaire est réelle, légitime et porteuse d’opportunités. Mais elle ne doit pas conduire à l’effacement des établissements qui financent la Tunisie productive, accompagnent ses entreprises dans les cycles difficiles et maintiennent la bancarisation dans les territoires les plus fragiles. L’enjeu n’est pas de choisir entre l’agilité des uns et la profondeur des autres. C’est de bâtir des institutions financières capables des deux.

    BIO EXPRESS

    Abdelwaheb Ben Moussa – Ingénieur en informatique / Cadre dans une banque publique

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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