À l’approche de l’Aïd el-Kebir, la flambée persistante des prix des moutons continue d’alimenter les inquiétudes des ménages tunisiens. Malgré une saison marquée par des conditions climatiques jugées favorables à l’agriculture, les prix des bêtes restent particulièrement élevés, oscillant entre mille et trois mille dinars, voire davantage, selon les régions.
Dans une publication partagée mardi 26 mai 2026 sur les réseaux, l’économiste, docteur en sciences économiques et enseignant-chercheur à l’Université de Carthage, Aram Belhadj, a estimé que cette situation ne relevait pas d’une simple hausse passagère, mais traduisait une crise structurelle profonde touchant toute la filière ovine en Tunisie.
Un cheptel fragilisé depuis plusieurs années
Selon l’économiste, les bonnes précipitations peuvent certes améliorer les pâturages à court terme, mais elles ne suffisent pas à compenser le recul continu du cheptel national observé depuis près d’une décennie. Il souligne que la vente de femelles reproductrices ainsi que la contrebande transfrontalière ont contribué à affaiblir durablement la capacité de reproduction des troupeaux.
Aram Belhadj relève également que l’absence de contrôle efficace et de mécanismes de dissuasion a aggravé ce déséquilibre, réduisant progressivement la résilience de la filière.
Des coûts de production et de distribution sous pression
L’universitaire rappelle que l’alimentation animale représente entre 60% et 70% du coût de production. Cette dépendance aux céréales, notamment à l’orge, ainsi qu’aux aliments importés expose les éleveurs aux fluctuations des marchés mondiaux et à la pression exercée par la dépréciation du dinar.
À cela s’ajoutent la hausse des frais de transport, le coût des soins vétérinaires et la dégradation progressive des pâturages naturels liée aux changements climatiques.
L’économiste pointe aussi les dysfonctionnements dans la chaîne de distribution. Il estime que les intermédiaires absorbent une part importante de la valeur ajoutée, alors que l’éleveur vend souvent à faible marge sous la contrainte de ses engagements financiers, tandis que le consommateur supporte des prix élevés sans amélioration notable pour le producteur.
Des réponses jugées insuffisantes
Dans son analyse, Aram Belhadj considère que les mesures adoptées jusqu’ici, comme l’importation de viande ou la mise en place ponctuelle de points de vente encadrés, restent des réponses limitées face à une crise plus profonde.
Il plaide ainsi pour une approche plus globale reposant sur la reconstitution du cheptel national, une meilleure organisation des circuits de distribution, le renforcement de la lutte contre la contrebande ainsi qu’un soutien durable aux petits éleveurs.
À ses yeux, la pression sur les prix des moutons de l’Aïd illustre aujourd’hui les fragilités structurelles d’une filière qui peine encore à retrouver son équilibre.

M.B.Z











Commentaire
zaghouan2040
Et les goulots d’étranglement ce caractérisant la filière ovine caractérisent également des dizaines d’autres filières agricoles