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Permis de tuer

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Par Synda Tajine


    « Il n’existe pas d’autre choix que d’expulser de force les enfants migrants avec leurs mères, ou de les empoisonner. » Ces mots ont été écrits hier par l’artiste et poète tunisien Slaheddine Bouzaiene. Effacés depuis, mais pas oubliés.

    Des appels au meurtre, posés là, sur un écran, comme une évidence. Décomplexés, assumés, nauséabonds. Et surtout, loin d’être isolés.

    Si on attendait plus d’un « artiste », on n’est pas plus étonnés que de telles énormités soient proférées par de « simples » citoyens. Ce matin même, un autre citoyen, loin d’être le seul, malheureusement, appelait à rassembler tous les Subsahariens dans un camp et à y mettre le feu. « Je suis raciste et je ne changerai pas d’avis », écrit-il, tout simplement, sans état d’âme.

    Les appels à l’expulsion massive n’ont pas tardé à muter : d’abord l’expulsion, ensuite la stérilisation, et enfin le meurtre pur et simple. Les empoisonner, comme des nuisibles. Des êtres humains entièrement réduits à du parasitage, dont on devrait se débarrasser sans état d’âme, sans procès, sans même l’effort de les regarder comme des personnes.

    La fabrique du complot

    Sur les réseaux, terrain de tous les excès et de toutes les lâchetés, des Tunisiens, parfois éduqués, parfois privilégiés, parfois tout à fait respectables en société, rivalisent de propos racistes envers des migrants dont l’État ne sait pas encore quoi faire. Ceux qui osent affirmer que ces gens ont le droit d’exister, d’être traités en êtres humains, sont immédiatement requalifiés en traîtres. En agents d’un vaste plan de remplacement, télécommandé par des puissances obscures, au service d’agendas que personne ne peut nommer mais que tout le monde connaît.

    Pour alimenter ce grand récit complotiste, il suffit de peu : une Nigérienne qui aurait accouché en Tunisie de onze bébés, des Subsahariennes qui lorgnent nos si précieux hommes tunisiens, un plan sioniste vieux de plusieurs décennies pour mettre la main sur le pays. Les intox s’enchaînent, amplifiées par l’intelligence artificielle, l’ignorance et les cerveaux les plus disponibles à y croire.

    Dans certaines villes, comme Sfax où la situation est plus tendue, donner quelques dinars à un migrant qui mendie à un feu rouge vous vaut un regard hostile. Lui louer un logement décent est punissable par la loi. L’embaucher pour un travail manuel est considéré comme une trahison nationale. Pendant ce temps, le Tunisien, pourtant maître du travail au noir et des circuits informels, se redécouvre soudainement une âme de gardien de la légalité. Charmant paradoxe.

    La réalité, elle, est moins romanesque. Moins complotiste. Juste triste. Le pays s’est retrouvé dans une impasse de sa propre fabrication : il a signé des accords pour bloquer le passage des migrants vers l’Europe, sans jamais se donner les moyens d’en contrôler l’entrée sur son territoire. Résultat : des gens coincés ici, sans aucune envie d’y rester, forcés à une visibilité qu’on retourne ensuite contre eux pour justifier un racisme qu’on pratique allègrement, mais qu’on n’assume jamais vraiment.

    Arrosé d’en haut

    Ce racisme, parfois spontané, est aussi cultivé, méthodiquement arrosé d’en haut. Il y a trois ans, le président de la République Kaïs Saïed évoquait une « entreprise criminelle » visant à modifier la composition démographique du pays.

    Depuis, les médias et organisations qui suivent ces dynamiques ont documenté une hausse nette des agressions et des discriminations visant les Noirs subsahariens, ainsi que des campagnes de harcèlement ciblant plusieurs médias indépendants et leurs journalistes, pris pour cible à travers insultes et accusations de trahison, en lien direct avec leur couverture des mouvements contre le racisme.

    Depuis, ce racisme décomplexé, alimenté par une politique d’État, laisse la porte grand ouverte : à ce député qui soutient, en toute impunité et dans l’enceinte du Parlement, que « le Tunisien n’a pas besoin d’aller violer des migrantes, car les Tunisiennes lui suffisent » ; à cette chroniqueuse qui, sur une chaîne privée, réclame qu’on « stérilise les migrantes pour ne pas qu’elles enfantent dans notre pays » ; à cette journaliste qui clame que l’Occident mène une guerre « morale, religieuse et existentielle » contre les sociétés arabes et musulmanes « à travers l’installation des réfugiés et la promotion des droits antiracistes, féministes et LGBT ».

    Le racisme d’État et ses relais

    Le discours institutionnel a ouvert une brèche. La haine s’y est engouffrée et elle a exprimé, de la plus abjecte des manières, ce que la société tunisienne avait tant à dire, sans toujours oser l’affirmer haut et fort. Le pouvoir a créé une situation inextricable, puis a choisi de s’en extraire en criant au « remplacement », transformant une impasse politique en carburant idéologique et des êtres humains en boucs émissaires commodes. Pendant que certains déversent un racisme de plus en plus décomplexé sans jamais être inquiétés, d’autres croupissent en prison pour avoir simplement nommé la réalité.

    Des travailleurs humanitaires ont été emprisonnés durant des mois – certains le sont encore – pour avoir aidé des réfugiés et des migrants en situation de vulnérabilité. Sonia Dahmani avait dénoncé le racisme : elle a été condamnée à un an et demi de prison pour « diffusion de fausses informations ». Les appels au meurtre, au viol ou à la stérilisation disparaissent presque aussitôt qu’ils sont proférés. La vérité, elle, finit derrière les barreaux.

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    12 commentaires

    1. Citoyen_H

      Répondre
      28 mai 2026 | 21h47

      @Hannibal 28 mai 2026 | 15h25

      On trouve généralement les diverses clés de décryptage, dont celle du touché du caillou,  dans presque tous les hôpitaux psychiatriques de renom.
      Vu la teneur de ce qu’il débite, ça n’en vaut pas la peine de se décarcasser pour obtenir la sienne.

    2. Permis d'autodénigrement... @Sagouin2063 @LoLénifiant et autres essentialisants mzawarabo-berbarobarbants :

      Répondre
      28 mai 2026 | 11h39

      Pas « les » mais « des ».

      Laissez tomber le QômpleKS velayataire « loubana ourbana » de constante neutralisation des esprits et des actes et n ayant rien à envier aux complexés BounKiba
      et Zaba zinzinzolin finis à la p**** des « sous verrins » éternels colonisés.

      1000 ans que ça essaye, de Zaghouan à Tataouine.

      En vain in fine.

      « DES » Tunisien.n.e.s en minorité, sans cette mentalité, pour toujours finir par  » LES » déjouer puis « LES » bouter.

      A charge de continuer.

      Loin des 2040 sagouins ouin ouin et LoLénfiant auto-dénigrément de mauvaise fortune poussant éternels refrain de « inarnardi tube »…

      A bons entendeurs, salutations.

      • Loubanana 3ourbana...Du Protectoratatat à AfriKS Agenda 2063.

        Répondre
        28 mai 2026 | 12h46

        Protectoratata françalgériatrie Qôm ProteKtartourat NéoQaramiteux.

        Loubana 3ourbana et autre « vision of diviSion. »

        De Casablancass à Tahanrauss.

        Douwiw 😉

        • Hannibal

          Répondre
          28 mai 2026 | 15h25

          Il faut nous filer votre clé de décryptage parce que nous ne comprenons rien de votre charabia.
          Le modérateur de BN dispose visiblement d’une telle clé puisqu’il laisse passer vos commentaires bien que les noms de profils différents à chaque commentaire, avec des phrases longues et alambiquées doivent être logiquement bannis.
          Un peu de repos vous fera du bien (à nous aussi).
          A bon lecteur, un émoticône bien explicite.

    3. LOL

      Répondre
      27 mai 2026 | 19h56

      LOL !
      Les Tunisiens sont racistes ?
      Oh là là, mais c’est choquant d’apprendre ça.
      Heureusement, ils ne sont pas aussi sexistes, antisémites, homophobes, transphobes, xénophobes, classistes, violents envers les animaux, extrêmement corrompus, incroyablement intolérants et déraisonnablement fermés d’esprit.
      Sinon, ce serait la cata ! Lol !

      • zaghouan2040

        Répondre
        27 mai 2026 | 23h24

        Les Tunisiens n’ont as été aussi répugnants
        Je crois que c’est l’abomination du régime Benali qui a durablement et monstrueusement aliénée notre société faisant de ce pays un véritable nid de psychopathes

    4. zaghouan2040

      Répondre
      27 mai 2026 | 12h36

      Comme l’a très bien indiqué un commentateur le racisme est le reflet de son propre échec
      Au delà cette poussée hystérique de rejet de l’autre ne fait qu’illustrer l’échec de la société tunisienne a devenir une communauté citoyenne, responsable et civilisée

      Pour moi a qui a été reproché maintes fois le rejet des migrants internes issus des régions défavorisées j’y vois un énième signe de l’ensauvagement sans fin de ce pays, du essentiellement a la propagation des mentalités bédouines dans tous les recoins de notre cadre societal

    5. Hannibal

      Répondre
      27 mai 2026 | 7h45

      Un Etat doit lutter contre l’immigration clandestine en respectant la loi et les droits humains.
      Le racisme est le reflet de l’échec de soi.
      L’utilisation du racisme comme posture politique pour alimenter les esprits simples et complotistes est immoral et surtout illégal.
      Normalement, le procureur et la justice se saisissent systématiquement pour punir de tels actes quelqu’en soient les responsables. Malheureusement, ils n’osent pas!
      C’est à la fois scandaleux et honteux.
      Évitez de manger trop de viandes !

    6. Permis de censure BaNanante aussi...N est ce pas ?

      Répondre
      26 mai 2026 | 23h28

      C est mieux comme ça ?

       » Permis de Bouzebêler : L’agent triple zéro (fi Korasstou!) triple retour de veston et l’Homme qui valait 1 milliard…

      La Warta Bros et la M.G(eouje).M vous présentent leur double saga :

      « Opération Agenda 2063 : AfriKS toute !
      Permis de Koncentrationner jusqu’à asphyKSie »

      Bouzebel Je Kill et Monster TruKeur Hyde dans « Mare Nostrum EKremator ».

      Aktuellement en salles et en plein air
      (aux abords des grandes villes pré-insurectionnels populaires et aux abords des camps humains d exilé.e.s entassé.e.s à travers champs d’oliviers et palmeraies).

      En ImaKS et en (dé)Mondovision
      Dispoibles en TeKniKolor of Bouh le Benêt Zaieneton sur Kiloton dans quelques sales salles.

      TicKets et places illimités.

      Vite : bientôt la fin d’eKSploitation…

    7. Citoyen_H

      Répondre
      26 mai 2026 | 19h40

      TOUJOURS AU PREMIER RANG,

      dès qu’il s’agit de tirer à vue, de discréditer et de détracter le gouvernement dans son ensemble, avec notre président en plein centre de la ligne de mire.
      Inchallah, bi-koudrett illéh, i-jikom un El Joulani à la puissance mille !
      Ya Rabbi, faites en sorte de leur faire payer très cher, toute cette ingratitude, devenue chronique chez grand nombre de tunisiens !
      2011 les a rendus encore plus, aigris et hideux.
      Achevez la bête !

    8. Gg

      Répondre
      26 mai 2026 | 17h10

      Ces propos sont indiscutablement excessifs, et ne devraient pas avoir lieu.
      En même temps, pourquoi ne comprenez vous pas que nombre de vos concitoyens refusent cette immigration parce qu’ils ont de plus en plus de mal à se nourrir, à se loger, à se soigner? Et souvent n’y parviennent plus?
      Qu’ont ils à partager, la misère ?

    9. A4

      Répondre
      26 mai 2026 | 16h28

      Quand l’exemple vient d’en haut, les moutons ne peuvent que foncer têtes baissées !!!

    Répondre

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