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Sécheresse et dettes agricoles : la BCT enclenche le rééchelonnement des crédits

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Par Imen Nouira

    Face aux lourdes pertes provoquées par la sécheresse ayant frappé les grandes cultures durant les campagnes agricoles 2023-2024 et 2024-2025, la Banque centrale de Tunisie (BCT) a autorisé les banques à rééchelonner les crédits des agriculteurs sinistrés. Cette mesure, qui s’inscrit dans le prolongement de la reconnaissance officielle de cette sécheresse comme calamité naturelle dans plusieurs régions du pays, vise à soutenir les exploitants touchés tout en limitant l’impact de la crise sur les portefeuilles bancaires agricoles.

    L’autorité monétaire a publié, mardi 2 juin 2026, une note aux banques autorisant le rééchelonnement des crédits accordés aux agriculteurs touchés par la sécheresse ayant frappé les grandes cultures durant les campagnes 2023-2024 et 2024-2025.

    Cette décision intervient quelques semaines après la reconnaissance officielle de cette sécheresse comme calamité naturelle dans plusieurs régions du pays, notamment à Siliana, Le Kef et Kasserine, à travers un arrêté conjoint publié au Journal officiel de la République tunisienne (Jort) du vendredi 8 mai 2026.

    À travers cette note n°161 de 2026, la BCT fixe le cadre opérationnel permettant aux banques de restructurer les dettes des exploitants sinistrés. Le dispositif concerne principalement les agriculteurs ayant bénéficié de crédits de campagne pour les grandes cultures et ayant subi des dégâts importants à cause du déficit pluviométrique.

    Intervention bancaire après une crise agricole majeure

    La sécheresse de la campagne agricole 2024-2025 a provoqué des pertes particulièrement lourdes dans plusieurs zones céréalières du pays. Dans certaines délégations de Siliana, du Kef et de Kasserine, les taux de sinistre ont atteint jusqu’à 100% des superficies emblavées, selon les annexes publiées au Jort.

    Face à cette situation, les autorités ont choisi d’activer plusieurs mécanismes de soutien afin d’éviter une dégradation brutale de la situation financière des exploitants agricoles et une montée des créances compromises dans le secteur bancaire.

    La note de la BCT précise ainsi que les banques peuvent accorder des rééchelonnements aux agriculteurs ayant respecté auparavant leurs engagements bancaires et dont les exploitations se trouvent dans les zones officiellement reconnues comme sinistrées.

    Les agriculteurs concernés devront présenter une attestation délivrée par le Commissariat régional au développement agricole (CRDA) certifiant les dégâts subis et leur ampleur.

    Des crédits restructurés sur sept ans

    Selon la note de la Banque centrale, les crédits concernés pourront être restructurés sur une période pouvant atteindre sept ans, avec un traitement au cas par cas selon la capacité de remboursement des exploitants et le niveau des pertes enregistrées.

    Le dispositif couvre notamment les crédits de campagne accordés aux grandes cultures au titre des campagnes 2024 et 2025, ainsi que certains crédits d’investissement liés à ces activités. Il concerne également certaines dettes issues de la campagne 2023-2024.

    En revanche, les exploitations situées dans les périmètres irrigués ne sont pas concernées par cette mesure, conformément au cadre déjà fixé par l’arrêté gouvernemental publié en mai dernier.

    La BCT précise également que les demandes devront être déposées auprès des banques avant le 15 juillet 2026.

    Le Fonds national de garantie mobilisé

    L’un des principaux enjeux de ce dispositif réside dans le partage du risque financier entre les banques et les mécanismes publics de garantie.

    La note prévoit en effet l’intervention du Fonds national de garantie pour couvrir une partie des charges générées par les opérations de rééchelonnement des crédits éligibles.

    La Banque centrale autorise également les banques à restructurer certains crédits agricoles non couverts par le Fonds national de garantie. Dans ce cas, les établissements bancaires supporteront eux-mêmes les charges et risques liés à ces opérations.

    Cette approche vise à limiter l’impact de la sécheresse sur la qualité des portefeuilles bancaires agricoles, dans un contexte où plusieurs exploitants risquent de se retrouver dans l’incapacité d’honorer leurs échéances après deux campagnes marquées par des conditions climatiques difficiles.

    Au-delà du soutien immédiat aux agriculteurs, cette mesure illustre également la volonté des autorités monétaires et financières de prévenir une détérioration plus large du financement du secteur agricole et une hausse des créances classées dans les bilans bancaires.

    Elle met également en lumière la montée progressive du risque climatique dans le financement agricole tunisien, alors que la récurrence des épisodes de sécheresse fragilise davantage un secteur déjà confronté à la hausse des coûts de production et à la faiblesse des rendements.

    I.N.

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