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Tabagisme au Maghreb : les experts appellent à une réponse commune face à un fléau qui gagne du terrain

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Par Myriam Ben Zineb

    La Tunisie enregistre chaque année 13.200 décès liés au tabac, dont près de 20% imputables au tabagisme passif. Plus inquiétant encore, près de la moitié de ces décès surviennent avant l’âge de 70 ans. Des chiffres alarmants qui ne concernent pas uniquement la Tunisie. En Algérie comme en Libye, les professionnels de santé observent les mêmes tendances : une consommation toujours élevée, une initiation de plus en plus précoce chez les jeunes et un coût sanitaire considérable.

    C’est autour de ce constat que des experts des trois pays se sont réunis mardi 2 juin 2026 à Tunis, à l’occasion de la première édition de la conférence « Le tabagisme au Maghreb : réflexions sur un défi commun » organisée par Med.tn. Au fil des échanges, une idée s’est imposée : face à des problématiques largement similaires, le Maghreb gagnerait à coordonner davantage ses stratégies de lutte contre le tabagisme.

    Empêcher la première cigarette

    Pour les intervenants, la prévention reste la priorité absolue.

    L’épidémiologiste algérienne Souad Bouaoud a particulièrement insisté sur la nécessité d’agir avant même que la dépendance ne s’installe. L’objectif, selon elle, n’est pas seulement d’aider les fumeurs à arrêter, mais surtout d’empêcher les jeunes d’allumer leur première cigarette.

    Cette approche passe notamment par une application plus rigoureuse des réglementations existantes, une fiscalité plus dissuasive et une limitation de l’accessibilité des produits du tabac auprès des mineurs.

    Cette préoccupation est partagée dans l’ensemble de la région. Les experts présents ont relevé une banalisation persistante du tabac chez les adolescents et une initiation parfois très précoce. Un phénomène d’autant plus préoccupant que la dépendance s’installe rapidement et accompagne souvent les fumeurs pendant plusieurs décennies.

    Un lourd fardeau pour les systèmes de santé

    Les spécialistes ont également rappelé le poids considérable du tabac sur la santé publique.

    Le cardiologue tunisien Dhaker Lahidheb a souligné que plus de la moitié des infarctus du myocarde en Tunisie seraient liés au tabagisme. Il a également rappelé qu’environ 20% des décès enregistrés dans le pays sont attribués au tabac, tandis que près d’un homme sur deux est fumeur.

    À l’échelle mondiale, le tabac provoque chaque année près de huit millions de décès, dont 1,3 million liés au tabagisme passif.

    Pour les participants, ces chiffres justifient le renforcement des politiques publiques, mais aussi un accompagnement plus efficace des personnes souhaitant abandonner la cigarette.

    Mieux accompagner les fumeurs qui veulent arrêter

    Les discussions ont également porté sur les moyens d’améliorer la prise en charge des fumeurs dépendants.

    Dhaker Lahidheb a plaidé pour un accès plus large aux outils de sevrage tabagique, notamment aux substituts nicotiniques tels que les patchs ou les gommes, dont le coût demeure un obstacle pour de nombreux patients.

    Le spécialiste estime qu’une politique de santé publique efficace doit permettre aux fumeurs désireux d’arrêter de bénéficier d’un accompagnement accessible, voire gratuit dans certains cas.

    Cette approche rejoint les observations formulées par plusieurs professionnels de santé tunisiens ces derniers mois, selon lesquelles une grande majorité des fumeurs est consciente des dangers du tabac mais rencontre des difficultés à se libérer de sa dépendance.

    Le débat sur les alternatives

    L’un des thèmes les plus discutés lors de la rencontre a concerné les alternatives aux cigarettes traditionnelles.

    Le pneumologue libyen Hachem Belkhir a défendu une approche axée sur la réduction des risques. Selon lui, la principale source de toxicité du tabac réside dans la combustion. Sans remettre en cause l’objectif final d’arrêt du tabac, il estime que les produits sans combustion méritent d’être étudiés comme solutions destinées aux fumeurs adultes qui ne parviennent pas à abandonner la cigarette.

    Une position qui a trouvé un certain écho auprès de plusieurs participants, même si les avis divergent encore sur l’efficacité et l’innocuité à long terme de ces alternatives.

    Habib Jaafoura a ainsi souligné que le recul scientifique reste limité concernant certains produits récents, notamment le tabac chauffé. Il considère toutefois que les données disponibles suggèrent une exposition réduite à plusieurs substances nocives par rapport à la cigarette classique, tout en appelant à poursuivre les recherches avant de tirer des conclusions définitives.

    Changer l’image du tabac

    Au-delà des mesures réglementaires ou médicales, plusieurs intervenants ont insisté sur une dimension souvent négligée : l’image sociale du tabac.

    Pour Habib Jaafoura, ORL tunisien, les pays qui ont enregistré les progrès les plus significatifs sont également ceux qui sont parvenus à modifier le regard porté sur le fait de fumer. Dans plusieurs sociétés occidentales, la cigarette a progressivement perdu son image valorisante pour devenir un comportement de moins en moins accepté dans l’espace public.

    Selon lui, cette évolution passe notamment par une présence accrue des campagnes de prévention sur les réseaux sociaux et auprès des jeunes publics, là même où se construisent aujourd’hui les comportements et les représentations.

    Vers une stratégie maghrébine ?

    Les échanges ont enfin mis en évidence la nécessité d’une réflexion régionale plus poussée.

    Les experts ont souligné que la Tunisie, l’Algérie et la Libye partagent des habitudes de consommation proches, des défis sanitaires comparables et des contraintes similaires en matière de santé publique. Ils ont plaidé pour davantage de coopération dans la recherche, le partage des données, les campagnes de prévention et même certaines politiques fiscales.

    L’idée d’une harmonisation progressive de certaines mesures a notamment été évoquée afin d’éviter les écarts importants entre pays voisins, susceptibles d’alimenter les circuits parallèles et la contrebande.

    Tous s’accordent finalement sur un point : aucune solution unique ne permettra de venir à bout du tabagisme. Prévention, accompagnement au sevrage, sensibilisation, recherche et coopération régionale devront avancer de concert si le Maghreb veut espérer inverser durablement la tendance.

    M.B.Z

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