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Poulina : Sept ans après Abdelwaheb Ben Ayed, l’héritage prospère toujours

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Par Nizar Bahloul

    Avec plus de 204 millions de dinars de bénéfices consolidés, près de 472 millions de dinars de trésorerie générée par l’exploitation et des capitaux propres dépassant 1,25 milliard de dinars, Poulina Group Holding signe l’un de ses meilleurs exercices depuis sa création. Sept ans après la disparition de son fondateur Abdelwaheb Ben Ayed, le groupe confirme la solidité d’un modèle économique et managérial rarement égalé dans le paysage entrepreneurial tunisien.

    Mardi 2 juin 2026. Poulina Group Holding publie ses états financiers annuels à la veille de son assemblée générale. Les chiffres tombent dans un contexte économique national difficile : croissance atone, consommation sous pression, financement bancaire tendu.

    Pourtant, le premier groupe privé tunisien vient de signer un exercice particulièrement solide, marqué par une forte progression de sa rentabilité, une amélioration de sa structure financière et une capacité toujours impressionnante à générer de la trésorerie. Dans le paysage politico-économique morose, la performance de Poulina retient naturellement l’attention des investisseurs.

    Des bénéfices en forte hausse

    Au niveau individuel, la holding affiche des revenus de 186,1 millions de dinars contre 153,9 millions en 2024, soit une progression de 20,9 %. Son résultat d’exploitation passe de 138,4 à 169,2 millions de dinars, tandis que son bénéfice net grimpe de 129,2 à 166,2 millions de dinars, enregistrant une hausse de 28,6 %.

    Les capitaux propres de la société mère atteignent désormais 740,2 millions de dinars contre 655 millions un an auparavant.

    Ces chiffres sont déjà remarquables. Mais ils ne reflètent qu’une partie de la réalité économique du groupe.

    Les comptes consolidés donnent une image plus fidèle de la puissance de Poulina.

    Le chiffre d’affaires consolidé atteint ainsi 3,559 milliards de dinars contre 3,447 milliards en 2024, en progression de 3,2 %. Le résultat d’exploitation se maintient à un niveau exceptionnel de 386,7 millions de dinars contre 383,8 millions l’année précédente.

    Le résultat net consolidé bondit quant à lui de 162,1 à 204,9 millions de dinars, soit une croissance de 26,4 %.

    Une telle progression est loin d’être anodine pour un groupe de cette taille. Peu de sociétés tunisiennes sont capables d’augmenter leur bénéfice de plus d’un quart tout en opérant déjà à une échelle dépassant les trois milliards de dinars de chiffre d’affaires.

    Une rentabilité qui continue de progresser

    Au-delà du montant absolu des bénéfices, plusieurs indicateurs retiennent l’attention.

    Le rendement des capitaux propres consolidés dépasse désormais 16 %, un niveau particulièrement appréciable pour un groupe industriel aussi diversifié.

    Les fonds propres consolidés atteignent 1,25 milliard de dinars contre 1,14 milliard en 2024, soit une progression de plus de 9 % en une seule année.

    Dans le même temps, la dette à long terme recule de 1,44 milliard à 1,31 milliard de dinars, soit une baisse de près de 126 millions de dinars.

    Cette diminution a toutefois été partiellement compensée par une hausse des financements à court terme, traduisant davantage une évolution de la structure de la dette qu’une réduction massive de l’endettement global. Cette évolution produit néanmoins des effets visibles sur le compte de résultat. Les charges financières nettes diminuent ainsi de plus de 22 millions de dinars, passant de 225,6 à 203 millions de dinars.

    Le groupe bénéficie également davantage de ses participations stratégiques. La quote-part dans le résultat des sociétés mises en équivalence progresse fortement, passant de 13,9 à 33,3 millions de dinars.

    Autrement dit, Poulina ne se contente pas de produire davantage de richesse. Le groupe améliore également la qualité de cette richesse.

    La véritable force de Poulina : le cash

    S’il ne fallait retenir qu’un seul chiffre de l’exercice 2025, ce serait probablement celui-ci.

    Les flux de trésorerie générés par l’exploitation atteignent 472,4 millions de dinars contre 386,3 millions un an plus tôt. La progression dépasse 22 %.

    Dans le monde de l’entreprise, le bénéfice peut parfois être discuté, interprété ou influencé par des éléments comptables exceptionnels. La trésorerie, elle, est beaucoup plus difficile à contester.

    Près d’un demi-milliard de dinars de cash généré par l’activité constitue une démonstration éclatante de la solidité du modèle économique du groupe.

    Cette puissance financière permet à Poulina de poursuivre simultanément plusieurs objectifs : investir, rembourser une partie de sa dette, rémunérer ses actionnaires et financer de nouvelles opportunités de développement.

    La direction n’a pas choisi de transformer les bénéfices en trésor de guerre dormant. Plus de 159 millions de dinars ont été réinvestis dans plusieurs filiales stratégiques du groupe, notamment Med Oil Company, Dick, El Jenène, Nutrimix et SNA. Une politique fidèle à l’ADN de Poulina : réinvestir une part importante des ressources générées pour renforcer les positions acquises plutôt que rechercher des coups financiers à court terme.

    Un groupe toujours en mouvement

    Les comptes 2025 montrent également une entreprise qui refuse de se reposer sur ses acquis.

    Les immobilisations financières nettes progressent de plus de 263 millions de dinars. Les investissements se poursuivent dans plusieurs filiales stratégiques. Le périmètre consolidé regroupe désormais 123 sociétés intégrées globalement et trois sociétés mises en équivalence. Cette diversification demeure l’une des principales forces du groupe.

    Lorsque certains secteurs ralentissent, d’autres prennent le relais. Lorsque certaines activités traversent une période plus difficile, d’autres continuent à générer de la croissance et de la rentabilité.

    Cette organisation permet à Poulina de traverser les cycles économiques avec une résilience rarement observée dans le tissu entrepreneurial tunisien.

    Les performances du groupe n’empêchent cependant pas les commissaires aux comptes d’exercer pleinement leur rôle.

    Dans leur rapport sur les états financiers consolidés, Elyes Ben M’Barek (SAECO Consulting) et Salah Meziou (Expert-Partners) signalent une limitation relative à certaines participations détenues en Libye, d’une valeur brute de 54,75 millions de dinars, entièrement provisionnées et non consolidées faute d’informations financières disponibles.

    Cette observation demeure toutefois technique et ne remet pas en cause l’appréciation générale des comptes ni la lecture globale des performances du groupe.

    La réussite d’un modèle

    Les chiffres de 2025 racontent évidemment une excellente année. Mais ils racontent aussi quelque chose de plus profond.

    Le 4 avril 2019, au lendemain du décès d’Abdelwaheb Ben Ayed, Poulina affirmait que son fondateur avait « tout mis en place pour assurer la pérennité et la bonne gouvernance » du groupe après sa disparition, garantissant ainsi « un changement fluide dans la continuité ».

    À l’époque, cette déclaration pouvait sembler relever du discours traditionnel d’hommage. Sept ans plus tard, les résultats donnent un sens particulier à ces mots.

    Car la véritable singularité de Poulina n’est pas seulement de gagner de l’argent.

    Elle réside dans sa capacité à continuer à gagner de l’argent sans son fondateur.

    Trop d’entreprises tunisiennes demeurent dépendantes d’un seul homme. Le patron décide de tout, contrôle tout et concentre l’ensemble des leviers de pouvoir. Lorsqu’il disparaît ou se retire, la machine se grippe. Chez Poulina, il s’est produit l’inverse.

    L’organisation a survécu à son créateur. Mieux encore, elle a continué à croître.

    Les 204,9 millions de dinars de bénéfices réalisés en 2025 ne constituent pas seulement une performance financière qu’on oubliera l’année prochaine. Ils illustrent une réussite plus rare encore : celle d’un entrepreneur qui a su bâtir une entreprise capable de fonctionner sans lui.

    Sept ans après sa disparition, Poulina continue de produire des milliards de chiffre d’affaires, des centaines de millions de bénéfices et près d’un demi-milliard de dinars de trésorerie. Pour les investisseurs, c’est un signe de solidité. Pour les entrepreneurs, c’est une leçon de gouvernance. Feu Abdelwaheb Ben Ayed l’expliquait déjà il y a plus de quinze ans à l’auteur de ces lignes : la réussite d’une entreprise ne se mesure pas seulement à ce qu’elle accomplit du vivant de son fondateur, mais à ce qu’elle est capable de devenir après lui. Les comptes 2025 de Poulina montrent que cette conviction n’était pas une formule de management. C’était une stratégie.

    Nizar Bahloul

    Cliquer ici pour lire les états financiers individuels 2025 de Poulina

    Cliquer ici pour lire les états financiers consolidés 2025 de Poulina

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