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Avant le viol, il y a eu les mots

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Par Ikhlas Latif

    Les coupables ont des noms et des visages. Mais ils ont aussi des complices. Pas forcément ceux qui ont participé à l’agression. Ceux qui, depuis trois ans, préparent le terrain.

    Dans cette vidéo qui a circulé massivement jeudi, on voit un groupe d’individus s’introduire au domicile d’un couple de migrants originaires d’Afrique subsaharienne. On y voit un homme en larmes implorer qu’on épargne sa femme enceinte. On y voit une femme terrorisée, dénudée, agressée, humiliée. On entend des menaces de viol. On entend des insultes. On entend la jouissance de ceux qui se savent plus forts.

    Et, plus terrible encore, on devine derrière eux quelque chose d’invisible. Un climat. Une époque. Une permission.

    Il est essentiel de comprendre comment certains ont pu croire qu’ils avaient le droit de le faire.

    Comme toujours, la tentation est grande de s’arrêter aux coupables. De les qualifier de monstres, de barbares, de voyous. Le confort moral consiste à les isoler du reste de la société, à les présenter comme une anomalie. Ce serait pourtant une erreur.

    Les criminels sont responsables de leurs actes. Entièrement responsables. Mais ils ne sont pas tombés du ciel.

    Ils sont les enfants d’un climat politique, médiatique et social qui, depuis plusieurs années, s’emploie à transformer des êtres humains en menaces existentielles.

    Depuis février 2023 et le fameux discours présidentiel sur le prétendu « complot visant à modifier la composition démographique de la Tunisie », le migrant subsaharien n’est plus présenté comme une personne confrontée à la pauvreté, à la guerre, à l’exil ou au déracinement. Il est devenu un danger. Un envahisseur. Un élément d’un plan obscur. Une menace collective.

    Les mots ont changé. Et lorsque les mots changent, les regards changent aussi.

    La théorie du « grand remplacement », importée des laboratoires idéologiques de l’extrême droite européenne, a trouvé chez nous un terrain fertile. Elle offre une explication simple à des problèmes complexes. Si le pays va mal, ce serait la faute des migrants. Si l’économie s’effondre, ce serait la faute des migrants. Si les services publics sont défaillants, ce serait encore la faute des migrants.

    Le procédé est vieux comme le monde. Quand on ne peut pas résoudre les problèmes, on désigne un coupable et quand on ne peut pas répondre à la colère, on lui offre une cible.

    Pendant ce temps, les véritables causes des difficultés du pays disparaissent derrière un écran de fumée fait de peur et de fantasmes.

    Une haine qui a été cultivée

    Cette mécanique a produit ses effets.

    Cette mécanique n’est pas apparue spontanément. Elle a été nourrie, entretenue, légitimée.

    Pendant des mois, des associations venant en aide aux migrants ont été présentées comme les instruments d’un prétendu complot. Des militants ont été arrêtés, emprisonnés ou traînés devant les tribunaux. La solidarité a été transformée en suspicion. L’entraide est devenue une circonstance aggravante.

    Dans le même temps, certains responsables politiques et plusieurs députés se sont relayés pour présenter les migrants comme une catastrophe nationale ou une menace existentielle. Des propos qui auraient dû provoquer un tollé ont fini par se banaliser.

    De nombreux groupes pullulent sur les réseaux sociaux, sous les yeux de tous et dans une impunité presque totale. On y diffuse quotidiennement des messages d’une violence sidérante. La xénophobie y est présentée comme du patriotisme. Le racisme y est revendiqué comme une opinion respectable. Les appels à l’expulsion collective, les fantasmes de « nettoyage » et les discours de déshumanisation y circulent librement, souvent applaudis et encouragés.

    Certains de ces groupes organisent de véritables chasses à l’homme numériques, diffusent des photos, signalent des lieux de présence de migrants et appellent implicitement ou explicitement à passer à l’action. Des citoyens ordinaires se sont soudainement investis d’une mission de police ethnique.

    Le plus glaçant est sans doute que certains de leurs modèles revendiqués ne sont même plus dissimulés. On y voit circuler des références complaisantes à des organisations qui appartiennent pourtant aux pages les plus honteuses de l’histoire moderne. Le Ku Klux Klan, symbole universel du terrorisme raciste, de la ségrégation et des lynchages, y est parfois présenté comme un exemple de défense identitaire et de patriotisme. Il y a quelques années encore, une telle comparaison aurait suscité l’indignation générale. Aujourd’hui, elle passe souvent sans réaction.

    Ainsi, lorsque le racisme cesse d’avoir honte de lui-même, lorsqu’il se pare des couleurs du patriotisme et lorsqu’il s’exhibe en pleine lumière sans craindre ni sanction ni réprobation, c’est que quelque chose s’est profondément dégradé dans ce pays.

    Pendant ce temps, l’Union européenne applaudissait discrètement. Grâce au mémorandum signé en 2023, la Tunisie s’est retrouvée investie d’une mission inavouable : retenir les migrants loin des côtes européennes. Les dirigeants européens pouvaient ainsi afficher une baisse des arrivées tandis que la Tunisie héritait des tensions, des drames humains et des fractures sociales.

    Le résultat est d’une ironie cruelle. Une Europe qui finance le verrouillage de ses frontières tout en donnant des leçons de droits humains. Un pouvoir qui affirme défendre la souveraineté nationale tout en reprenant, parfois presque mot pour mot, les fantasmes démographiques forgés par l’extrême droite occidentale. Entre les deux, des êtres humains réduits à des statistiques, à des dossiers sécuritaires ou à des boucs émissaires.

    À force de répéter que les migrants représentent un danger démographique, culturel ou sécuritaire, certains ont fini par considérer qu’ils ne méritaient plus les protections accordées aux autres êtres humains. À force de criminaliser la solidarité, certains ont fini par croire que l’empathie relevait de la trahison. À force de présenter l’autre comme une menace, certains ont fini par considérer que tout devenait permis contre lui.

    La fascisation d’une société ne commence pas avec les milices, les camps ou les exactions. Elle commence bien avant. Elle commence lorsqu’une catégorie de personnes cesse progressivement d’être perçue comme pleinement humaine.

    Lorsqu’une femme enceinte n’est plus une femme enceinte mais une « migrante ». Lorsqu’un homme en pleurs n’est plus un homme terrorisé mais un « envahisseur ». Lorsqu’une victime n’est plus une victime mais un problème.

    Alors la violence change de statut. Elle cesse d’apparaître comme une transgression. Elle devient une réaction, parfois même une réaction jugée légitime.

    La facilité avec laquelle la violence a été exercée est effarante. Les agresseurs ne craignaient ni la justice, ni le regard de la société. Ils savaient qu’une partie du public trouverait des circonstances atténuantes et que la victime avait déjà été condamnée avant même l’agression.

    Le réflexe du déni

    C’est cela qui devrait nous alarmer.

    Et pourtant, depuis la diffusion de cette vidéo, un autre spectacle aberrant se joue sous nos yeux.

    Le premier réflexe des autorités n’a pas été de rassurer l’opinion sur l’identification des agresseurs ou d’annoncer publiquement l’ouverture d’une enquête à la hauteur de la gravité des faits. C’est le silence qui domine. Un silence d’autant plus troublant que les images ont provoqué une onde de choc bien au-delà des cercles militants ou associatifs.

    Dans le même temps, des pseudo-influenceurs gravitant dans l’orbite du pouvoir se sont empressés de dérouler un scénario devenu familier. Selon eux, la vidéo serait une manipulation. Une mise en scène. Un complot destiné à ternir l’image du pays ou à embarrasser les autorités. D’autres sont allés jusqu’à suggérer que les auteurs auraient été payés pour commettre leurs crimes.

    Comme toujours avec les théories du complot, l’objectif n’est pas de comprendre ce qui s’est passé mais d’éviter d’avoir à regarder la réalité en face. Car la réalité est insupportable. Il est plus confortable de croire à une machination que d’admettre qu’une partie de notre société a fini par considérer l’humiliation, l’agression sexuelle et la violence raciste comme des comportements acceptables. Plus confortable d’inventer un complot que d’affronter le miroir.

    Lorsqu’une société commence à chercher des excuses aux bourreaux plutôt qu’à protéger les victimes, elle entre dans une zone dangereuse. Et cette dérive ne menace pas seulement les migrants. L’histoire est implacable sur ce point.

    La violence qui commence contre les plus faibles finit toujours par s’étendre. Aujourd’hui, la cible est le migrant. Hier, c’était l’opposant. Demain, ce sera simplement celui qui pense autrement.

    La haine ne connaît jamais de frontières stables. Elle dévore toujours davantage.

    C’est pourquoi l’enjeu dépasse largement la question migratoire. Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est l’état moral de notre société. La capacité de ressentir de l’indignation devant l’injustice. La capacité de reconnaître un être humain avant de voir sa couleur de peau, son origine ou son statut administratif.

    Parce qu’une société ne se juge pas à la manière dont elle traite les puissants. Elle se juge à la manière dont elle traite les plus vulnérables. Et une société qui regarde une femme enceinte être humiliée, agressée et menacée de viol sans éprouver un réflexe collectif de dégoût est une société qui commence à perdre quelque chose d’essentiel.

    Sa conscience.

    La véritable victime de cette vidéo n’est pas seulement cette femme. C’est aussi la Tunisie que nous prétendons être. Celle qui aime se raconter tolérante, hospitalière et attachée à la dignité humaine.

    Ce que révèle cette vidéo n’est pas seulement la sauvagerie de quelques individus. Elle révèle ce qui arrive lorsqu’une société laisse la peur remplacer la raison, la haine remplacer la politique et le racisme remplacer l’humanité.

    Si ces images nous choquent aujourd’hui, c’est peut-être parce qu’elles montrent enfin, sans filtre et sans détour, le résultat de trois années de poison déversé dans le débat public.

    Trois années à fabriquer des ennemis imaginaires, à criminaliser la solidarité, à désigner des boucs émissaires et à présenter la peur comme une politique.

    Cette vidéo n’est pas une parenthèse. Elle est un aboutissement.

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    4 commentaires

    1. "Ne pas éluder surtout" au nom du relai en amorale hasbaratinerie hyprocrite toute faite et d'imamatriKulée QômcepSion...

      Répondre
      5 juin 2026 | 18h30

      …confortable pour les ex ensembles colons collectifs d’Afriaue noire et totalement peuplicidaire pour la Tunisie qui en gèrent larbinement les conséquences historiques.

      Cette Tunisie révolutionnaire démocratique qui doit payer définitivement son audace révolutionnaire légitime passée qui a enfanter de génantes émules entraveuses à continuités voraces capitalistes ultralibérales de ces ex-colonisateurs néo-colons collectifs.

      Prodigieuses émules révolutionnaires démocratiques de Tierce Voie arabo-musulamane, de Rabat à Gaza en passant par CHAMpionne Damas dernièrement 😉

      « Battez vous pour les solutions « , oh oui !

      Véridiques et véritablement démocratiques RESOLVATRICES GARANTIES PERENNES ET PAR LE HAUT DE LA CRISE COMPLEXE MIGRATOIRE… sans les minables larbinades exécutives des vEUles vélleités externalisatrices des frontières pour autrui.

      C EST AUX EX-COLONS DE GERER LEUR CRISE MIGRATOIRE AUTREMENT QUE DE MANIERE ABJEKKKT !

      CE N EST PAS A LA TUNISIE DE RETENIR ET KONCENTRASIONNER (ET PEUPLICIDER A TERME) LES MASSES EN EXIL POUR COUPABLES AUTRUIS FIERS À BRAS CASSEURS COMME CASSÉS !

      A bon entendeur-éludeur GguiGgnol de l’ essentiel 😉

      https://m.youtube.com/watch?v=mQvqiHwRXH4&list=RDmQvqiHwRXH4&start_radio=1&pp=ygUaYydlc3QgZ3VpZ25vbCBjaGFudGFsIGdveWGgBwE%3D

    2. Gg

      Répondre
      5 juin 2026 | 16h50

      Vous avez tout dit ou presque.
      Lorsqu’un pays s’effondre économiquement, lorsque la pauvreté y est sans cesse croissante, lorsqu’on ne peut même plus donner à une jeune malade le médicament qui peut la guérir du cancer, le réflexe habituel désigne des coupables en commençant bien sûr par les étrangers. Ce fut le cas par exemple dans l’Allemagne d’avant la 2eme guerre mondiale, avec les conséquences que l’on sait.
      Les solutions premières ne sont pas morales, mais économiques.
      Tous les efforts devraient être faits pour redresser l’économie.
      En même temps, il faut convaincre les grands corps internationaux à s’engager pour la stabilité politique et économique des pays de départ.
      Sans cela il n’y aura pas de solution.
      Vous accusez implicitement les pays du Nord de non assistance aux migrants, vous leur reprochez de ne pas vouloir les accueillir.
      Mais vous rendez vous compte la seule France subit chaque année l’arrivée de 500.000 clandestins. Dans ce nombre les réguliers ne sont pas comptés. Cela représente chaque année l’équivalent d’une grande ville. Et de plus, ces arrivants sont pour la plupart incapables de s’adapter à une nouvelle culture, de nouvelles lois, un milieu du travail auquel ils ne sont absolument pas préparés.
      Comment voulez vous que ca marche?
      N’eludez pas au nom d’une morale toute faite, confortable mais totalement irréaliste… battez vous pour les solutions!

      • Gg

        Répondre
        5 juin 2026 | 17h50

        Juste un instant encore…
        Il va sans dire, mais ca va mieux en le disant, que je condamne absolument les viols, les passages à tabac etc…. ces comportements sont parfaitement abjects.
        Il n’y à rien à comprendre ni expliquer, il faut punir le plus sévèrement les coupables.
        Juste constater que la précarité libère les instincts les plus vils.

    3. Les maux et la chose...

      Répondre
      5 juin 2026 | 16h48

      « Dans toutes les périodes de l’histoire, il existe un certain nombre de conditions de vérité qui conditionnent ce qu’il est possible et acceptable de dire. »

      Les mots et les choses, selon Foucault.

      « Tes Maux et Tes Choses » par contre, FouKa3lina Ôh !

      Les Qômditions de vérité selon Zaifoun Karamita d’imammatriKulé QômcepSion, silencieux une semaine durant pour cause de préparations de « Aïd el Ghadir » entre autres « ghadras » toute en bullChiiterie de son Kru…

      Il n’empêche que.

      LE RACISME EST UN CRIME.

      POINT.

      Presque chaque famille de ce pays (qui doit historiquement beaucoup à l’immigration phénycienne, andalouse et autres pour rappel) compte des membres à l’étranger, dont beaucoup vivent dans une situation financière et juridique précaire.

      Et si d’autres là-bas les traitaient ainsi simplement parce qu’ils étaient des étrangers bloqués sur place ?

      Quand bien même AfriKa Agenda 2063.
      Quand bien même Zagafoun Dernier Qaramita.
      Quand bien même Kaissoun Hourass el Touliane.
      Quand bien même régime larbin consentant à vEUle externalisation des frontières.

      Quand bien même parjurant régime pompe à freaKS.

      Des kémytho-afrocentrés aux miliciens bullChiités sans vis(as)à vis.

      On ne traite ni ne répond de cette manière abjeKte à la Qômplexe question importée comme vEUlement imposée.

      Les vEUles vélléités externalisatrises Qômbinés Velayités peuplicidaires prendront fin consciemment et pacifiquement très prochainement par tout un peuple, de lui même, par lui même et pour lui même.

      Complexe crise migratoire y compris.

      « Bidoun ghadra »…Wala schmeta.
      https://m.youtube.com/shorts/8FKATU7TI_0

      « Yabta chweya » machrou3Kôm, ya Khawana 😉

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