L’Institut national de la consommation (INC) poursuit les travaux d’élaboration de la stratégie nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire. Deux nouvelles sessions de travail sont programmées les 10 et 17 juin 2026 afin de définir les principaux axes stratégiques, les mécanismes d’intervention ainsi que les modalités de suivi et d’évaluation de cette future feuille de route.
Ces ateliers font suite à une première rencontre organisée le 3 juin, consacrée au diagnostic de la situation et à l’identification des priorités stratégiques, avec la participation d’experts et de représentants de la société civile.
Un défi économique, social et environnemental
Pour le directeur général de l’INC, Mohamed Chokri Rajeb, le gaspillage alimentaire constitue aujourd’hui « un véritable fléau » aux conséquences multiples pour le pays.
Dans une déclaration à l’agence Tap, il a souligné que des millions de tonnes de denrées encore consommables sont perdues ou jetées chaque année tout au long de la chaîne alimentaire, depuis la production agricole jusqu’à la consommation domestique.
Selon lui, cette situation engendre des pertes économiques considérables et accentue la pression sur des ressources naturelles déjà fragilisées.
Le gaspillage, un facteur d’épuisement des ressources
L’INC met particulièrement l’accent sur l’impact environnemental du phénomène. Produire des aliments qui ne seront finalement pas consommés mobilise inutilement des terres agricoles, de l’eau et de l’énergie, tout en contribuant aux émissions de gaz à effet de serre.
« Chaque litre d’eau utilisé pour produire une nourriture qui finit à la poubelle représente une ressource précieuse perdue », a souligné Mohamed Chokri Rajeb, rappelant que la Tunisie fait face à un stress hydrique sévère.
Pour l’institut, la réduction des pertes alimentaires constitue désormais une nécessité afin de préserver les ressources naturelles et de renforcer la résilience du système alimentaire national.
Un enjeu de compétitivité pour l’économie
Au-delà des considérations environnementales, l’INC estime que la lutte contre le gaspillage alimentaire représente un levier économique important.
Les pertes concernent l’ensemble des maillons de la chaîne, du producteur agricole au consommateur final, en passant par les industriels et les commerçants. Leur réduction pourrait ainsi contribuer à améliorer l’utilisation des ressources et à renforcer la compétitivité des secteurs agricole et agroalimentaire.
Une stratégie en cours de construction
Les travaux actuellement engagés s’inscrivent dans la continuité des initiatives menées ces dernières années par l’INC et ses partenaires.
Parmi les actions déjà réalisées figurent des études visant à mesurer l’ampleur du phénomène, des campagnes de sensibilisation auprès des différentes catégories de la population, ainsi que l’organisation de consultations réunissant les acteurs économiques et sociaux concernés.
Cette démarche a également conduit à la signature d’une charte de lutte contre le gaspillage alimentaire, présentée comme un engagement collectif en faveur d’une consommation plus responsable.
L’élaboration de la stratégie nationale a été officiellement lancée en février 2025 sous l’égide du ministère du Commerce et du Développement des exportations, avec l’appui de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Après une première réunion de lancement tenue en octobre 2025, un second comité de pilotage s’est réuni le 13 mai 2026 pour examiner le diagnostic préliminaire de la situation en Tunisie et valider les orientations générales du projet.
570 millions de dinars de nourriture jetés chaque année
Les chiffres disponibles illustrent l’ampleur du phénomène.
Selon des données présentées en mai 2024 par Darine Degui, directrice à l’INC, près de 5 % des dépenses mensuelles des ménages tunisiens sont consacrées à des aliments qui finissent par être jetés.
La valeur totale des denrées gaspillées est estimée à environ 570 millions de dinars par an à l’échelle nationale.
Le pain demeure l’un des produits les plus concernés. Une famille tunisienne gaspille en moyenne 42 kilogrammes de pain par an, soit près de 900.000 unités quotidiennement à l’échelle du pays, représentant environ 113.000 tonnes et une perte estimée à près de 100 millions de dinars par an.
Les ménages jettent également 6,5 % des légumes achetés, 10 % des céréales et pâtes alimentaires, ainsi que 16 % du pain acquis.
Durant le mois de Ramadan, les taux de gaspillage augmentent sensiblement, touchant notamment les plats cuisinés, le pain, les fruits et les produits sucrés.
Vers une feuille de route nationale
À travers la stratégie en cours de finalisation, les autorités ambitionnent de coordonner les efforts des administrations, des acteurs économiques et de la société civile autour d’objectifs communs de réduction du gaspillage alimentaire.
L’enjeu est double : préserver des ressources naturelles de plus en plus rares et limiter un coût économique qui pèse lourdement sur les ménages comme sur l’économie nationale.
S.H










