La démission de Hassen Jarboui de la présidence de la Commission de l’agriculture, de la sécurité alimentaire, du commerce et des services connexes continue de faire des vagues. Invité lundi sur Diwan FM, le député est revenu en détail sur les raisons de son départ, dressant un réquisitoire sévère contre ce qu’il décrit comme un « blocage systémique » paralysant toute tentative de réforme du secteur agricole.
Pour l’élu, il ne s’agit ni d’un coup d’éclat politique ni d’un simple geste de protestation. Sa décision serait plutôt le résultat d’un profond désenchantement après plusieurs années passées à défendre les dossiers agricoles au sein du Parlement.
« Lorsque je me suis présenté aux élections, c’était avec la conviction qu’il était possible de contribuer à transformer le secteur agricole tunisien », a-t-il affirmé, rappelant avoir siégé près de quatre ans au sein de la commission avant d’en assumer la présidence.
« Les solutions existent, mais rien ne bouge »
Au cours de son mandat, Hassen Jarboui assure avoir multiplié les propositions de réforme et les initiatives législatives. Offices agricoles, terres domaniales, filières de production, gestion de l’eau : autant de dossiers sur lesquels il dit avoir travaillé sans parvenir à faire avancer les changements souhaités.
Selon lui, le principal obstacle ne réside pas dans l’absence de solutions mais dans la résistance de l’administration et de certaines structures au changement.
« Le problème n’est pas l’absence de solutions. Les diagnostics existent, les propositions sont là, mais elles ne trouvent aucun écho auprès des structures chargées de les mettre en œuvre », a-t-il déploré.
Le député a notamment évoqué le dossier des complexes agricoles publics ainsi que celui des travailleurs en attente de régularisation depuis plusieurs décennies. Il rappelle que la commission a organisé plusieurs réunions réunissant les ministères concernés afin de dégager des solutions, sans que les engagements annoncés ne soient concrètement appliqués.
Dans le même registre, il regrette que plusieurs décisions gouvernementales concernant des dossiers jugés stratégiques soient restées lettre morte. Les recommandations issues des conseils ministériels consacrés à l’huile d’olive, aux terres domaniales ou encore à la restructuration du cheptel n’auraient, selon lui, jamais été mises en œuvre.
Un Parlement impuissant face à la bureaucratie ?
Pour Hassen Jarboui, l’écart entre les annonces officielles et la réalité du terrain devient de plus en plus préoccupant. Il cite notamment la crise de l’approvisionnement en viande à l’approche de l’Aïd el-Kebir, affirmant avoir transmis aux autorités des propositions concrètes plusieurs mois avant l’échéance, sans résultat.
L’élu dénonce également les difficultés croissantes rencontrées par les députés dans l’exercice de leur mission de contrôle. Selon lui, les procédures permettant d’auditionner des responsables administratifs se sont considérablement alourdies, ralentissant le traitement de nombreux dossiers urgents.
Dans ces conditions, estime-t-il, la fonction de président de commission a perdu une grande partie de sa raison d’être.
« Un titre sans capacité d’action ne sert à rien », a-t-il lancé.
S’il a quitté la présidence de la commission, Hassen Jarboui affirme toutefois ne pas avoir encore tranché la question de son avenir au sein de l’Assemblée. Il n’exclut cependant pas de quitter le Parlement si la situation reste inchangée.
Pour illustrer son sentiment d’impuissance, il rappelle avoir adressé au gouvernement plus de 500 questions écrites, 18 questions orales ainsi que plusieurs pétitions, sans obtenir, selon lui, les réponses attendues.
Au terme de son intervention, le député a dressé un constat particulièrement sévère. La Tunisie dispose, affirme-t-il, des compétences, des ressources et de l’arsenal législatif nécessaires pour moderniser son agriculture. Le véritable problème serait ailleurs : dans une bureaucratie qu’il juge incapable d’exécuter les décisions prises et réticente à toute réforme.
« Le véritable obstacle à la réforme n’est pas le manque d’idées ou de lois, mais la persistance d’une bureaucratie qui freine les initiatives et résiste au changement », a-t-il conclu.
N.J










