Le marché des œufs de consommation traverse, depuis la période du mois de ramadan, une phase de baisse continue des prix, qualifiée d’« effondrement » par les professionnels du secteur. Une situation qui suscite l’inquiétude de la Confédération tunisienne des agriculteurs et coopératives, qui appelle à une réforme en profondeur de la filière.
Invité sur les ondes de Diwan FM, lundi 8 juin 2026, le coordinateur général de la Confédération, Houssem Gdoura, a indiqué que la baisse des prix de l’œuf de consommation s’est aggravée depuis le mois de ramadan, entraînant des pertes importantes pour les éleveurs.
Selon lui, les producteurs enregistrent des pertes estimées entre 240 et 260 mille dinars par jour, les œufs étant vendus en dessous des coûts de production, dans un contexte de déséquilibre structurel du marché.
Pour le représentant syndical, la situation actuelle ne relève pas d’une crise passagère mais d’un déséquilibre structurel qui dure depuis plusieurs années.
Il pointe notamment la suppression de l’ancien système de régulation par quotas, qui encadrait la production selon les besoins du marché. Ce mécanisme permettait, selon lui, d’ajuster l’offre à la demande et d’éviter les excédents.
Surproduction et désorganisation de la filière
Avec l’abandon de ce système, la filière aurait connu une hausse importante de la production, entraînant une situation de surabondance sur le marché.
Cette surproduction a, selon Houssem Gdoura, provoqué une pression à la baisse sur les prix, aggravée par l’absence de régulation et l’entrée de nouveaux acteurs dans la filière.
Il évoque également des pratiques de prolongation du cycle de production des poules pondeuses, qui contribueraient à maintenir un niveau d’offre élevé.
Coûts élevés et dépendance aux importations
Autre facteur structurel évoqué : le coût de production. Environ 70 % des charges seraient liées à des intrants importés, notamment l’alimentation animale et les vaccins, exposant fortement la filière aux fluctuations des marchés internationaux.
Cette dépendance réduit, selon lui, la compétitivité du secteur face à d’autres pays producteurs de la région, mieux positionnés en termes de coûts.
Le responsable agricole souligne également les difficultés d’exportation de l’œuf tunisien, en raison de coûts de production élevés et de contraintes logistiques.
Des marchés régionaux comme la Libye, autrefois clients potentiels, ne constitueraient plus aujourd’hui un débouché stable, tandis que des pays comme l’Algérie ou la Turquie affichent une forte autosuffisance et une capacité exportatrice accrue.
Un appel au retour du système de quotas
Face à cette situation, la Confédération plaide pour un retour à un système de régulation par quotas, estimant qu’il s’agit de la seule solution structurelle capable de rééquilibrer le marché.
Le secteur appelle également à la mise en place d’une stratégie nationale déjà esquissée depuis 2018 mais, selon lui, restée sans application concrète.
Risque de désengagement des petits producteurs
Les professionnels alertent par ailleurs sur le risque de sortie des petits et moyens éleveurs de la filière, dans un contexte de pertes répétées.
Une telle évolution pourrait, selon eux, conduire à une concentration du marché entre les mains de grands opérateurs, avec un impact direct sur les prix et la concurrence.
La Confédération a indiqué avoir adressé des correspondances aux autorités de tutelle et aux structures professionnelles, sans réponse à ce stade.
Elle appelle à une intervention rapide des ministères concernés afin d’éviter, selon ses termes, « l’effondrement d’un secteur stratégique » et de préserver l’équilibre d’une filière jugée essentielle à la sécurité alimentaire.
S.H










