La question de l’eau a été au centre d’un conseil ministériel restreint présidé, mardi 9 juin 2026 au palais de la Kasbah, par la cheffe du gouvernement, Sara Zaâfrani Zenzri. L’exécutif a dévoilé un ensemble de mesures destinées à sécuriser l’approvisionnement en eau potable durant l’été et à accélérer la mise en œuvre de la stratégie nationale de l’eau à l’horizon 2050.
En ouverture des travaux, la cheffe du gouvernement a souligné le caractère stratégique du secteur de l’eau, considéré comme un pilier de la souveraineté nationale, de la sécurité alimentaire et de la résilience face aux changements climatiques. Elle a insisté sur la nécessité de moderniser la gouvernance du secteur, de préserver les ressources hydriques et de garantir l’accès équitable à l’eau potable sur l’ensemble du territoire.
Un programme d’urgence de 58 millions de dinars
Pour faire face aux besoins de la saison estivale, le gouvernement a annoncé un programme urgent comprenant 81 projets, dont 35 déjà en cours de réalisation, pour une enveloppe globale de 58 millions de dinars.
Le plan prévoit notamment le forage et le raccordement de 38 puits profonds afin de renforcer les ressources disponibles, la maintenance et la rénovation de 26 stations de pompage ainsi que des interventions sur 22 projets de renouvellement et de renforcement des réseaux de distribution.
Les autorités ont également annoncé l’accélération de la réalisation de 187 systèmes hydrauliques destinés à bénéficier à près de 248.000 habitants, pour un coût estimé à 147 millions de dinars. Parmi ces projets figurent l’amélioration de 74 systèmes existants, la remise en exploitation de 38 installations, la mise en service de six nouveaux puits profonds dans les régions du Centre et du Sud ainsi que le remplacement de dix autres ouvrages devenus obsolètes.
Une stratégie de 74,5 milliards de dinars à l’horizon 2050
Le conseil a également examiné les grandes orientations de la stratégie nationale de l’eau et les programmes prévus pour la période 2026-2030.
Cette stratégie s’articule autour de quatre axes majeurs, regroupant 43 programmes et quelque 1.200 mesures. Les investissements projetés atteignent 74,5 milliards de dinars, dont plus de la moitié sera consacrée à la valorisation des ressources en eau non conventionnelles.
Les priorités portent notamment sur la mobilisation de nouvelles ressources hydriques, l’amélioration du rendement des réseaux d’eau potable et d’irrigation, le développement du dessalement et de la réutilisation des eaux traitées, ainsi que la collecte des eaux pluviales.
Cap sur la transition énergétique
Le gouvernement mise également sur les énergies renouvelables afin de réduire les coûts de production et de transport de l’eau.
Le programme de transition énergétique 2026-2035 prévoit notamment l’installation de centrales photovoltaïques d’une capacité totale de 225 mégawatts, la modernisation des stations de pompage et le déploiement de réseaux intelligents.
L’objectif affiché est de ramener la part des dépenses énergétiques à 17% du coût de production et de distribution de l’eau à l’horizon 2030, contre 27% en 2025.
Numérisation et technologies innovantes
Parmi les solutions innovantes examinées lors du conseil figurent la mise en place d’une plateforme numérique d’aide à la décision pour la gestion en temps réel des ressources hydriques, la digitalisation des procédures d’autorisation liées au domaine public de l’eau ainsi que l’actualisation de la cartographie bioclimatique du pays.
Les autorités ont également évoqué plusieurs technologies émergentes, telles que la réduction de l’évaporation des retenues d’eau, l’ensemencement des nuages (pluie artificielle) et l’installation de panneaux photovoltaïques flottants sur certaines surfaces hydrauliques.
Réorganisation de l’approvisionnement en milieu rural
Au titre des décisions prises, le gouvernement a annoncé le transfert progressif de la gestion des systèmes d’approvisionnement en eau potable en milieu rural à la Sonede. Les nouveaux projets seront directement confiés à l’entreprise publique afin de garantir une meilleure pérennité des investissements et une gestion plus efficace des infrastructures.
Le conseil a également décidé de rendre obligatoire l’installation de systèmes de collecte des eaux pluviales dans les nouveaux projets immobiliers, de généraliser progressivement les compteurs intelligents et de renforcer les dispositifs de détection précoce des fuites sur les réseaux de distribution.
À travers ces mesures, l’exécutif entend sécuriser l’approvisionnement en eau potable durant l’été tout en préparant une transformation structurelle du secteur face aux défis croissants liés au stress hydrique.
S.H










