Le président de la Commission des finances au sein de l’Assemblée des représentants du peuple, Maher Ketari, a dressé un diagnostic sans détour sur les relations entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, estimant que les dysfonctionnements de communication constituent aujourd’hui l’un des principaux freins à l’efficacité de l’action publique, notamment dans le cadre de la préparation et du suivi de la loi de finances.
Invité de Jawhara FM mardi 9 juin 2026, il a insisté sur un point central : les commissions parlementaires, et en particulier celle des finances, poursuivent leur travail d’analyse, d’audition et de contrôle, mais sans interaction suffisante avec l’exécutif. Une situation qu’il considère comme structurelle et préjudiciable au bon fonctionnement institutionnel.
Selon Maher Ketari, le problème majeur ne réside pas dans l’absence de travail parlementaire, mais dans le manque de coordination entre les deux pouvoirs. Il a indiqué que les commissions continuaient d’auditionner de nombreux acteurs économiques et sociaux, mais a déploré l’absence récurrente des représentants de l’exécutif lors de certains travaux.
Cette distance institutionnelle crée, selon lui, un déséquilibre dans la production législative : les propositions et les analyses existent, mais leur articulation avec les priorités gouvernementales demeure insuffisante. Il a insisté sur le fait que l’efficacité des politiques publiques dépendait directement de la « synchronisation » entre la fonction législative et la fonction exécutive, sans laquelle les réformes perdent en cohérence et en rapidité d’exécution.
Revenant sur la loi de finances et, plus largement, sur le suivi budgétaire de l’État, le responsable parlementaire a rappelé que la commission des finances assurait un contrôle continu de l’exécution du budget, notamment à travers les correspondances adressées au ministère des Finances et à la Banque centrale concernant l’évolution des recettes et des dépenses publiques sur les différents trimestres.
Il a également évoqué une demande d’informations élargie portant sur les participations de l’État dans les entreprises publiques et les institutions financières, sur une période allant de 2010 à 2026. L’objectif étant de renforcer la transparence et de permettre une meilleure compréhension, pour les citoyens, de l’utilisation des ressources publiques et de la rentabilité des participations de l’État.
Selon lui, certaines structures à capital mixte ou à participation minoritaire de l’État soulèvent des interrogations quant à leur utilité économique réelle.
Il a plaidé pour une réflexion globale sur la restructuration du portefeuille public, estimant qu’une concentration des ressources pourrait permettre de renforcer les institutions financières nationales et de soutenir des ambitions régionales, notamment en matière d’expansion en Afrique.
Évoquant la loi de finances complémentaire, il a signalé que celle-ci devenait inévitable au vu des évolutions économiques, notamment liées aux hypothèses initiales du budget, comme le prix du baril de pétrole. Il a avancé que les paramètres macroéconomiques retenus initialement ne correspondaient plus totalement à la réalité, ce qui impose une révision en cours d’exercice.
Il a souligné également que la préparation de cette loi rectificative devrait intervenir, selon les pratiques internationales, autour de la rentrée budgétaire, afin de corriger les déséquilibres et d’ajuster les prévisions de l’État.
Maher Ketari a insisté, par ailleurs, sur un autre point sensible : l’insuffisance de consultation entre les institutions avant l’élaboration des textes budgétaires et financiers. Il a indiqué que les acteurs économiques, sociaux et même parlementaires devraient être davantage impliqués en amont dans la définition des grandes orientations.
N.J










