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Mondial 2026 : bienvenue aux États-Unis, laissez votre dignité à la frontière

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Par Marouen Achouri

    Il est vrai que les cow-boys ne sont pas particulièrement réputés pour leur sens de l’hospitalité et leur ouverture aux étrangers, mais personne n’aurait pu anticiper un tel traitement à l’occasion de la Coupe du monde de football qui doit tenter de se tenir chez l’Oncle Sam. Grâce à Donald Trump et à Gianni Infantino, cette édition de la Coupe du monde de football s’annonce comme l’une des plus moches de l’histoire du jeu du peuple.

    À peine quelques jours avant le coup d’envoi de la compétition organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, le football mondial découvre avec stupéfaction que le plus grand événement sportif de la planète est devenu une sorte de salon privé réservé aux détenteurs de cartes Gold, de passeports bien nés et de visas politiquement compatibles avec les humeurs de Washington.

    Depuis plusieurs décennies, la Coupe du monde représentait au moins une chose : la promesse d’un rendez-vous populaire. Certes, la FIFA a depuis longtemps remplacé Jules Rimet par Goldman Sachs et les supporters par des consommateurs premium, mais il subsistait encore l’illusion d’un tournoi ouvert à tous. L’édition 2026 s’emploie méthodiquement à détruire cette dernière fiction.

    Les chiffres donnent le vertige. Jamais dans l’histoire du tournoi les billets n’ont atteint de tels sommets. Certaines places revendues pour un simple match de phase de groupes ont dépassé les 17.000 euros. Pour assister à la finale, il faut parfois prévoir plus de 8.000 dollars. Et encore, à condition d’avoir réussi à traverser l’Atlantique, à obtenir un visa, à réserver une chambre d’hôtel et à vendre éventuellement un rein pour financer le séjour.

    Car le billet n’est que le début de l’aventure. Les vols depuis l’Afrique du Nord coûtent désormais entre 800 et 1500 dollars. Les hôtels affichent des tarifs qui feraient passer la Côte d’Azur en plein mois d’août pour une destination sociale. Entre l’hébergement, les transports internes, les repas et les diverses taxes touristiques, le budget nécessaire pour assister à quelques rencontres dépasse largement les moyens du supporter moyen. Le football du peuple est devenu le football des portefeuilles.

    Le football des riches et des passeports autorisés

    Mais l’argent n’est finalement que la partie visible du problème. Le véritable scandale est ailleurs. Il se trouve dans cette étrange idée selon laquelle certains invités de la Coupe du monde seraient plus désirables que d’autres.

    L’affaire de l’arbitre somalien, Omar Artan, en est l’illustration la plus spectaculaire. Accrédité par la FIFA, reconnu comme l’un des meilleurs arbitres du continent africain, l’homme pensait légitimement participer au tournoi de sa vie. Il possédait les documents requis, les autorisations nécessaires et la bénédiction de l’instance dirigeante du football mondial. Cela n’a manifestement pas suffi. Refoulé à la frontière américaine puis expulsé, il s’est retrouvé privé de son rêve pour des raisons qui demeurent obscures. On imagine difficilement symbole plus violent pour une compétition censée célébrer l’universalité du sport.

    L’équipe nationale iranienne, elle aussi, découvre les joies de l’hospitalité américaine. Plusieurs membres de son staff se sont vu refuser l’accès au territoire américain. Résultat : la sélection est contrainte d’établir son camp de base à Tijuana, au Mexique, et d’effectuer des allers-retours transfrontaliers pour disputer ses rencontres. Une organisation qui ressemble davantage à une mission diplomatique sous surveillance qu’à une préparation sportive normale.

    L’Irak n’a pas été épargné. Plusieurs membres de la délégation ont été longuement interrogés à leur arrivée sur le territoire américain. L’attaquant vedette Aymen Hussein a ainsi passé sept heures entre les mains des services douaniers avant d’être finalement autorisé à entrer aux États-Unis. Sept heures. Pour un footballeur venant participer à une compétition organisée sous l’égide de la FIFA. On imagine la sérénité idéale pour préparer une Coupe du monde.

    Imaginons une seconde qu’une telle polémique ait émaillé la Coupe du monde organisée au Qatar en 2022 ou encore en Russie en 2018. Les plateaux en auraient fait leur pain quotidien condamnant le racisme diffus qui enveloppe toutes ces pratiques indignes d’un événement de l’ampleur de la Coupe du monde.

    Or, cette fois-ci, le silence est presque assourdissant et la FIFA se couche. Quelques protestations, quelques éditoriaux embarrassés et puis rien. Comme si certaines discriminations devenaient plus acceptables lorsqu’elles sont estampillées « Made in USA ».

    Infantino, Trump et la grande capitulation

    Face à cette situation, le rôle de la FIFA mérite à lui seul un chapitre entier dans le manuel de la soumission institutionnelle.

    Depuis plusieurs mois, Gianni Infantino semble avoir transformé la FIFA en une sorte de département annexe du protocole présidentiel américain. L’homme qui prétend défendre l’universalité du football paraît surtout préoccupé par l’entretien de ses excellentes relations avec Donald Trump. Au point de confectionner un surprenant « prix de la paix » qu’il s’est empressé de remettre au président américain dans une mise en scène qui relevait davantage du culte de la personnalité que de la diplomatie sportive.

    Le problème n’est pas tant la proximité entre les deux hommes. Après tout, les présidents de fédérations sportives ont toujours entretenu des relations avec les chefs d’État. Le problème est l’impuissance absolue que cette proximité révèle aujourd’hui. Malgré son poids financier colossal, malgré ses milliards de revenus, malgré ses discours grandiloquents sur l’inclusion et la diversité, la FIFA apparaît incapable de protéger ses propres arbitres, ses délégations accréditées ou ses compétitions des décisions arbitraires de l’administration américaine.

    Le message envoyé au monde est limpide : la FIFA peut imposer ses règles à n’importe quelle petite fédération africaine ou asiatique, mais lorsqu’il s’agit de Washington, elle baisse les yeux et attend les instructions.

    Même certaines voix occidentales commencent à exprimer leur malaise. L’ancien attaquant anglais Ian Wright a publiquement manifesté sa solidarité avec les amateurs américains de football. Selon lui, ces derniers doivent ressentir une forme de honte devant les agissements des autorités de leur propre pays. Une déclaration rare, mais révélatrice de l’ampleur du malaise.

    Le plus tragique dans cette histoire est que personne ne semble véritablement surpris. Depuis longtemps, la FIFA ne choisit plus les pays hôtes en fonction de leur capacité à accueillir le monde, mais en fonction de leur capacité à générer des revenus. Les supporters deviennent des variables d’ajustement. Les joueurs, les arbitres et les délégations deviennent des détails administratifs. Quant aux valeurs universelles du football, elles servent essentiellement de décoration dans les brochures promotionnelles.

    Dans un an, peut-être ne retiendra-t-on que les buts, les exploits et les trophées. Le football possède cette capacité extraordinaire à effacer les coulisses derrière la magie du terrain. Mais à la veille de cette Coupe du monde 2026, une certitude s’impose déjà : jamais un tournoi n’aura donné à ce point l’impression que le monde entier était invité à la fête, à condition de rester dehors.

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