Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a dénoncé la poursuite du recours au décret-loi n°54 relatif à la lutte contre les infractions liées aux systèmes d’information et de communication pour engager des poursuites contre des journalistes, des professionnels des médias et des personnes exprimant des opinions critiques.
Dans un communiqué publié jeudi 11 juin 2026, le syndicat estime que cette pratique constitue une menace sérieuse pour la liberté de la presse et la liberté d’expression, tout en favorisant un climat de peur et d’autocensure.
La dernière affaire en date concerne la journaliste Khaoula Boukrim, directrice du site d’information « Tunisia Media », qui a été condamnée par contumace à quatre ans de prison ferme avec exécution immédiate. Selon le SNJT, ces condamnations ont été prononcées dans le cadre de deux dossiers transmis par le procureur de la République près le tribunal de première instance de Tunis 1, à la suite de publications critiques à l’égard des politiques publiques diffusées sur le réseau social Facebook.
Le syndicat a exprimé sa profonde préoccupation face à la gestion judiciaire des dossiers impliquant des journalistes, notamment en raison de ce qu’il considère comme un manque de garanties relatives à un procès équitable, au droit à la défense ainsi qu’au droit d’être informé des décisions judiciaires dans les délais légaux permettant l’exercice des recours.
Le SNJT considère également que le durcissement des peines privatives de liberté à l’encontre des journalistes pour leurs opinions ou leurs productions journalistiques constitue une atteinte manifeste à la liberté d’expression et à la liberté de la presse, garanties par la Constitution et les conventions internationales.
Dans son communiqué, le syndicat souligne que les poursuites engagées contre des journalistes en raison de leurs contenus médiatiques ou de critiques adressées au pouvoir exécutif sont contraires aux principes fondamentaux de la liberté de la presse. Il estime qu’elles limitent la capacité des journalistes à exercer leur rôle de contrôle de l’action publique et d’information de l’opinion.
Le SNJT a réitéré son opposition à l’utilisation du décret-loi n°54 dans les affaires liées à la publication et à l’expression. Il affirme que les litiges portant sur les contenus médiatiques devraient être traités dans le cadre du décret-loi n°115 relatif à la liberté de la presse, de l’impression et de l’édition, conformément aux standards internationaux en matière de liberté d’expression.
Le syndicat appelle à l’annulation des peines de prison prononcées contre Khaoula Boukrim et à la garantie de l’ensemble de ses droits à la défense. Il réclame également la fin de l’utilisation du décret-loi n°54 contre les journalistes, les professionnels des médias et les détenteurs d’opinions, ainsi que le respect des garanties d’un procès équitable et des droits de recours.
Enfin, le SNJT demande à la Commission de la législation générale de l’Assemblée des représentants du peuple d’accélérer l’examen du projet de révision du décret-loi n°54 afin d’empêcher son utilisation comme instrument de restriction de la liberté d’expression.
Le syndicat réaffirme son engagement à défendre les journalistes et la liberté de la presse, tout en poursuivant son soutien aux professionnels des médias poursuivis en justice en raison de leurs opinions ou de leur travail journalistique.
S.F











