La Tunisie s’apprête à vivre l’une des meilleures campagnes céréalières de ces dernières années. Invité jeudi 11 juin 2026 sur les ondes de Jawhara FM, Hamadi Boubakri, membre du bureau exécutif de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap), s’est montré résolument optimiste quant aux perspectives de la saison des moissons, tout en appelant à une vigilance accrue afin de préserver cette récolte stratégique pour la sécurité alimentaire nationale.
Selon lui, la campagne de récolte est désormais entrée dans sa phase active dans les principales régions productrices du pays. Après un démarrage progressif dans les gouvernorats du Centre, les opérations de moisson concernent désormais les grandes zones céréalières du Nord-Ouest, notamment Siliana, Béja, Le Kef, Jendouba, Zaghouan et Nabeul.
« Nous espérons une saison prometteuse », a-t-il déclaré, rappelant que le blé dur demeure la pierre angulaire de la souveraineté alimentaire tunisienne. Les estimations préliminaires du ministère de l’Agriculture tablent sur une production avoisinant les 20 millions de quintaux de céréales, un niveau qui pourrait même être dépassé si les conditions climatiques demeurent favorables jusqu’à la fin de la campagne.
Pour Hamadi Boubakri, une telle récolte revêt une importance particulière dans le contexte international actuel, marqué par des tensions géopolitiques et des perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. Une production abondante permettrait en effet de réduire la dépendance du pays aux importations et d’atténuer l’impact de la volatilité des marchés internationaux sur les prix des denrées alimentaires.
L’intervenant a toutefois insisté sur la nécessité de réunir tous les acteurs concernés — agriculteurs, autorités régionales, structures administratives et organismes professionnels — afin d’assurer le bon déroulement des opérations de récolte et de collecte. Il a salué les préparatifs engagés par le ministère de l’Agriculture et l’Office des céréales pour garantir l’évacuation rapide des récoltes vers les centres de stockage.
Selon les informations communiquées, des solutions logistiques supplémentaires ont été mises en place cette année, notamment à travers la location de nouveaux espaces de stockage permettant d’accroître les capacités nationales d’environ 1,5 million de quintaux. Une mesure destinée à éviter les engorgements et à préserver la qualité des céréales collectées.
Malgré ces perspectives encourageantes, plusieurs défis subsistent. Le responsable de l’Utap a notamment évoqué les conséquences des perturbations climatiques observées ces derniers mois, ainsi que les difficultés rencontrées par certains agriculteurs en matière d’approvisionnement en intrants agricoles. Il a également signalé un déficit de fourrages dans plusieurs régions, une situation susceptible d’affecter l’élevage et d’alourdir les charges des éleveurs.
Selon ses dires, les dernières précipitations ont globalement été bénéfiques, même si des épisodes localisés de grêle ont causé des dégâts limités dans certaines zones des gouvernorats du Kef et de Kasserine. Ces phénomènes ont touché non seulement les cultures céréalières mais également plusieurs exploitations arboricoles.
Par ailleurs, face au risque accru d’incendies durant cette période sensible, Hamadi Boubakri a lancé un appel à la responsabilité collective, notamment aux automobilistes. Il a rappelé que des gestes apparemment anodins, comme jeter un mégot de cigarette sur le bord des routes, peuvent provoquer des incendies dévastateurs détruisant récoltes, pâturages, forêts et infrastructures agricoles.
La période de pointe des moissons devrait s’étendre tout au long du mois de juin avant de se poursuivre dans certaines zones plus fraîches jusqu’en juillet, voire au début du mois d’août dans les régions les plus tardives.
Le représentant de l’Utap a, également, plaidé pour une révision des critères de classement des céréales lors de leur réception par les centres de collecte. Selon lui, les agriculteurs ne doivent pas être pénalisés pour une éventuelle dégradation de la qualité des grains résultant de facteurs indépendants de leur volonté, notamment les difficultés d’approvisionnement en semences et en intrants agricoles, dont l’État est responsable.
N.J










