Après avoir atteint des niveaux record ces derniers mois, le marché de l’or semble amorcer un retournement de tendance. Hatem Ben Youssef, président de la Chambre syndicale des bijoutiers, a affirmé, vendredi 12 juin 2026, dans une interview téléphonique accordée le jour même à Jihene Miled dans l’émission Sbeh Ennes sur Mosaïque FM, que les cours sont désormais orientés à la baisse. Une évolution que les professionnels accueillent favorablement, dans un contexte marqué par l’érosion du pouvoir d’achat et le ralentissement des ventes.
Une baisse progressive après plusieurs mois de flambée
Contrairement aux idées reçues, les bijoutiers ne voient pas nécessairement d’un bon œil l’envolée des prix du métal précieux. Pour Hatem Ben Youssef, un marché porté par des prix excessivement élevés finit par pénaliser l’ensemble de la filière en réduisant l’accessibilité de l’or pour une large partie des consommateurs.
« Nous, en tant que vendeurs, nous ne sommes pas intéressés par la hausse des prix, car le pouvoir d’achat du Tunisien est limité », a-t-il expliqué.
Selon lui, le coût du gramme d’or 18 carats a atteint jusqu’à 380 dinars avant d’entamer un mouvement de correction qui l’a ramené à 280 dinars. Après ce repli, les cours ont légèrement rebondi mais demeurent bien en dessous de leurs plus hauts récents, le gramme s’établissant actuellement autour de 295 à 297 dinars.
Pour le président de la Chambre syndicale des bijoutiers, cette évolution traduit une tendance de fond. Si les fluctuations demeurent inhérentes au marché de l’or, la dynamique actuelle reste orientée vers une baisse progressive des cours, après plusieurs mois marqués par une hausse quasi ininterrompue alimentée par les tensions géopolitiques internationales et l’attrait de l’or comme valeur refuge.
Pourquoi les consommateurs ne verront pas immédiatement la baisse
Cette détente des cours ne se répercute toutefois pas instantanément sur les prix affichés dans les vitrines. Hatem Ben Youssef rappelle que le prix de vente d’un bijou dépend non seulement du cours de l’or, mais également du coût d’acquisition de la matière première et du travail de fabrication.
Au plus fort de la hausse, certains produits exposés dans les boutiques ont ainsi dépassé les 500 dinars le gramme à la vente. Selon lui, la marge bénéficiaire des commerçants reste pourtant limitée, de l’ordre de 2,5%.
« Aujourd’hui, certains commerçants peuvent même vendre sans marge bénéficiaire », a-t-il indiqué, expliquant que cette stratégie vise à écouler les stocks constitués lorsque les prix étaient élevés afin de pouvoir les remplacer par de nouvelles acquisitions réalisées à des niveaux plus avantageux.
Une fois cette transition achevée, les professionnels pourront reconstituer leurs marges habituelles tout en proposant des prix plus accessibles aux consommateurs. C’est précisément ce mécanisme qui pourrait permettre une baisse progressive des tarifs pratiqués dans les boutiques au cours des prochains mois.
Si la tendance actuelle se confirme, Hatem Ben Youssef estime que le gramme d’or 18 carats à la vente pourrait revenir dans une fourchette comprise entre 400 et 420 dinars.
La baisse reste toutefois conditionnée à l’évolution des cours internationaux, qui demeurent particulièrement sensibles aux incertitudes géopolitiques et financières. Pour les bijoutiers tunisiens, l’enjeu dépasse désormais la seule valorisation du métal précieux : il s’agit surtout de retrouver un niveau de prix compatible avec le pouvoir d’achat des ménages et de redonner du dynamisme à un marché fortement ralenti par l’envolée des cours observée ces derniers mois.
I.N.












