Les retards de paiement des jeunes médecins ne constituent que la partie visible d’une crise financière plus profonde qui touche l’ensemble des hôpitaux publics. C’est le constat dressé par l’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM), qui appelle les autorités à faire du financement du système de santé une priorité nationale.
Des créances en forte hausse
Dans un communiqué publié dimanche 14 juin 2026, l’OTJM indique que les hôpitaux publics détiennent des créances importantes sur la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), estimées à près de 1.500 millions de dinars en 2024 et à environ 1.950 millions de dinars en 2025.
Selon l’organisation, la Cnam est elle-même confrontée à des difficultés de trésorerie en raison des sommes qui lui sont dues par les caisses sociales, notamment la CNSS et la CNRPS. Cette situation alimente, selon elle, un cercle vicieux qui affecte l’ensemble du secteur de la santé.
Les jeunes médecins, premières victimes
L’OTJM souligne que de nombreux jeunes médecins attendent le paiement de leurs indemnités depuis plusieurs mois, voire plusieurs années.
Son président, Wajih Dhakkar, rapporte avoir été confronté à plusieurs directeurs d’hôpitaux reconnaissant la légitimité de ces revendications, tout en expliquant que leurs établissements ne disposent pas des liquidités nécessaires pour honorer ces paiements.
Il cite notamment le cas d’un directeur d’un hôpital de Tunis qui lui aurait confié ne pas avoir les moyens de régler certains fournisseurs de matériel médical ou d’acheter des dispositifs indispensables, comme des drains thoraciques, faisant passer ces dépenses avant le paiement des médecins.
Des conséquences sur tout le système de santé
Pour l’organisation, cette crise financière ne pénalise pas uniquement les jeunes médecins.
Elle affecte également les personnels de santé, qui exercent dans des conditions de plus en plus difficiles, ainsi que les patients, confrontés à des ruptures de médicaments, au retard de maintenance des équipements médicaux, à la dégradation des conditions d’hospitalisation, à l’allongement des délais de rendez-vous et à une baisse de la qualité des prestations.
L’OTJM estime que certains hôpitaux attendent le versement de plus de 100 millions de dinars de créances de la Cnam. Selon elle, le règlement de ces sommes permettrait d’améliorer rapidement l’approvisionnement en médicaments, l’entretien des équipements, le paiement des personnels et le fonctionnement général des établissements.
Un appel à une réforme structurelle
L’organisation considère que les injections ponctuelles de liquidités décidées par le ministère de la Santé ne constituent qu’une réponse temporaire à une crise structurelle.
Elle estime que la réforme du secteur passe avant tout par l’apurement des dettes des hôpitaux publics et la mise en place d’un financement stable et durable du service public de santé.
« Si une réelle volonté de réformer le secteur de la santé existe, ce dossier doit devenir une priorité nationale urgente », affirme l’OTJM, qui estime que les campagnes de communication et les annonces ponctuelles ne sauraient remplacer une réforme en profondeur du financement des établissements publics de santé.
S.H










