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Comment la Tunisie a transformé un Mondial en atelier de bricolage

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Par Marouen Achouri

    La Coupe du monde est généralement le moment où les nations exposent le fruit de plusieurs années de travail. En Tunisie, c’est plutôt la période des travaux. Après la correction infligée par la Suède (5-1), le bureau fédéral a décidé de remplacer Sabri Lamouchi par Hervé Renard, offrant ainsi au monde entier une démonstration grandeur nature de notre spécialité nationale : le bricolage de crise en direct.

    Il faut reconnaître à notre football national une qualité rare : sa capacité à transformer chaque catastrophe en catastrophe plus ambitieuse encore. Après la défaite historique face à la Suède (5-1), le bureau fédéral n’a pas tardé à réagir. Très vite même. Plus vite qu’un service après-vente un lendemain de panne générale. Sabri Lamouchi est parti, Hervé Renard est arrivé. Rideau. Circulez, il n’y a rien à voir.

    Enfin, officiellement.

    Dans les faits, il y a beaucoup à voir. Et surtout beaucoup à comprendre sur cette étrange manière tunisienne de gouverner le football : éteindre les incendies avec un lance-flammes et appeler cela de la gestion stratégique.

    L’image était pourtant parfaite. Une lourde défaite. Une opinion publique furieuse. Des réseaux sociaux transformés en tribunal populaire. Il fallait un geste fort. Un geste visible. Un geste télévisuel. Alors on a sorti le lapin du chapeau : Hervé Renard, figure reconnue du football africain, débarque au beau milieu du Mondial comme si l’on remplaçait le capitaine du Titanic après la rencontre avec l’iceberg.

    Le message est clair : regardez comme nous sommes exigeants. Regardez comme nous défendons l’intérêt supérieur de l’équipe nationale. Regardez comme nous agissons.

    Le problème est qu’une question extrêmement désagréable s’impose : si l’intérêt de la sélection nationale était réellement la priorité absolue, pourquoi avoir recruté Sabri Lamouchi au départ ?

    On ne découvre pas les compétences d’un sélectionneur après une défaite. Elles existaient avant. Ses limites aussi. La décision de le nommer relevait déjà de la responsabilité des mêmes dirigeants qui s’empressent aujourd’hui de l’écarter.

    Autrement dit, les pompiers sont les mêmes que les pyromanes. Ce qui est pratique : on économise sur les effectifs.

    Le Mondial comme atelier de bricolage permanent

    La Coupe du monde représente habituellement l’instant de vérité. C’est le moment où les sélections récoltent les fruits d’années de travail, de stabilité et de vision à long terme. Les grandes nations arrivent avec des automatismes construits patiemment. Des projets sportifs mûris pendant des cycles entiers.

    La Tunisie, elle, expérimente en direct.

    Pendant que les autres disputent un Mondial, nous organisons une séance de rattrapage. Les autres exécutent leurs plans ; nous rédigeons encore le cahier des charges. Les autres peaufinent les détails ; nous remplaçons l’entraîneur.

    Il y a dans cette affaire quelque chose de profondément tunisien : cette culture du rafistolage érigée en système de gouvernance. On ne planifie pas, on improvise. On ne construit pas, on bricole. On ne réforme pas, on colmate.

    Et quand le bricolage échoue, on ajoute une nouvelle couche de bricolage par-dessus l’ancienne.

    L’arrivée de Hervé Renard en plein Mondial n’est pas seulement une décision sportive. C’est aussi une opération de communication. Une manière de détourner la colère populaire et de montrer que quelqu’un agit. Peu importe que le problème soit structurel. Peu importe que les responsabilités soient largement partagées. L’essentiel est que les caméras filment un nouveau visage sur le banc.

    Le football tunisien ressemble parfois à ces immeubles dont les fissures sont si nombreuses qu’on finit par repeindre la façade pour éviter de regarder les murs.

    Le grand mystère des compétences nationales

    Mais cette séquence révèle surtout une contradiction fascinante. Une contradiction presque philosophique.

    Souvenons-nous. Lorsque le nom du technicien portugais Carlos Queiroz circulait pour prendre les commandes de la sélection après Sami Trabelsi, un veto venu du palais de Carthage avait stoppé l’opération. Le discours était alors limpide : préserver les ressources nationales, éviter le gaspillage de devises, se méfier des transactions suspectes et faire confiance aux compétences tunisiennes.

    Le pays regorgeait de talents, nous expliquait-on. Pourquoi aller chercher ailleurs ce que nous possédons déjà chez nous ?

    Le raisonnement avait sa logique. Du moins jusqu’à l’épreuve des faits.

    Car après avoir défendu avec vigueur l’option nationale, on a recruté Sabri Lamouchi, certes tunisien, mais dont l’expérience internationale était loin de faire l’unanimité. Puis est arrivée la débâcle. Et lorsque la colère populaire a commencé à monter dangereusement, miracle : les devises ont retrouvé toutes leurs vertus économiques.

    Cette fois, plus personne ne semblait s’inquiéter du coût d’un entraîneur étranger. Hervé Renard devenait soudain une nécessité nationale. Avec, dit-on, l’appui même de la présidence de la République.

    Les compétences nationales restent donc un principe fondamental, mais seulement jusqu’au premier 5-1.

    Il est vrai que les principes ont parfois une résistance limitée aux défaites lourdes.

    Cette affaire dépasse d’ailleurs le seul cas du sélectionneur. Elle pose une question infiniment plus importante : comment faire confiance à une stratégie sportive élaborée par des responsables incapables de choisir correctement leur entraîneur ?

    Si l’on se trompe sur l’homme chargé de diriger onze joueurs, comment croire à la qualité des choix concernant la formation, les infrastructures, les centres techniques ou le développement du football national ?

    Au fond, le véritable problème n’est ni Lamouchi ni Renard. Les entraîneurs passent. Les structures demeurent. Et lorsque les structures produisent régulièrement les mêmes résultats, il devient difficile d’accuser éternellement les individus.

    Le football tunisien souffre peut-être moins d’un manque de compétences que d’un excès d’improvisation. À force de gouverner dans l’urgence, on finit par transformer chaque crise en méthode de travail.

    Et la Tunisie continue ainsi son étrange aventure mondiale : éliminée peut-être sur le terrain, mais toujours qualifiée pour les championnats du monde du bricolage institutionnel.

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    5 commentaires

    1. Ça va bien en bas là, les méprisants péteux plus haut que leur cuculture ?

      Répondre
      19 juin 2026 | 16h33

      Il faut redescendre de son Aqueduc ou de son élephant un peu là, les zigues zagouins à 2040 ouins ouins et autres carnaques Hanibalbalas.

      Pauvre de nous.

      Comment va-t-on faire sans les commentaires si écrasants d’intelligence à zigouioui 2063 ?

      Il faudrait se contenter de ceux  » tape-à-Koté » façon Dumbovious hanibalbalesques ?

      Faut croire que oui, sans doute.

      Mais mollo alors le combo tastira/TVfoot et autres insolations de bord de mer en ce départ coincidant avec début de saison estival, comme par hasard surtout hein 😉

      Gallek « [espacerment] des interventions face à la débilité omniprésente à l’indigence triomphante « …

      Le bel alibidon que voilà.

      Bon débarras alors et peut être à la revoyure interventionnelle de meilleure pertinente qualité, phantom2040.

      Qu’en prennent aussi un peu de la graine et de la cacaouhète, le Dumb Haut cornaqué berberocomplexe.

      Entre les safaévidences ignorées et les berberocomplexés éternels, le pays n’est ni sorti de table à Jughurtartalacrême ni du Karamiteux mausolée aux zagafous…

      Buvez de l’eau…de temps à autre.

      🌊🙈🙉🙊💤🐘💨
      https://m.youtube.com/shorts/mX5SdxD7Bgk

      👋

    2. zaghouan2040

      Répondre
      19 juin 2026 | 0h32

      Je crois qu’il faut considérer cet épisode grand guignolesque de changement de pilote en plein vol quelques minutes avant le crash, avec le plus grand sérieux
      Il est particulièrement révélateur de ce qu’est devenue la Tunisie: une nef des fous; un souk à débiles obscènes
      Ce pays et cette société ont non seulement perdu leur cohérence mais ils ont surtout perdu la raison et leur dignité : des manières de « penser » et d’agir totalement ubuesques infantiles inconcevables qui reflètent une déchéance qui s’annonce profonde et durable.
      Ce qui vaut pour le foot vaut bien évidement pour tant d’autres domaines : chaque jour, un peu plus, le sous-développement émiette davantage les lambeaux de la vie civilisée de la dignité et aussi de la décence
      Fidèle lecteur et commentateur se voulant iconoclaste – avec plus ou moins de crédibilité- j’ai décidé d’espacer mes « interventions » : face à la débilité omniprésente à l’indigence triomphante mes commentaires sont de plus en plus inutiles

      • Hannibal

        Répondre
        19 juin 2026 | 9h20

        Je vois de qui vous parlez : effectivement, c’est soit un troll pollueur, soit un imbécile tel un cochon d’Inde qui apprécie tourner en rond.
        La médiocrité règne et l’intelligence démissionne ou se tait. C’est une sorte de suicide collectif 🙁

    3. Koach Kaissoun

      Répondre
      18 juin 2026 | 13h46

      Monsieur BriKolage jusqu’à BriKo Dépôt de bilan Qômplet…

    4. Hannibal

      Répondre
      18 juin 2026 | 8h32

      Je cite: « … un veto venu du palais de Carthage avait stoppé l’opération … »
      Des compétences dans tous les domaines. C’est vraiment fascinant.
      La fuite du barrage sur Oued Mellag sera stoppée en un claquement de doigts.

    Répondre

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