Le groupe suisse Cicor, spécialisé dans les solutions électroniques destinées notamment aux secteurs médical, industriel et de la défense, a annoncé, le 16 juin 2026, la cession de son site de production en Tunisie et le regroupement de l’ensemble de ses activités nord-africaines au Maroc.
Cette décision s’inscrit dans un vaste programme de réorganisation lancé par le groupe afin d’améliorer sa rentabilité et d’accélérer l’intégration des sociétés acquises en 2025. L’objectif affiché est de générer plus de 10 millions de francs suisses d’amélioration annuelle de l’EBITDA tout en maintenant les prévisions financières du groupe pour l’exercice 2026.
Le site tunisien, qui emploie environ 90 personnes, sera cédé pour un montant de 1,3 million d’euros. La transaction, déjà signée, devrait être finalisée avant la fin du mois de juin. Selon Cicor, cette opération n’aura pas d’impact sur son chiffre d’affaires, les relations commerciales avec les clients étant conservées par le groupe.
Les activités transférées vers le Maroc
Dans le cadre de cette réorganisation, Cicor a décidé de concentrer ses activités de production en Afrique du Nord sur ses sites de Berrechid et Témara, près de Casablanca. Le groupe prévoit également de fusionner sur un même site les activités héritées des acquisitions d’Éolane et de Valtronic au Maroc.
Cette réorganisation dépasse le seul cadre tunisien. Le programme prévoit plusieurs transferts de production entre différents sites du groupe ainsi que des mesures d’optimisation opérationnelle à l’échelle internationale. Au total, près de 220 postes devraient être supprimés dans le monde dans le cadre de ce plan.
Un signal pour l’attractivité industrielle tunisienne
L’annonce intervient dans un contexte de concurrence accrue entre les pays de la région pour attirer les investissements industriels et technologiques. Le choix du groupe suisse de centraliser ses activités nord-africaines au Maroc relance les interrogations sur la capacité de la Tunisie à préserver son attractivité auprès des investisseurs internationaux, notamment dans les secteurs à forte valeur ajoutée.
Basé en Suisse, Cicor emploie près de 4.500 collaborateurs dans 14 pays et fournit des solutions électroniques complètes, allant de la recherche et du développement à la fabrication et à la gestion de la chaîne d’approvisionnement. Ses principaux clients opèrent dans les domaines médical, industriel ainsi que dans l’aéronautique et la défense.
S.F











3 commentaires
HatemC
Le départ de Cicor (et la perte de ces 90 postes) n’est pas un événement isolé, c’est un signal d’alarme.
L’attractivité ne se résume plus au coût horaire d’un ouvrier. Aujourd’hui, les entreprises étrangères achètent de la vitesse, de la prévisibilité, de la connectivité et de la stabilité. Si la Tunisie ne réforme pas en profondeur son organisation du travail et ses infrastructures, le risque de voir d’autres fleurons industriels migrer vers des hubs plus dynamiques reste particulièrement élevé.
HatemC
Le départ du groupe suisse Cicor vers le Maroc est le symptôme brutal du naufrage économique tunisien.
En s’accrochant à un modèle industriel obsolète fondé sur une main-d’œuvre bon marché, la Tunisie reproduit la même erreur stratégique que celle de son tourisme de masse low-cost des années 70. Tout comme les forfaits « tout compris » au rabais ont dégradé l’image du pays en l’enfermant dans l’entrée de gamme, la sous-traitance industrielle à bas coût montre aujourd’hui ses limites face à un capitalisme mondial qui n’achète plus des prix bradés, mais de la vitesse, de la haute technologie et de la stabilité.
En refusant de monter en gamme, la Tunisie s’exclut d’office de la modernité économique.
Trois failles majeures condamnent l’attractivité du pays :
1. Une faillite stratégique et bureaucratique :
Face aux écosystèmes clés en main du Maroc, l’État tunisien oppose un pilotage à vue, une instabilité fiscale chronique et des restrictions de devises qui paralysent les multinationales.
2. Des infrastructures préhistoriques :
L’absence de digitalisation et la lenteur pathologique des hubs logistiques (comme le port de Radès) rendent impossible la gestion des flux tendus nécessaires à la haute technologie ….
Face au hub de Tanger Med et aux trains à grande vitesse marocains, la Tunisie oppose un réseau saturé et obsolète.
Le choix de Cicor de centraliser ses activités à Berrechid et Témara relève du simple bon sens managérial.
3. L’anachronisme du rythme de travail :
Le maintien de la « séance unique » estivale et la multiplication des congés administratifs déconnectent le pays du rythme mondial (24/7). Demander à des industries de pointe de se soumettre aux humeurs saisonnières d’une bureaucratie lente est une aberration.
En bref : Les investisseurs ne cherchent plus des bas coûts, mais de l’efficacité.
En refusant de se réformer, l’État tunisien condamne ses travailleurs au chômage et regarde ses voisins prospérer. Le départ de Cicor n’est qu’un début.
HatemC
Le même reproche sur le traitement souvent superficiel, voire purement « comptable », de l’actualité économique par certains médias.
Le copier-coller des communiqués de presse des multinationales — ce qu’on appelle souvent le « journalisme de relations publiques » — occulte le drame social sous le jargon financier. C’est d’autant plus frappant dans ce cas précis pour deux raisons majeures :
1. Le cynisme du jargon :
L’article mentionne froidement que la cession « n’aura pas d’impact sur le chiffre d’affaires » de Cicor car les clients restent les mêmes. C’est le point de vue exclusif des actionnaires suisses. Pour le tissu social tunisien, et en particulier à Borj Cédria (où est basé le site), c’est une tragédie humaine.
Même si le site est techniquement « vendu » (racheté au dernier moment par le groupe allemand DELTEC), une telle restructuration s’accompagne presque toujours de plans de dégraissage, de baisses de salaires, ou d’une précarisation des contrats. En éludant le sort des 90 à 100 salariés directs (sans compter les emplois indirects chez les sous-traitants locaux), le média déshumanise l’économie.
2. Le syndrome du « communiqué de presse » sans valeur ajoutée
Prendre acte du départ sans poser la question du « Pourquoi ? » ni du « Qui est le suivant ? », c’est le degré zéro de l’analyse.
Un vrai travail journalistique aurait consisté à aller interroger les syndicats, la direction locale ou des économistes pour comprendre la détresse de ces salariés qui se retrouvent sur le carreau dans un contexte d’inflation galopante en Tunisie.
Un média national devrait s’alarmer : quand un secteur de pointe comme l’électronique médicale et de défense plie bagage, ce ne sont pas juste des emplois non qualifiés qui disparaissent, c’est tout le savoir-faire technologique tunisien qui prend l’eau.
L’ironie de la « vente » à 1,3 million d’euros
L’article cite le montant de la transaction (1,3 million d’euros) comme une simple donnée factuelle. Or, pour un site industriel de cette taille, avec des équipements de haute technologie, un tel prix ressemble à une braderie de liquidation.
Cicor voulait partir vite, à n’importe quel prix, pour regrouper ses billes au Maroc. Ce montant dérisoire est en soi un indicateur de la perte de valeur de l’actif tunisien, ce que le journal omet totalement d’analyser.
En se contentant de traduire et de relayer la note officielle du groupe suisse, ces articles participent à une forme d’anesthésie générale. Ils traitent la désindustrialisation de la Tunisie comme une fatalité météorologique, alors qu’il s’agit du résultat direct de l’incurie de l’État et de la détresse des travailleurs tunisiens, devenus de simples variables d’ajustement sur un tableau Excel à Zurich … BN peut mieux faire