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Lutte contre la rage : les autorités sanitaires intensifient les efforts pour éradiquer la maladie

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Par Nadya Jennene

    La rage reste, à l’échelle mondiale, l’une des zoonoses les plus anciennes et les plus redoutées. Maladie virale grave touchant le système nerveux central, elle est presque toujours mortelle une fois les symptômes déclarés. Pourtant, elle est évitable.

    Cette maladie demeure endémique dans plusieurs régions du continent africain, notamment en Afrique du Nord. La Tunisie n’échappe pas totalement à cette réalité, mais elle s’inscrit dans une dynamique différente de celle de nombreux pays voisins. 

    Wahib Mehri, directeur général des services vétérinaires au sein du ministère de l’Agriculture, a souligné, vendredi 19 juin 2026, dans une intervention sur la Radio nationale, que le pays était historiquement considéré comme un pionnier régional dans la lutte contre la rage. Depuis les années 1970, des programmes structurés de prévention ont été mis en place, reposant principalement sur la vaccination animale et la surveillance sanitaire. Cette stratégie a permis à la Tunisie de réduire significativement la circulation du virus chez les animaux domestiques, en particulier les chiens.

    Cependant, même si la Tunisie bénéficie d’un niveau de contrôle relativement avancé, la maladie n’a pas disparu. Le Dr Mehri a rappelé que des fluctuations avaient été observées, notamment après 2011, période durant laquelle une augmentation des cas animaux a été enregistrée, suivie de cas humains.

    Entre 2023 et 2024, une dizaine de cas humains ont été signalés, un chiffre qui, bien que limité, a servi de signal d’alerte pour renforcer les dispositifs de surveillance et de prévention. Selon le responsable, ces épisodes rappellent que le virus circule toujours à bas bruit, notamment au sein des populations de chiens errants non vaccinés, qui constituent le principal réservoir de transmission.

    Comme dans de nombreux pays de la région, les populations canines errantes restent largement présentes dans les espaces publics. Ces animaux non vaccinés peuvent, dans certains cas, être porteurs du virus sans symptômes visibles immédiats, ce qui complique la détection et augmente les risques de transmission.

    Le Dr Mehri a, toutefois, insisté sur un point souvent mal compris : la circulation du virus n’est pas uniquement liée à la présence de chiens errants, mais aussi aux comportements humains et à la gestion de l’environnement urbain.

    Le spécialiste a déploré certaines pratiques quotidiennes, notamment le fait de jeter des restes alimentaires dans la rue ou de nourrir les animaux errants de manière non contrôlée.

    Ces comportements, bien que souvent motivés par la compassion, contribuent indirectement à la concentration des animaux dans les espaces urbains et favorisent leur reproduction.

    « Le citoyen est un acteur clé », a-t-il souligné notant que les municipalités ne peuvent agir seules. La lutte contre la rage repose sur une chaîne collective impliquant les services vétérinaires, les collectivités locales et la population.

    Précisant que la Tunisie a adopté l’approche onusienne intégrée « Une seule santé » — considérant la santé humaine, animale et environnementale sont étroitement liées — le responsable a avancé que  les services vétérinaires collaboraient avec les autorités sanitaires et sécuritaires pour assurer la surveillance des cas suspects et intervenir rapidement en cas de foyer. Des comités nationaux sont régulièrement réunis afin d’harmoniser les interventions.

    Le médecin a expliqué que la stratégie reposait essentiellement sur la vaccination des animaux domestiques, principalement les chiens. Chaque année, des campagnes sont organisées sur l’ensemble du territoire, avec une intensification entre septembre et octobre. Des actions de sensibilisation sont, par ailleurs, menées dans les quartiers, les zones rurales et les espaces publics et des « tentes de vaccination » sont installées chaque année pour rapprocher les services des citoyens.

    Le dispositif a particulièrement été renforcé dans les régions à risque, notamment dans les zones frontalières et rurales du centre-ouest, comme les gouvernorats de Kairouan, Kasserine, Siliana et Kef, avec l’introduction progressive de nouveaux moyens digitaux. Les équipes sur le terrain enregistrent désormais les foyers suspects avec géolocalisation, permettant de cartographier la circulation du virus. Cette méthode facilite la prise de décision rapide et permet de cibler les campagnes de vaccination de manière plus efficace.

    Par ailleurs, une nouvelle stratégie expérimentale est en cours de déploiement dans certaines zones sensibles, notamment à la frontière entre plusieurs gouvernorats du centre-ouest, pour créer des « zones tampons sanitaires » par une vaccination massive et simultanée des chiens domestiques.

    Une opération de grande ampleur est notamment prévue fin juin, mobilisant plusieurs équipes vétérinaires sur le terrain afin de couvrir des zones prioritaires. Le responsable a conclu en appelant les citoyens à participer massivement à cette campagne notant que cette approche vise à empêcher la circulation du virus entre les régions et à isoler les foyers actifs.

    N.J

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