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Cannabis, écrans, jeux vidéo : l’inquiétante progression des addictions en Tunisie

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Par Myriam Ben Zineb

    La consommation de drogues et de substances psychoactives ne cesse de progresser en Tunisie. Face à un phénomène dont « la gravité et l’ampleur ne font désormais plus aucun doute », le ministère de la Santé prévoit de renforcer considérablement son dispositif de prise en charge.

    Intervenant samedi 20 juin 2026 lors d’une journée scientifique consacrée à l’addictologie, Nabil Ben Salah, responsable du dossier des addictions au ministère, a annoncé la création d’un réseau national de cinq centres spécialisés répartis sur l’ensemble du territoire ainsi que le lancement d’une vaste étude nationale sur les addictions entre 2026 et 2027.

    Cinq centres spécialisés pour couvrir le pays

    Le futur réseau s’articulera autour du centre « Al Amal » de Jebel Oust, actuellement le seul centre spécialisé en activité, du centre de Sfax qui sera réhabilité avant sa réouverture, ainsi que de trois nouvelles structures qui verront le jour à Dougga (gouvernorat de Béja), à Monastir et dans le sud du pays, probablement à Tozeur.

    L’objectif est clair : offrir une prise en charge plus accessible dans un contexte marqué par l’apparition régulière de nouvelles substances psychoactives saisies par les autorités.

    Parallèlement, le ministère entend renforcer les consultations spécialisées en addictologie. Dix-huit consultations sont déjà opérationnelles dans les hôpitaux publics et centres de santé de base. À terme, chaque gouvernorat devrait disposer d’une ou deux consultations dédiées d’ici la fin de l’année.

    Une enquête nationale inédite

    Pour mieux mesurer l’ampleur du phénomène, une étude nationale sera menée en 2026 et 2027 auprès des Tunisiens âgés de 15 à 65 ans. Cette enquête doit permettre d’établir un état des lieux précis et d’orienter les politiques publiques sur des bases scientifiques.

    Les derniers chiffres disponibles sont déjà préoccupants. Les études réalisées en 2013, 2017 et 2021 auprès des adolescents de 15 à 17 ans montrent une progression spectaculaire de certaines consommations. En huit ans, l’usage du cannabis et des comprimés stupéfiants a été multiplié par quatre. Plus inquiétant encore, la consommation de comprimés stupéfiants apparaît plus élevée chez les filles.

    « Une stratégie nationale fait toujours défaut »

    Pour la psychiatre Rabiha Cheïhani, la Tunisie continue de souffrir d’une faiblesse majeure : l’absence d’une stratégie nationale globale de lutte contre les addictions.

    Or, les conséquences dépassent largement le cadre sanitaire. Elles affectent l’économie, l’éducation, la cohésion sociale et représentent un coût croissant pour les finances publiques.

    La spécialiste rappelle également que le centre de Jebel Oust demeure aujourd’hui la seule structure spécialisée en activité et qu’il ne dispose pas de capacité d’hébergement, alors que de nombreux patients auraient besoin d’un accompagnement résidentiel pour limiter les risques de rechute.

    Elle regrette par ailleurs que le cahier des charges destiné à encadrer la création de centres spécialisés n’ait toujours pas été adopté, malgré plusieurs annonces en ce sens.

    L’addiction ne se limite pas aux drogues

    Les experts présents ont également insisté sur une réalité souvent sous-estimée : les addictions ne concernent pas uniquement les drogues, l’alcool ou le tabac.

    Selon l’addictologue Roua Trabelsi, l’usage excessif des écrans, des jeux vidéo ou encore certaines pratiques devenues compulsives peuvent également relever de véritables troubles addictifs. Sport pratiqué à l’excès, comportements sexuels compulsifs, consommation incontrôlée de séries ou de films : autant de comportements susceptibles d’altérer profondément la vie quotidienne.

    Les premiers signes doivent alerter : isolement social, baisse des résultats scolaires ou professionnels, troubles du sommeil, irritabilité, perte d’intérêt pour les activités habituelles ou temps excessif consacré à un comportement au détriment de la vie familiale et sociale.

    Pour les spécialistes, le message est sans ambiguïté : plus l’addiction est détectée tôt, plus les chances de rétablissement sont importantes. D’où l’importance du rôle des médecins de famille, mais aussi du dialogue au sein des familles.

    Dans cette optique, l’Association tunisienne des psychiatres organisera le 3 octobre prochain des journées de sensibilisation dans plusieurs régions de l’intérieur du pays afin de former médecins et personnels éducatifs au repérage précoce des comportements addictifs.

    M.B.Z

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