Les autorités tunisiennes ont engagé une enquête d’envergure sur les activités de plusieurs sociétés exploitant les salines du pays. Au cœur des investigations : un présumé mécanisme de sous-facturation des exportations qui aurait permis de transférer une partie des bénéfices à l’étranger, au détriment des recettes fiscales et des rentrées en devises de la Tunisie.
Quatorze entreprises dans le viseur
Depuis le début de l’année 2026, la Brigade de recherche et de lutte contre l’évasion fiscale, plus connue sous le nom de « police fiscale », mène une série de contrôles visant les opérateurs du secteur du sel. Selon une source du ministère des Finances citée par l’agence TAP, quatorze entreprises exploitant des salines sont concernées par cette enquête.
La majorité de ces sociétés est détenue, en tout ou en partie, par des capitaux étrangers. Les investigations portent sur plus de vingt sites de production répartis dans plusieurs régions du pays, notamment à Sfax, Gabès, Monastir, Mahdia, Sousse et Zarzis.
Des soupçons de transfert de bénéfices à l’étranger
Les enquêteurs cherchent à établir l’existence d’un système de sous-facturation des exportations. Les entreprises concernées sont soupçonnées d’avoir vendu le sel extrait en Tunisie à des filiales ou sociétés liées implantées à l’étranger à des prix inférieurs à ceux du marché.
Le produit aurait ensuite été revendu sur les marchés internationaux à des tarifs nettement supérieurs, permettant ainsi de transférer une part importante des bénéfices hors de Tunisie tout en réduisant artificiellement les résultats déclarés localement.
Selon les estimations préliminaires évoquées par la même source, ces pratiques pourraient avoir coûté à l’État tunisien plusieurs centaines de millions d’euros par an en recettes fiscales et en revenus en devises.
Vingt années d’opérations passées au crible
Les investigations portent désormais sur l’ensemble des documents comptables, commerciaux et logistiques des entreprises concernées. Les services de contrôle examinent les volumes de production, les contrats de vente, les flux d’exportation ainsi que les prix pratiqués afin de reconstituer les opérations réalisées au cours des vingt dernières années.
L’objectif est de déterminer l’ampleur des éventuelles irrégularités et d’évaluer le manque à gagner pour les finances publiques.
Une stratégie de contrôle des ressources naturelles
Cette enquête s’inscrit dans un programme plus large de renforcement de la gouvernance des ressources naturelles tunisiennes. Après plusieurs initiatives dans le secteur des hydrocarbures, les autorités entendent désormais renforcer le contrôle des activités liées à l’exploitation du sel.
Le ministère des Finances souligne que cette démarche vise avant tout à garantir le respect de la législation fiscale, à améliorer la transparence des transactions et à préserver les intérêts économiques de l’État, sans remettre en cause les droits des investisseurs étrangers opérant dans le respect des lois tunisiennes.
Un secteur largement tourné vers l’export
La Tunisie produit près de deux millions de tonnes de sel par an, dont la très grande majorité est destinée aux marchés internationaux. Cette filière stratégique est largement dominée par des entreprises à participation étrangère, ce qui confère une importance particulière aux enjeux fiscaux et aux conditions de valorisation de cette ressource naturelle.
S.H










