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Comment Daâm est devenue un poids lourd de la microfinance tunisienne

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Par Raouf Ben Hédi

    Créée en 2015, Daâm Tamweel s’est imposée en une décennie parmi les acteurs les plus respectés de la microfinance tunisienne. Avec près de 279 millions de dinars de crédits en cours, 17.743 financements accordés en 2025 et un bénéfice net de 14,2 millions de dinars, l’institution affiche une croissance remarquable. Derrière ces chiffres se dessine toutefois une histoire plus complexe : celle d’une vision entrepreneuriale, d’une gouvernance exigeante et d’une ambition sociale qui dépasse largement la simple activité de crédit.

    En Tunisie, la microfinance est souvent abordée sous l’angle de la lutte contre l’exclusion bancaire ou du financement des très petites activités. Plus rarement comme une véritable industrie financière.

    Pourtant, certains acteurs ont progressivement changé d’échelle à l’instar d’Enda, d’Advance et de Daâm Tamweel et bénéficient d’une excellente réputation dans le pays.

    Dix ans après sa création sous le nom de Centre Financier aux Entrepreneurs (CFE), Daâm affiche un total bilan de 339,1 millions de dinars contre 226,4 millions un an auparavant, soit près de 113 millions supplémentaires en un an. Selon ses états financiers rendus publics la semaine dernière, son portefeuille de crédits atteint 279 millions de dinars et son bénéfice net a plus que triplé en une année, passant de 4 à 14,2 millions de dinars.

    Ces chiffres reflètent une institution qui a réussi à s’imposer durablement dans un marché exigeant, fortement concurrentiel et étroitement encadré.

    D’un projet entrepreneurial à une institution financière

    Lorsque le CFE obtient son agrément en 2015, la microfinance tunisienne est encore balbutiante et largement dominée par quelques acteurs historiques.

    L’idée est alors relativement simple : offrir aux très petites entreprises, aux commerçants, aux artisans et aux travailleurs indépendants un accès au financement dont ils sont souvent privés par les circuits bancaires classiques.

    Dix ans plus tard, l’institution dispose d’un réseau de 26 agences couvrant l’ensemble du territoire. Cette présence nationale n’a pas été construite en une seule étape. Partie d’une structure encore modeste à ses débuts, Daâm a progressivement étendu son maillage territorial, renforcé son actionnariat, lancé sa fondation, changé d’identité en abandonnant l’appellation CFE (en 2023) et franchi, en 2025, un véritable changement d’échelle financier.

    Son encours de crédits atteint fin 2025, 278,2 millions de dinars contre 197,1 millions fin 2024, soit une progression de plus de 41 %. Dans le même temps, les produits d’exploitation de microfinance passent de 51 à 77,5 millions de dinars.

    Cette croissance repose sur une activité soutenue. En 2025, Daâm a débloqué 17.743 microcrédits, contre 14.763 l’année précédente.

    Loin de se limiter à quelques secteurs, l’institution finance une large palette d’activités économiques. Les services représentent le premier poste avec 142,8 millions de dinars d’encours, suivis du commerce avec 85 millions de dinars. Viennent ensuite l’élevage, l’agriculture, la production et la pêche.

    Cette diversification constitue l’un des principaux facteurs de résilience de son modèle.

    Le pari de Radhi Meddeb

    L’histoire de Daâm est également celle d’une conviction portée dès l’origine par ses fondateurs.

    Parmi eux figure Radhi Meddeb, économiste et homme d’affaires dont l’engagement en faveur du développement économique, de l’investissement privé et du développement régional est connu de longue date.

    La création du CFE en 2015 s’inscrit dans cette logique. À une époque où l’accès au crédit demeure l’un des principaux obstacles à la création d’entreprise, l’objectif consiste à bâtir une institution capable de financer les initiatives économiques de petite taille tout en respectant les exigences d’une gestion financière rigoureuse.

    Dix ans plus tard, les résultats obtenus donnent une certaine crédibilité à cette vision.

    L’institution est aujourd’hui soutenue par plusieurs investisseurs internationaux spécialisés dans la finance du développement et l’investissement à impact. Cette configuration actionnariale témoigne d’une ambition qui dépasse le simple rendement financier et s’inscrit dans une logique plus large d’inclusion économique.

    Le rapport spécial des commissaires aux comptes révèle également qu’un prêt en compte courant accordé par Radhi Meddeb à la société a été intégralement remboursé en 2025. Ce financement, consenti à une époque où l’institution était encore en phase de développement, témoigne de l’implication personnelle du cofondateur dans le projet. Son extinction illustre également la solidité financière progressivement acquise par Daâm.

    Une croissance rapide, mais sous contrôle

    La forte expansion enregistrée en 2025 pourrait susciter des interrogations légitimes sur la qualité du portefeuille.

    Les indicateurs publiés montrent pourtant une situation relativement saine.

    Au 31 décembre 2025, 97,05 % des créances sont classées en PAR 0, c’est-à-dire sans retard de paiement significatif. Les créances douteuses représentent moins de 3 % du portefeuille total. Un pourcentage que la majorité des banques classiques tunisiennes envieraient.

    Le montant des créances douteuses atteint 8,2 millions de dinars pour un portefeuille global de plus de 278 millions de dinars. Les provisions constituées s’élèvent à 4,1 millions de dinars et couvrent environ la moitié des créances douteuses, un niveau cohérent avec les règles prudentielles applicables aux différentes catégories de risque.

    L’année 2025 a également été marquée par le recours au marché obligataire. Daâm a levé 40 millions de dinars supplémentaires, portant l’encours de ses emprunts obligataires à plus de 75 millions de dinars.

    Ces performances sont d’autant plus notables que Daâm intervient auprès d’une clientèle généralement considérée comme plus risquée que celle des banques traditionnelles.

    L’autre indicateur remarquable concerne la rentabilité. Le produit net des activités de microfinance progresse de 35 à 53,4 millions de dinars tandis que le résultat d’exploitation atteint près de 19 millions de dinars.

    La croissance a toutefois un coût. Pour soutenir son développement, l’institution s’appuie fortement sur les ressources empruntées. À fin 2025, celles-ci atteignent 281 millions de dinars pour 44 millions de capitaux propres, soit un ratio proche de 6,4 fois. Cette structure financière demeure classique dans le secteur, mais elle souligne l’importance de maintenir une qualité élevée du portefeuille de crédits.

    Des comptes validés par les commissaires aux comptes

    Les performances affichées par Daâm ont été examinées par les commissaires aux comptes Borhen Chebbi (Mazars) et Noureddine Hajji (Ernst & Young).

    Dans leur rapport général, les deux auditeurs estiment que les états financiers arrêtés au 31 décembre 2025 sont réguliers, sincères et donnent une image fidèle de la situation financière de la société, conformément aux règles comptables tunisiennes applicables aux institutions de microfinance.

    Ils soulignent également ne pas avoir identifié d’insuffisances majeures du dispositif de contrôle interne susceptibles d’affecter leur opinion, tout en précisant avoir transmis à la direction un rapport distinct comportant leurs observations et recommandations.

    Dans un secteur où la maîtrise du risque constitue l’un des principaux enjeux, cette validation revêt une importance particulière.

    L’accélération sous Kamel Saïbi

    Si la vision initiale appartient aux fondateurs, son exécution relève de l’équipe dirigeante.

    Sous la direction de Kamel Saïbi, Daâm a connu sa phase de croissance la plus rapide.

    L’année 2025 en fournit l’illustration la plus nette : progression du bilan de près de 50 %, augmentation de plus de 80 millions de dinars de l’encours de crédits, hausse de 52 % des revenus d’exploitation et bénéfice multiplié par plus de trois.

    Cette croissance s’est accompagnée d’un élargissement continu du réseau d’agences.

    Ces résultats témoignent d’une capacité à absorber une croissance rapide sans dégradation apparente des indicateurs de risque.

    Un exercice particulièrement délicat dans l’univers de la microfinance, où les périodes d’expansion sont souvent celles qui révèlent, quelques années plus tard, les faiblesses des modèles de contrôle.

    Une institution financière qui revendique une mission sociale

    La singularité de Daâm réside sans doute dans sa volonté d’associer performance financière et impact social.

    L’institution ne se contente pas de distribuer des crédits. Elle a progressivement construit un écosystème d’accompagnement articulé autour de la Fondation Daâm, entité distincte de la société de microfinance.

    Cette dernière intervient dans plusieurs domaines : accompagnement des micro-entrepreneurs, renforcement des compétences, soutien aux femmes entrepreneures, éducation financière et promotion de l’entrepreneuriat dans les régions.

    Cette approche répond à une logique simple : un entrepreneur mieux formé et mieux accompagné présente davantage de chances de réussite, ce qui profite à la fois au bénéficiaire du financement et à l’institution qui l’accompagne.

    Dans un contexte économique marqué par les difficultés d’accès au financement et la fragilité de nombreuses très petites entreprises, cette dimension constitue l’un des marqueurs les plus distinctifs du modèle Daâm.

    Le défi des prochaines années

    L’exercice 2025 marque incontestablement un tournant. La question n’est plus de savoir si Daâm a réussi son implantation. Les chiffres répondent déjà à cette interrogation.

    En dix ans, Daâm est passée du statut de nouvel entrant dans la microfinance tunisienne à celui d’institution disposant de 26 agences, de 339 millions de dinars d’actifs et de près de 278 millions de dinars de crédits en cours. Peu d’acteurs financiers tunisiens peuvent revendiquer une telle progression sur une période aussi courte. Le défi sera désormais de poursuivre cette croissance tout en préservant ce qui a largement fait sa réputation : la qualité de son portefeuille, la proximité avec les entrepreneurs et l’ambition sociale qui accompagne son développement.

    Raouf Ben Hédi

    Cliquer ici pour lire les états financiers 2025 de Daâm

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    Commentaire

    1. le financier

      Répondre
      22 juin 2026 | 13h24

      Comment s enrichir sur les pauvres?
      Prêter 10 dinars et demander a etre rembourser de 15 dinars , ou Prêter 1 dinars et se faire rembourser de 2 dinars , rentabilité 50 a 100% .

    Répondre

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