À la veille de la grève générale de trois jours dans le secteur bancaire, la Fédération générale des banques, des établissements financiers et des compagnies d’assurance, relevant de l’UGTT, a lancé, lundi 22 juin 2026, un nouvel appel à la mobilisation, exhortant l’ensemble des salariés à respecter les consignes syndicales et à participer massivement au mouvement prévu les 23, 24 et 25 juin.
Dans un communiqué, la fédération indique que cette grève sera observée par une absence totale des employés de leurs postes de travail dans toutes les banques, les établissements financiers et les compagnies d’assurance du pays, qu’il s’agisse des sièges sociaux, des directions centrales, des agences, des succursales ou de tout autre lieu de travail relevant du secteur.
Elle appelle les employés et les cadres à contribuer activement à la réussite de cette mobilisation, qu’elle présente comme une défense des droits syndicaux ainsi que des revendications professionnelles et sociales des salariés.
La fédération invite également les employés du Grand Tunis à se rassembler, mardi 23 juin à partir de neuf heures devant le siège de l’UGTT, tandis que les salariés des autres régions sont appelés à rejoindre les unions régionales.
Elle insiste enfin sur la nécessité de faire preuve de responsabilité, de discipline syndicale et de solidarité afin d’assurer le succès de ce mouvement.
Un conflit social toujours dans l’impasse
Cet appel intervient après la confirmation, vendredi 19 juin, du maintien de la grève générale. La fédération avait alors dénoncé la poursuite du blocage du dialogue social ainsi que des pressions qui auraient été exercées sur certains salariés à l’approche du mouvement.
Selon la fédération, les employeurs continuent de refuser toute augmentation salariale au titre de 2025 ainsi que l’application de certaines dispositions prévues par la loi n°41 de 2024, tout en maintenant le blocage des négociations sociales
Pour rappel, cette grève a été décidée afin de protester contre la dégradation du pouvoir d’achat des salariés du secteur bancaire et assurantiel, les effets de la Loi de finances 2025 sur leurs revenus et le blocage des négociations sociales engagées entre les partenaires sociaux depuis 2024.
M.B.Z












Commentaire
Abdelwaheb Ben Moussa
Le communiqué du Conseil bancaire et financier appelle une lecture critique que le simple compte-rendu ne suffit pas à fournir.
Le CBF affirme que la grève est « injustifiée » au motif que les augmentations prévues par le Décret n°68 du 30 avril 2026 ont été versées. Raisonnement circulaire : le syndicat ne conteste pas les augmentations 2026 — il revendique celles de 2025, jamais accordées. Le CBF répond à une question que personne ne pose pour esquiver celle qui est posée.
Deuxième point : le Décret n°68 fixe un plancher légal, pas un plafond. D’autres secteurs soumis au même cadre ont négocié et obtenu des revalorisations supérieures. Le CBF est le seul acteur patronal à traiter ce minimum légal comme un maximum indépassable. Ce choix est patronal, non légal — et le communiqué entretient délibérément la confusion entre les deux.
Troisième point : invoquer « l’intérêt général » dans un secteur qui a dégagé 1,6 milliard de dinars de résultat net en 2024 — en hausse de 12% — sans reverser un centime de revalorisation aux salariés en 2025, c’est utiliser la solidarité nationale comme écran à une politique salariale délibérément restrictive.
Quatrième point : le communiqué ne mentionne à aucun moment que le dialogue social est à l’arrêt depuis 2023, ni que la correspondance syndicale de janvier 2024 est restée sans réponse pendant dix-huit mois. Présenter la grève comme injustifiée sans contextualiser l’impasse institutionnelle qui l’a produite, c’est une présentation partielle des faits.
Cinquième point, le plus révélateur : le refus d’appliquer l’article 412 alinéa 2 de la loi n°41/2024 du Code de commerce — relatif aux crédits accordés aux employés — n’est mentionné nulle part dans un communiqué qui prétend démontrer l’absence de « motif social suffisant ». On ne peut pas démontrer l’absence de motif en ignorant les motifs.
Un communiqué patronal a le droit d’être partisan. La lecture qu’on en fait n’a pas cette latitude.