Invité de Jawhara FM, jeudi 25 juin 2026, l’expert du secteur pétrolier Mahmoud El May a dressé un état des lieux de plusieurs dossiers liés à l’énergie en Tunisie. Il est revenu sur le mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants, le potentiel du gaz de schiste, les réserves stratégiques du pays ainsi que les importations de produits pétroliers.
Selon Mahmoud El May, la Tunisie ne dispose pas des mêmes ressources pétrolières que ses voisins algérien et libyen. Il estime qu’il est erroné de croire que la proximité géographique implique un potentiel géologique comparable, les principaux gisements de ces deux pays étant situés loin des frontières tunisiennes.
L’expert est également revenu sur le différend relatif au plateau continental, estimant que la Tunisie avait perdu l’arbitrage faute d’avoir mobilisé les compétences spécialisées nécessaires dans le domaine pétrolier.
Mahmoud El May plaide pour un retour à l’ajustement automatique des prix
L’expert s’est également prononcé en faveur de l’ajustement automatique des prix des carburants. Il a affirmé avoir été parmi les premiers à défendre ce mécanisme à l’Assemblée nationale constituante, précisant qu’il avait ensuite été étudié avant d’être appliqué à quelques reprises.
Selon lui, la Tunisie a toutefois cessé de l’appliquer de manière régulière lorsque les cours internationaux du pétrole sont devenus très volatils. Il a cité l’exemple du Liban, où un prix plafond est fixé chaque semaine, tout en laissant aux stations-service la possibilité de vendre à un tarif inférieur.
Mahmoud El May a expliqué qu’en Tunisie, les stations-service achètent leurs carburants auprès de l’État avec une marge fixée à l’avance et ne supportent donc pas les fluctuations des cours mondiaux. Lorsque les prix internationaux augmentent, le surcoût est pris en charge par la Caisse de compensation. À l’inverse, lorsque les cours baissent, c’est le Trésor qui en bénéficie.
Il a ajouté qu’avec un baril évoluant autour de soixante dollars, l’État percevait davantage de recettes liées à la consommation de carburants. En revanche, lorsque les prix dépassent les cent ou 120 dollars le baril, le maintien des prix administrés pèse davantage sur les finances publiques.
Le gaz de schiste toujours interdit à l’exploration
Interrogé sur les ressources en gaz de schiste, Mahmoud El May a assuré que la Tunisie dispose d’un potentiel, tout en précisant qu’il est impossible d’en évaluer l’importance sans lancer des campagnes d’exploration.
Il a toutefois indiqué que la législation tunisienne ne permet toujours pas d’effectuer des explorations de gaz de schiste. Selon lui, ce blocage est aujourd’hui d’ordre juridique.
L’expert a estimé que les arguments environnementaux avancés pour justifier cette interdiction ne tiennent plus compte des évolutions technologiques intervenues dans ce domaine. Il a rappelé que les États-Unis produisent aujourd’hui une part importante de leur pétrole et de leur gaz à partir des hydrocarbures de schiste, tandis que l’Algérie a déjà engagé des projets dans ce secteur et que la Libye s’apprête à en faire autant.
Des réserves stratégiques limitées à 45 jours
Mahmoud El May a indiqué que la Tunisie dispose de réserves stratégiques de produits pétroliers et que les stocks utilisés durant la guerre en Ukraine auraient été reconstitués.
Il a toutefois précisé que ces réserves couvrent environ 45 jours de consommation, alors que l’Agence internationale de l’énergie recommande un niveau équivalent à 90 jours. Selon lui, cette situation s’explique principalement par des capacités de stockage insuffisantes.
Il estime également que la décision de plusieurs pays de renforcer leurs réserves stratégiques à la suite des tensions autour du détroit d’Ormuz pourrait soutenir les cours du pétrole et limiter une baisse importante des prix dans les prochains mois.
La Tunisie importe désormais principalement des carburants raffinés
L’expert a expliqué que la production nationale ne couvre plus les besoins du pays depuis 2005.
Alors que la Société tunisienne des industries de raffinage (Stir) raffinait auparavant essentiellement du pétrole tunisien, la Tunisie importe aujourd’hui majoritairement des produits pétroliers déjà raffinés. Selon Mahmoud El May, seule une cargaison de pétrole brut est encore envoyée vers la Stir environ tous les deux mois.
Il a également exprimé des réserves sur l’intérêt économique de cette activité de raffinage, estimant que son coût est désormais supérieur à celui de l’importation directe de produits raffinés.
Les carburants libyens ne sont pas de meilleure qualité
Interrogé sur la qualité des carburants commercialisés en Libye, Mahmoud El May a estimé qu’il n’existe pas de différence significative avec ceux distribués en Tunisie.
Selon lui, les éventuels problèmes proviennent davantage des conditions de stockage ou des carburants transportés dans des bidons, susceptibles de contenir de l’eau ou des impuretés pouvant endommager les filtres, les injecteurs et les moteurs.
Des achats réalisés auprès de négociants internationaux
Enfin, Mahmoud El May a précisé que la Tunisie ne s’approvisionne pas directement auprès des pays producteurs, mais achète ses produits pétroliers auprès de sociétés internationales de négoce.
Ces opérateurs livrent les cargaisons dans les ports tunisiens, notamment à Skhira, La Goulette-Radès et Bizerte, avant de s’approvisionner sur différents marchés internationaux selon les opportunités et les prix. Selon lui, les cargaisons peuvent ainsi provenir de France, d’Italie, de Grèce ou encore des Pays-Bas.
M.B.Z










