Alors qu’une vague de chaleur exceptionnelle touche une grande partie de l’Europe, avec des températures inédites enregistrées jusque dans des régions habituellement tempérées, la Tunisie connaît, pour l’heure, des conditions météorologiques relativement plus clémentes.
Cette situation ne signifie toutefois pas que le pays échappe aux conséquences du changement climatique. Selon l’ingénieur environnemental et spécialiste des changements climatiques Hamdi Hached, les effets indirects de cette canicule européenne pourraient se faire sentir dans les prochaines semaines, notamment sur la Méditerranée, les écosystèmes marins et les ressources en eau.
Dans une intervention sur Jawhara FM vendredi 26 juin 2026, il a rappelé qu’il aurait été difficile d’imaginer, il y a encore une quinzaine d’années, que Berlin puisse connaître des températures comparables, voire supérieures, à celles de Douz. Aujourd’hui, ces records se multiplient sous l’effet du réchauffement climatique, modifiant progressivement les repères météorologiques traditionnels.
Cette différence reste toutefois ponctuelle. La Tunisie appartient au même espace climatique que le reste du bassin méditerranéen et demeure directement exposée aux conséquences des phénomènes météorologiques qui affectent ses voisins.
Hamdi Hached a expliqué qu’une grande partie de l’excès de chaleur produit par cette vague caniculaire était en effet absorbée par la mer. Selon ses prévisions, la température des eaux méditerranéennes pourrait dépasser de 7 à 8°C les normales de saison au cours de la première semaine de juillet.
Un tel réchauffement modifie profondément la dynamique de la mer et les échanges entre l’océan et l’atmosphère. Ces changements peuvent ensuite influencer la circulation des masses d’air, les conditions météorologiques régionales ainsi que l’intensité de certains phénomènes extrêmes.
Ce réchauffement des eaux n’est pas sans conséquences pour les écosystèmes marins. L’augmentation de la température de la mer conjuguée à la pollution marine contribuent, selon Hamdi Hached, au développement des organismes dont se nourrissent les méduses et une reproduction accélérées de ces dernières.
Cela explique d’ailleurs en partie les importantes concentrations de méduses déjà observées sur certaines plages tunisiennes et pourraient favoriser une présence encore plus marquée au cours des prochaines semaines.
Outre leur impact sur les écosystèmes marins, les fortes chaleurs ont un impact direct sur les ressources en eau. Hamdi Hached a expliqué que l’évaporation constituait un phénomène naturel qui s’intensifie fortement lors des épisodes de chaleur. Les barrages tunisiens perdent ainsi quotidiennement d’importants volumes d’eau uniquement sous l’effet de l’évaporation.
Si la situation actuelle des réserves est plus favorable que l’année précédente grâce aux précipitations enregistrées ces derniers mois, cette perte quotidienne demeure un facteur à surveiller dans un contexte où les ressources en eau restent fragiles.
L’expert a avancé, également, que le réchauffement actuel de la Méditerranée pourrait favoriser, dans les prochains mois, des épisodes pluvieux particulièrement intenses.
Selon lui, le changement climatique ne signifie pas nécessairement davantage de pluie, mais plutôt une modification de sa répartition. Les périodes sèches tendent à s’allonger, tandis que les précipitations surviennent sous forme d’épisodes très concentrés, capables de provoquer des inondations soudaines.
Ce scénario constitue aujourd’hui l’une des principales préoccupations des spécialistes du climat pour l’ensemble du bassin méditerranéen, dont la Tunisie fait partie.
Pour Hamdi Hached, ces évolutions imposent avant tout de renforcer la sensibilisation du public et d’anticiper les effets du changement climatique plutôt que de les subir. Si la Tunisie n’est pas aujourd’hui au cœur de la canicule qui frappe l’Europe, elle demeure pleinement concernée par les transformations climatiques à l’œuvre dans toute la région méditerranéenne.
N.J










