La situation financière de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) continue de susciter de vives interrogations au Parlement, où les nouveaux engagements de financement en faveur de l’entreprise ont relancé le débat sur la trajectoire de redressement de ce pilier stratégique du service public.
La Commission des finances et du budget de l’Assemblée des représentants du peuple a approuvé, lundi 29 juin 2026, deux projets de loi relatifs à des garanties de l’État pour des prêts accordés par la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD). Ces financements, d’un montant global de 1,4 milliard de dinars environ s’inscrivent dans le cadre du contrat-programme signé entre l’État tunisien et la Steg pour la période 2024-2028.
Mais au-delà de l’aspect technique des prêts, c’est la portée politique et économique de ces nouveaux engagements qui a dominé les échanges au sein de la commission.
Une entreprise sous perfusion financière
Invité à revenir sur ce sujet, le député et membre de la commission des finances, Issam Chouchen, a dressé un constat particulièrement préoccupant de la situation de l’entreprise, dans une intervention sur les ondes d’Express FM. Selon lui, la Steg se trouve aujourd’hui dans une spirale financière difficile, marquée par un recours répété à l’endettement sans amélioration structurelle durable.
Il a rappelé que l’endettement global de l’entreprise avait atteint plus de 7 milliards de dinars, tandis que les créances impayées dues par les clients — particuliers, entreprises et institutions publiques — dépassaient les 6 milliards de dinars. Une situation qui, selon lui, exerce une pression directe et continue sur la trésorerie de l’entreprise.
Pour le député, ces nouveaux prêts, bien que présentés dans un cadre concessionnel et adossés à des objectifs de réforme, posent une question de fond : celle de la capacité réelle à sortir d’une logique d’endettement récurrent.
Il a avancé que pour rétablir ses équilibres financiers, il faudrait mobiliser des ressources d’une ampleur exceptionnelle. « Pour redresser la Steg, il faudrait, au minimum 12 milliards de dinars », a-t-il noté.
Il a souligné par ailleurs que le Parlement avait déjà été amené à approuver plusieurs financements en faveur de la Steg ces dernières années, sans que les déséquilibres structurels ne soient véritablement résorbés.
Parmi les exemples évoqués figure notamment le financement de cinq prêts liés au projet d’interconnexion électrique entre la Tunisie et l’Italie, dont l’avancement reste, selon les députés, limité, alimentant des interrogations sur l’efficacité de l’exécution des projets stratégiques.
Dans son intervention, Issam Chouchen a insisté sur un point central : le problème de la Steg ne réside pas uniquement dans le financement, mais dans la gouvernance interne et les dysfonctionnements structurels. Il a notamment évoqué la persistance du vol d’électricité, estimé comme un phénomène qui ne se limite pas à des cas isolés mais toucherait parfois des quartiers entiers, aggravant significativement les pertes du réseau.
Les chiffres présentés devant la commission illustrent d’ailleurs cette fragilité : près de 19,7% de pertes sur le réseau électrique, un niveau jugé élevé et difficilement soutenable pour une entreprise publique déjà fortement endettée.
Autre élément central du diagnostic : le déséquilibre entre les coûts réels de production et les tarifs de vente. En 2025, le prix moyen de l’électricité vendu par la Steg était de 290,7 millimes par kilowattheure, alors que le coût de production atteignait 456,3 millimes. Pour le gaz naturel, l’écart est encore plus marqué, avec un prix de vente de 647,4 dinars la tonne équivalent pétrole contre un coût de 1 497,7 dinars.
Le député a également rappelé la forte dépendance énergétique du pays, avec plus de 95% de la production électrique reposant sur le gaz naturel, rendant la Steg particulièrement vulnérable aux fluctuations des prix internationaux des hydrocarbures et du taux de change.
Au-delà des prêts, les réformes restent le véritable défi
Au-delà du constat financier, Issam Chouchen a insisté sur l’évolution du rôle de l’entreprise publique. Il a rappelé que la Steg était autrefois une institution excédentaire, capable de contribuer au budget de l’État, alors qu’elle se trouve aujourd’hui dans une situation inverse, dépendante de financements extérieurs pour assurer la continuité de ses activités.
Cette transformation, selon lui, illustre l’ampleur du déclin accumulé et pose la question de la soutenabilité du modèle actuel. Il a réitéré que la répétition des plans de financement sans réforme profonde risquerait de conduire à une reproduction cyclique des mêmes difficultés.
Le député a, dans ce sens, appelé à une approche globale et structurelle de la réforme des entreprises publiques. Selon lui, la sortie de crise ne peut passer uniquement par l’endettement, mais doit s’appuyer sur une amélioration de la gouvernance, un meilleur recouvrement des créances, une lutte effective contre les pertes techniques et commerciales, ainsi qu’une modernisation du réseau.
Il a également insisté sur les attentes des citoyens, notamment en matière de qualité de service, pointant les délais parfois longs de raccordement des logements aux réseaux d’électricité et de gaz, dans un contexte où l’État continue pourtant de mobiliser d’importants financements pour soutenir l’entreprise.
N.J










