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« Je ne l’ai pas reconnu » : le témoignage bouleversant de la fille de Zied El Heni

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Par Sarra Hlaoui

    « Papa était heureux de me voir. Moi, j’ai été choquée ». Après deux mois sans avoir vu son père, la fille du journaliste Zied El Heni raconte avoir découvert un homme qu’elle dit profondément marqué par la détention. Dans un long témoignage publié mardi 30 juin 2026, sur les réseaux sociaux, Aram El Heni décrit ce qu’elle affirme avoir constaté lors du transfert de son père au tribunal : un visage épuisé, une voix affaiblie, des mains bleuies par les menottes et des conditions de transfert qu’elle qualifie de « torture ».

    Le journaliste est détenu depuis le 26 avril 2026, date à laquelle un mandat de dépôt a été émis à son encontre par le ministère public dans une affaire liée à des déclarations critiques envers des magistrats. Poursuivi en vertu de l’article 86 du Code des télécommunications pour des faits qualifiés d’« atteinte à autrui via les réseaux publics de communication », il a été condamné le 7 mai à un an de prison. Le 26 juin dernier, la chambre correctionnelle de la Cour d’appel de Tunis a confirmé cette condamnation. Zied El Heni fait également l’objet d’une seconde procédure judiciaire dans une affaire remontant à la période où il siégeait au conseil municipal de Carthage.

    La jeune femme explique qu’elle n’avait plus revu son père depuis le mois de mai en raison de son stage. Mardi, à l’occasion de son transfert devant le tribunal, elle le retrouve enfin.

    « J’ai été choquée de voir son visage marqué par la fatigue, de l’entendre parler avec difficulté, de constater à quel point il avait vieilli en seulement deux mois et de voir ses mains bleues à cause des menottes », écrit-elle.

    Selon son témoignage, Zied El Heni a été conduit au palais de justice en milieu de journée, sous une chaleur accablante, dans un véhicule de police dépourvu de grilles d’aération, avec plusieurs autres détenus.

    Aram El Heni affirme également que son père est resté menotté pendant plusieurs heures, au point que ses poignets portaient des marques visibles. Ses vêtements étaient « trempés de sueur ».

    Elle rapporte aussi une scène qui l’a particulièrement marquée. Son père lui aurait confié que les détenus peinaient à obtenir de la glace pour rafraîchir leur eau. En apercevant le sac contenant quelques glaçons que sa famille avait apporté, il s’en serait réjoui, sans toutefois pouvoir en bénéficier.

    « Ce que j’ai vu aujourd’hui, c’est de la torture »

    Au-delà de l’émotion des retrouvailles, Aram El Heni porte de graves accusations sur les conditions dans lesquelles son père a été transféré et maintenu au tribunal.

    « Ce que j’ai vu aujourd’hui n’est ni un mauvais traitement, ni une négligence administrative, ni une procédure ordinaire. Ce que j’ai vu aujourd’hui, c’est de la torture », affirme-t-elle, estimant que la privation de liberté ne saurait justifier une atteinte à la santé, à la dignité ou au droit à un traitement humain.

    Elle rappelle que les personnes placées sous la responsabilité de l’administration pénitentiaire demeurent, selon ses mots, « des vies dont vous êtes responsables devant la loi et devant Dieu ».

    La fille du journaliste s’inquiète également des conséquences que pourraient avoir les températures extrêmes sur les personnes détenues, en particulier les plus âgées ou les plus fragiles, la canicule pouvant provoquer des malaises graves, voire entraîner des décès.

    Elle estime que si un drame devait survenir, les autorités ne pourraient invoquer un simple « mauvais jugement » ou une « erreur individuelle ».

    Dans son message, elle évoque également le souvenir de l’agent de sécurité décédé en détention, dont l’innocence avait ensuite été reconnue, pour dénoncer une absence de responsabilité dans certaines affaires.

    Aram El Heni conclut son témoignage en estimant que « la responsabilité commence avec celui qui décide d’emprisonner injustement des personnes » et s’étend, selon ses mots, « à tous ceux qui voient l’injustice et gardent le silence ». Elle termine par cette citation : « Celui qui aide un oppresseur finira par subir son oppression. »

    S.H

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