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L’homme à la baguette de pain est mort : l’anonyme derrière une photo devenue historique

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Par Raouf Ben Hédi

    En janvier 2011, alors que des milliers de Tunisiens convergent vers l’avenue Habib-Bourguiba, un homme s’agenouille au milieu de la chaussée. Dans une main, une simple baguette de pain. Face à lui, les forces de l’ordre qui avancent.

    Quelques secondes suffisent. Un photographe déclenche son appareil. Le cliché de Fred Dufour, photojournaliste de l’AFP, fera le tour du monde et deviendra l’une des images les plus puissantes de la révolution tunisienne.

    Cet homme s’appelait Abdeljalil Hamdi. Son décès, annoncé mardi 30 juin 2026, rappelle que derrière une photographie devenue iconique se trouvait un homme ordinaire, loin des tribunes politiques et des récits héroïques.

    Une image plus forte que mille discours

    La force de cette photographie tient à sa simplicité. Aucun slogan n’y apparaît. Seulement un homme pauvre, une baguette de pain et une ligne de policiers.

    En une fraction de seconde, l’image résume ce que des milliers de discours tenteront ensuite d’expliquer. Une population confrontée à un pouvoir qui semble encore tenir la rue, tandis que les revendications les plus élémentaires, le pain, la dignité, la justice sociale, s’invitent au cœur de l’espace public.

    Pendant quinze ans, cette photographie a illustré des centaines d’articles, de documentaires, de livres et d’expositions consacrés à la révolution tunisienne. Elle est devenue un raccourci visuel de ce moment où tout semblait basculer.

    Pour beaucoup, le cliché est familier. Le nom d’Abdeljalil Hamdi, lui, l’est beaucoup moins.

    L’homme derrière le symbole

    Abdeljalil Hamdi n’était ni un chef politique ni un militant connu. Il était l’un de ces milliers de Tunisiens anonymes descendus dans la rue durant les journées qui ont précédé la chute de Zine El-Abidine Ben Ali. La photographie l’a immortalisé sans qu’il ne cherche à devenir un symbole.

    Comme souvent avec les grandes images de l’Histoire, le personnage finit par disparaître derrière le symbole. Le cliché est resté dans la mémoire collective, tandis que l’homme poursuivait son existence loin des projecteurs.

    Quinze ans après le 14 janvier 2011, la baguette de pain d’Abdeljalil Hamdi continue de parler aux Tunisiens. Peut-être parce qu’elle évoque, avec une étonnante économie de moyens, les aspirations d’alors autant que les interrogations d’aujourd’hui.

    R.B.H

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    Commentaire

    1. jamel.tazarki

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      1 juillet 2026 | 10h41

      Cette Photo de presse est devenue une icône artistique universelle. Au-delà du témoignage brut, la force durable de cette photographie réside dans sa composition géométrique et sa profonde esthétique tragique.

      Le contraste saisissant des figures: Des Policiers avec leurs uniformes massifs contrastent lourdement avec la position vulnérable de Mr. Abdeljalil Hamdi.

      – Pour figer une telle scène, il fallait une maîtrise technique réflexe absolue. Le photographe a choisi de s’abaisser légèrement, se mettant à hauteur de Mr. Abdeljalil Hamdi.
      –>
      Le concept de « l’instant décisif » d’Henri Cartier-Bresson : La photo est analysée comme l’alignement parfait de la technique, du hasard et de l’émotion. Capter une telle géométrie dans l’urgence absolue (sans recadrage en laboratoire) démontre le génie instinctif du photographe.

      – Le cliché reste classé parmi les photographies les plus influentes et les plus marquantes du XXIe siècle. Il est systématiquement étudié dans les manuels scolaires et les écoles de journalisme pour illustrer le pouvoir de l’image face au pouvoir politique et militaire.
      –>
      Malheureusement, on traite entre-temps la révolution de jasmin de « révolution de la brouette », alors que l’on néglige le fait que cette révolution a également une dimension esthétique, comme en témoigne la photo ci-dessus.

      – Le débat sur la « beauté » de l’horreur est un sujet de mémoire classique pour les étudiants en art. Est-il moralement acceptable de trouver une photo « belle » ou « bien composée » alors qu’elle montre le massacre d’un peuple perpétré par la dictature et les militaires ?

      Susan Sontag écrivait dans son livre « Sur la photographie (1977) » : « Les photographies marquent davantage les esprits que les images animées, car elles ne montrent qu’un instantané précis et non le passage du temps. » La télévision, elle, est un flot d’images enchaînées sans discernement, chacune contredisant la précédente. Chaque photographie fixe un moment précieux, transformé en un objet fragile que l’on peut conserver et revoir à l’infini. Des photographies comme celle qui a fait la une des journaux du monde entier en 1972 — un enfant sud-vietnamien nu, tout juste aspergé de napalm américain, courant dans la rue, les bras tendus et hurlant de douleur — ont probablement davantage contribué à dresser l’opinion publique contre cette guerre que cent heures de barbarie télévisée. » Fin de la citation.

      Cette citation de Susan Sontag, tirée de Sur la photographie (1977), est fondamentale. Elle résume parfaitement la supériorité de l’image fixe sur le flux télévisuel pour ancrer un événement dans la mémoire collective. Sontag met ici le doigt sur la nature même de l’icône : un arrêt sur image qui refuse l’oubli.

      Dr. Jamel Tzaraki Mathématicien

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