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La Tunisie lance son premier classement des entreprises les plus performantes sur le plan énergétique

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Par Nadya Jennene

    Comment distinguer une entreprise réellement performante sur le plan énergétique d’une autre qui se contente d’afficher de bonnes intentions ? C’est à cette question que veut répondre le Grand Prix de la Performance Énergétique (GPPE), officiellement lancé lundi 29 juin 2026. Présenté comme une première en Tunisie, ce nouveau dispositif entend mesurer, comparer et récompenser les entreprises sur la base de critères objectifs, de données vérifiées et d’une évaluation indépendante.

    Bien plus qu’un prix symbolique, le GPPE ambitionne de devenir un véritable référentiel national de la performance énergétique. Son objectif est de faire de l’efficacité énergétique un indicateur reconnu, comparable et mesurable, tout en constituant, année après année, une base de données nationale destinée aux décideurs publics comme aux acteurs économiques. La première cérémonie de remise des prix est d’ores et déjà programmée pour décembre 2026, avec l’ambition d’installer ce rendez-vous dans le calendrier économique tunisien.

    Une réponse à un défi devenu stratégique

    Le lancement du GPPE intervient dans un contexte où la question énergétique occupe une place de plus en plus centrale dans les débats économiques. Dépendance croissante aux importations, pression sur les finances publiques, flambée et volatilité des coûts de l’énergie, nouvelles exigences internationales en matière de décarbonation : les défis se multiplient et redessinent les priorités.

    La Tunisie importe aujourd’hui plus de 50% de ses besoins énergétiques, tandis que les énergies renouvelables représentent encore moins de 5% du mix énergétique national. Cette situation accentue la vulnérabilité du pays face aux chocs extérieurs tout en mettant en évidence le potentiel encore largement inexploité de la transition énergétique.

    Dans ce contexte, les initiateurs du GPPE veulent combler un vide : l’absence d’un référentiel national unifié permettant de mesurer et de comparer la performance énergétique des entreprises.

    Le principe est simple : transformer cette performance en un indicateur fiable, objectivable et reconnu. L’ambition est double : offrir au marché un repère crédible tout en produisant des données consolidées susceptibles d’éclairer les politiques publiques et les stratégies des entreprises.

    Sept secteurs passés au crible

    Pour cette première édition, le GPPE cible sept secteurs considérés comme stratégiques dans la transition énergétique : les énergies solaires, la mobilité électrique, l’électroménager, l’industrie, le bâtiment, les banques et la microfinance, ainsi que le tourisme.

    L’objectif est de mettre en lumière des solutions concrètes, des investissements mesurables et des performances vérifiées. Plus de 200 produits, portés par plus de 100 entreprises candidates, seront évalués dans le cadre d’un processus couvrant l’ensemble de ces secteurs.

    Chaque candidature sera notée sur 100 points selon cinq critères : l’efficacité énergétique (40 points), l’intensité énergétique (20 points), l’innovation énergétique (15 points), la gouvernance énergétique (15 points) et l’empreinte carbone (10 points). Seules les candidatures obtenant au moins 70 points pourront être distinguées, un seuil présenté comme volontairement exigeant.

    L’évaluation se déroulera en quatre étapes : la définition des référentiels techniques validés par les institutions publiques de l’énergie, le dépôt des candidatures, l’examen des dossiers par des jurys spécialisés appuyés par des organismes techniques, puis l’attribution des distinctions.

    « Sa philosophie repose sur une exigence simple mais fondamentale : la crédibilité. Chaque candidature est évaluée sur la base de données tangibles, d’indicateurs mesurables et d’un processus d’expertise indépendant garantissant l’intégrité des résultats », a assuré le fondateur du GPPE, Nebil Jridet.

    Un large réseau de partenaires

    Cette exigence de crédibilité s’appuie également sur un important réseau de partenaires institutionnels. L’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA) figure parmi les principaux soutiens de l’initiative, aux côtés de plusieurs acteurs majeurs du secteur énergétique : l’Agence nationale de la maîtrise de l’énergie (ANME), le Centre technique des industries mécanique et électrique (CETIME), le Centre de recherches et des technologies de l’énergie (CRTEn), l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (APII) ainsi que l’Agence foncière industrielle (AFI).

    Selon les promoteurs du projet, cette organisation doit garantir l’indépendance scientifique et technique du processus ainsi que la fiabilité des données collectées et analysées.

    Au-delà d’un trophée, un outil de compétitivité

    Le GPPE ne se limite pas à décerner des distinctions. Ses initiateurs veulent en faire un véritable levier de compétitivité pour les entreprises tunisiennes.

    En mettant en avant les acteurs les plus performants, ils espèrent créer un « signal de marché » susceptible d’influencer les décisions d’investissement, de financement ou encore d’achat.

    Cet enjeu prend une importance particulière dans un environnement international de plus en plus exigeant, marqué notamment par l’entrée en vigueur de mécanismes comme l’ajustement carbone aux frontières. Dans ce contexte, la performance énergétique devient progressivement un critère stratégique de compétitivité.

    Le GPPE entend ainsi offrir aux entreprises tunisiennes un cadre de reconnaissance permettant de valoriser des efforts souvent peu visibles, malgré les économies d’énergie réalisées et les gains de productivité obtenus.

    Une base de données inédite pour guider les politiques publiques

    L’autre ambition du projet est de produire chaque année une base de données consolidée sur la performance énergétique des différents secteurs de l’économie tunisienne.

    Cette photographie annuelle doit permettre d’identifier les secteurs les plus avancés, de mesurer les écarts de performance et de fournir aux pouvoirs publics un outil supplémentaire pour orienter les politiques de transition énergétique.

    Le GPPE affiche également sa volonté de s’aligner sur les standards internationaux, notamment les Objectifs de développement durable (ODD) et les référentiels liés à la décarbonation. Pour ses promoteurs, la transparence, l’auditabilité et la reproductibilité des résultats constituent des conditions indispensables pour faire émerger un dispositif crédible et positionner la Tunisie comme une référence régionale en matière de gouvernance énergétique.

    Au-delà des chiffres, les initiateurs revendiquent enfin une ambition plus large : installer durablement une culture de la performance énergétique au sein des entreprises tunisiennes, où la mesure devient un réflexe, l’innovation un avantage concurrentiel et l’efficacité énergétique un véritable levier de création de valeur.

    Les premiers lauréats seront connus en décembre 2026. Cette première édition dira si le GPPE peut s’imposer, au-delà d’un simple concours, comme le futur baromètre de la performance énergétique des entreprises tunisiennes.

    N.J

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