La Fédération tunisienne des restaurants touristiques tire la sonnette d’alarme. Selon son président, Habib Ben Moussa, les établissements enregistrent une baisse d’activité estimée à au moins 50%. Une situation qui traduit, selon lui, une désaffection d’une partie de la clientèle tunisienne, sur fond d’érosion du pouvoir d’achat, et fragilise de nombreux professionnels du secteur.
Le président de la Fédération tunisienne des restaurants touristiques, Habib Ben Moussa, a dressé un constat préoccupant de la situation du secteur, mardi 30 juin 2026, au micro d’Oussama Souiai dans l’émission Echerâa Ettounsi sur Express FM.
Interrogé sur la désaffection des Tunisiens pour les restaurants touristiques en raison du coût d’une sortie au restaurant, le responsable a acquiescé avant de préciser qu’il préférait illustrer la situation à travers le niveau d’activité du secteur plutôt que par des chiffres de fréquentation. Il a ainsi confirmé que les restaurants touristiques traversent une période particulièrement difficile, évoquant une baisse marquée de leur activité.
Une activité en recul d’au moins 50%
Avant d’évoquer les difficultés du secteur, Habib Ben Moussa rappelle que les restaurants touristiques constituent, selon lui, un maillon essentiel de l’offre touristique tunisienne. Il estime qu’ils participent pleinement à l’expérience des visiteurs en leur permettant de découvrir la gastronomie et le patrimoine culinaire des différentes régions du pays, au-delà du séjour dans les établissements hôteliers.
Pour illustrer l’ampleur du secteur, Habib Ben Moussa rappelle que la Tunisie compte près de 400 restaurants touristiques classés, de une à quatre fourchettes, représentant environ 34.000 couverts, dont 12.000 dans le Grand Tunis.
Au-delà de ces chiffres, le président de la fédération insiste sur le poids économique des restaurants touristiques dans l’économie nationale. Selon lui, les quelque 400 établissements classés génèrent près de 1,2 milliard de dinars de chiffre d’affaires annuel, représentent, selon la fédération, environ 15% des recettes touristiques en devises et assurent près de 20.000 emplois. Il souligne également que la majorité des restaurants touristiques exercent leur activité tout au long de l’année, malgré les effets de la saisonnalité, ce qui en fait un maillon permanent de l’industrie touristique tunisienne.
Il explique que les restaurateurs raisonnent davantage en capacité d’accueil qu’en nombre de clients, en s’appuyant principalement sur le nombre de couverts occupés et le taux d’occupation des salles, qu’ils jugent plus représentatifs de la réalité économique du secteur.
« Lorsque nous échangeons avec nos adhérents, nous estimons qu’il y a au moins 50% de baisse de l’activité des restaurants », indique-t-il, qualifiant cette diminution de « très importante ».
Selon lui, cette estimation reflète la réalité vécue par les exploitants dans plusieurs régions du pays et traduit un net ralentissement de l’activité des établissements touristiques.
Pour illustrer concrètement cette évolution, le président de la fédération explique qu’un restaurant touristique disposant d’une capacité de cent couverts affichait auparavant un taux d’occupation moyen d’environ 70%, soit près de 70 couverts occupés. Aujourd’hui, ce taux serait tombé à 35%, ce qui représente environ 35 couverts seulement. À ses yeux, cette évolution illustre l’ampleur du recul enregistré par les restaurants touristiques.
Le pouvoir d’achat pèse sur la fréquentation
Pour Habib Ben Moussa, cette baisse de l’activité est directement liée à l’évolution du pouvoir d’achat des ménages. Il estime que les Tunisiens continuent d’apprécier les sorties au restaurant, mais que leur budget consacré aux loisirs s’est progressivement réduit sous l’effet de la hausse du coût de la vie.
« Le Tunisien aime sortir et profiter de la vie. Mais lorsque la vie devient plus chère, le budget consacré aux loisirs est le premier à être réduit », résume-t-il. Selon lui, les sorties au restaurant figurent désormais parmi les dépenses auxquelles de nombreuses familles renoncent lorsqu’elles doivent arbitrer leurs dépenses.
Le responsable estime ainsi que les difficultés rencontrées par les restaurants touristiques ne traduisent pas un désintérêt des Tunisiens pour ce type d’établissements, mais avant tout les contraintes budgétaires auxquelles sont confrontés les ménages. Il considère que les clients continuent d’apprécier les sorties en famille ou entre amis, mais qu’ils les espaceraient davantage qu’auparavant afin de préserver leur pouvoir d’achat.
Interrogé sur le coût d’un repas pour une famille composée de deux adultes et de deux enfants, le président de la fédération indique qu’une addition peut varier d’environ 200 à 500 dinars, selon le standing de l’établissement et les plats commandés.
Il insiste toutefois sur le fait que cette fourchette ne constitue pas un coût moyen applicable à l’ensemble des restaurants touristiques. Le montant dépend des choix des consommateurs, plusieurs établissements proposant également des plats et des menus plus accessibles.
Habib Ben Moussa reconnaît également que les prix pratiqués dans les restaurants ont augmenté ces dernières années. Il insiste toutefois sur le fait que cette évolution ne résulte pas d’une volonté des restaurateurs d’augmenter leurs marges, mais de la forte progression de leurs coûts d’exploitation.
Il explique que plusieurs matières premières ont vu leur prix doubler en l’espace de trois ans. « Des produits que nous achetions dix dinars coûtent aujourd’hui vingt dinars », illustre-t-il.
Selon lui, cette hausse du coût des approvisionnements s’ajoute à celle des autres charges supportées par les établissements. Les restaurateurs doivent également faire face à l’augmentation des dépenses liées au personnel, aux loyers, à l’énergie ainsi qu’à l’ensemble des coûts de fonctionnement, ce qui réduit progressivement leurs marges et limite leur capacité à absorber la hausse des prix sans la répercuter, au moins en partie, sur les consommateurs.
Le responsable évoque également plusieurs prélèvements fiscaux qui représentent, selon lui, près de 4% du chiffre d’affaires des restaurants touristiques. Il estime que ces charges, qui s’ajoutent aux autres coûts d’exploitation, réduisent davantage les marges des restaurateurs dans un contexte déjà marqué par le recul de l’activité.
Des difficultés qui se multiplient pour les professionnels
Habib Ben Moussa estime que cette contraction de l’activité pèse lourdement sur les restaurateurs et fragilise l’équilibre de nombreux établissements.
« C’est énorme. Beaucoup de personnes souffrent de cette situation », affirme-t-il, tout en précisant qu’il préfère habituellement adopter un discours optimiste.
Le président de la fédération considère toutefois qu’il est nécessaire d’exposer la réalité du secteur, estimant que les difficultés rencontrées aujourd’hui par les restaurants touristiques ne peuvent plus être ignorées.
Il souligne que les exploitants continuent de faire fonctionner leurs établissements malgré un contexte devenu particulièrement difficile. Selon lui, la baisse de l’activité, la progression continue des coûts d’exploitation et l’alourdissement des charges exercent une pression croissante sur la rentabilité des restaurants touristiques, dont une grande partie fonctionne tout au long de l’année.
Malgré ce constat, Habib Ben Moussa se dit confiant dans les perspectives du tourisme tunisien. Il estime que les restaurants touristiques demeurent un pilier de l’offre touristique nationale et qu’ils contribuent pleinement à l’expérience proposée aux visiteurs, au même titre que l’hébergement ou les autres prestations du secteur.
Le responsable rappelle également que les restaurants touristiques jouent un rôle économique et social important, tant par les emplois qu’ils génèrent que par leur contribution à l’activité touristique et aux recettes en devises. Il estime que le secteur dispose d’un potentiel de développement important, à condition que les difficultés auxquelles il est confronté soient prises en considération et que les professionnels puissent exercer leur activité dans des conditions plus favorables.
Mais, selon lui, le recul actuellement observé illustre les difficultés persistantes auxquelles sont confrontés les restaurants touristiques, malgré le lancement de la haute saison. Habib Ben Moussa estime qu’il est désormais indispensable de mettre en lumière cette réalité afin d’alerter sur les enjeux auxquels fait face un secteur qui représente, selon la Fédération, près de 400 établissements classés, 20.000 emplois et environ 15% des recettes touristiques en devises.
À ses yeux, le redressement de l’activité passera autant par une amélioration du pouvoir d’achat des ménages que par un environnement économique et fiscal plus favorable aux entreprises du secteur. Le président de la fédération espère ainsi que la haute saison estivale permettra d’amorcer une reprise, tout en estimant que les difficultés structurelles des restaurants touristiques nécessitent des réponses plus durables.
I.N.










