Le Ciné-Théâtre Le Rio hausse le ton. Dans un long communiqué publié lundi 29 juin 2026, cette institution culturelle emblématique accuse le ministère des Affaires culturelles d’avoir multiplié les décisions administratives qui fragilisent son fonctionnement et mettent en péril son modèle économique. Subventions supprimées, café fermé, pressions administratives et menace d’exclusion des grands rendez-vous culturels : l’établissement dresse un réquisitoire particulièrement sévère contre sa tutelle.
Pour la direction du Rio, ces décisions sont d’autant plus incompréhensibles qu’elles interviennent alors que les autorités affichent leur volonté de soutenir l’investissement culturel et l’entrepreneuriat artistique.
Subventions annulées, café fermé : un équilibre financier fragilisé
Premier grief, et non des moindres : l’annulation de la subvention de fonctionnement et d’équipement accordée au titre de l’année 2025. Selon Le Rio, cette décision aurait été motivée par un prétendu non-respect de recommandations de l’Inspection générale du ministère, alors que l’établissement affirme n’avoir jamais été officiellement informé de ces observations ni avoir eu la possibilité d’y répondre.
La direction affirme également que la subvention prévue pour l’année en cours a été suspendue, alors même qu’elle avait été validée. En cause, selon le ministère, une interprétation du statut fiscal de l’établissement que Le Rio juge erronée et incapable de refléter la réalité de ses multiples activités culturelles.
À cette situation s’ajoute la fermeture du café attenant au Ciné-Théâtre. Une décision qualifiée de « disproportionnée » par la direction, qui rappelle que cet espace constitue une source essentielle de revenus permettant de financer une partie de sa programmation culturelle. Sa fermeture aurait ainsi directement affecté l’équilibre économique de la structure.
Le Rio craint d’être écarté des grands rendez-vous culturels
Le communiqué pointe également ce que l’établissement considère comme une volonté de l’écarter de plusieurs manifestations culturelles nationales.
Le Rio affirme notamment avoir été menacé d’exclusion des Journées cinématographiques de Carthage 2025, malgré son rôle historique dans l’accueil du festival et les importants investissements réalisés ces dernières années. L’établissement rappelle avoir consacré plus d’un million de dinars à la rénovation de ses infrastructures et à la modernisation de ses équipements techniques, sonores et numériques.
Plus largement, il évoque son exclusion ou sa marginalisation dans plusieurs programmations liées aux Journées de Carthage, qu’il s’agisse du cinéma ou du théâtre, alors qu’il est depuis des années l’un des espaces culturels les plus actifs du pays.
Des contrôles jugés excessifs
Autre sujet de préoccupation : les visites répétées de l’Inspection générale du ministère. Sans contester le principe du contrôle, Le Rio estime que ces interventions peuvent exercer une pression sur sa liberté de programmation ainsi que sur ses relations avec les associations de la société civile.
La direction s’interroge également sur la compétence même de ces missions lorsqu’elles concernent une structure culturelle privée, considérant que les prérogatives de l’Inspection générale visent essentiellement les établissements publics.
Le communiqué évoque enfin une correspondance du délégué régional des Affaires culturelles de Tunis invitant Le Rio à réduire le nombre de cahiers des charges auxquels il est soumis. Une demande que l’établissement dit ne reposer sur aucun fondement juridique clairement établi et à laquelle il affirme avoir répondu en rappelant la conformité de sa situation administrative.
« Notre identité culturelle ne se résume pas à un identifiant fiscal »
Au-delà des différends administratifs, Le Rio estime que c’est la reconnaissance même de sa vocation culturelle qui est aujourd’hui remise en question.
La direction rejette l’idée que son identifiant fiscal puisse servir à remettre en cause son activité artistique. Elle rappelle que le lieu accueille depuis plusieurs années des spectacles de théâtre, des projections cinématographiques ainsi que de nombreuses manifestations culturelles nationales et internationales.
L’établissement souligne avoir transformé une salle autrefois menacée de fermeture en un espace culturel pluridisciplinaire devenu une référence pour les artistes, les associations et le public.
En conclusion, Le Rio appelle les autorités à instaurer un cadre réglementaire clair, stable et transparent pour les structures culturelles privées. Selon lui, la sécurité juridique, la motivation des décisions administratives et le respect des droits acquis sont des conditions indispensables au développement de l’investissement culturel en Tunisie.
N.J










