« Ces animaux ne doivent pas circuler ni être vendus. Il faut agir avant qu’il ne soit trop tard ». Face caméra, la vétérinaire Olfa Abid lance un cri d’alarme. Dans une vidéo publiée jeudi 2 juillet 2026 sur Facebook, devenue rapidement virale, elle dénonce l’existence d’un trafic illégal d’animaux sauvages en Tunisie, pointant en particulier le commerce du macaque de Barbarie, une espèce menacée d’extinction et pourtant vendue ouvertement.
La vétérinaire affirme que ces primates sont proposés à la vente aussi bien sur les réseaux sociaux que dans certains espaces commerciaux connus, notamment au marché Moncef Bey à Tunis. Dans une séquence qu’elle a elle-même diffusée, un macaque de Barbarie est proposé pour environ 2.200 dinars.
Pour Olfa Abid, le plus inquiétant n’est pas seulement l’existence de ce commerce, mais son caractère totalement assumé.
« Les annonces sont publiques, les vidéos circulent avec des numéros de téléphone et des coordonnées de contact. Ce trafic est visible de tous », déplore-t-elle, dénonçant un commerce qui continue de prospérer malgré les interdictions en vigueur.
Selon elle, ces animaux continuent d’être introduits illégalement sur le territoire tunisien avant d’être revendus, en violation de la législation nationale et des engagements internationaux de la Tunisie en matière de protection de la biodiversité.
Des réseaux à démanteler rapidement
La vétérinaire estime que le temps de la simple sensibilisation est désormais révolu. Elle appelle les autorités, les médias et les organisations de protection de la nature à intervenir rapidement pour démanteler ces réseaux.
Elle pointe également du doigt le manque de réaction des services compétents, notamment ceux chargés des forêts et de la protection de la faune sauvage. À ses yeux, des contrôles renforcés aux frontières sont indispensables afin d’empêcher l’introduction d’espèces protégées en Tunisie.
Olfa Abid réclame aussi des mesures coercitives : des poursuites contre les trafiquants, la saisie systématique des animaux détenus illégalement et leur prise en charge dans des structures spécialisées.
Car les conséquences sont souvent irréversibles. Arrachés à leur milieu naturel, ces animaux subissent des conditions de captivité qui compromettent durablement leur survie. Leur réintroduction dans la nature devient, dans de nombreux cas, impossible.
La vétérinaire révèle enfin avoir elle-même fait l’objet de menaces après avoir dénoncé ce trafic, preuve, selon elle, des intérêts qui gravitent autour de ce commerce clandestin.
Son témoignage relance la question du respect, par la Tunisie, des conventions internationales relatives à la protection des espèces menacées, mais aussi celle de l’efficacité de la lutte contre le trafic d’animaux sauvages.
Une espèce au bord du déclin
Le macaque de Barbarie figure parmi les espèces les plus menacées d’Afrique du Nord. Victime de la destruction de son habitat naturel et du commerce illégal, il est aujourd’hui classé en danger par l’UICN.
En l’espace de quarante ans, sa population sauvage est passée d’environ 40.000 à seulement 8.000 individus, illustrant l’ampleur du déclin provoqué par la pression humaine.
L’espèce est également inscrite à l’Annexe I de la Convention CITES, le niveau de protection le plus élevé. Son commerce international est strictement interdit, sauf dérogations exceptionnelles accordées à des fins scientifiques ou de conservation.
En tant qu’État signataire de cette convention, la Tunisie est tenue de prévenir toute forme de capture, de commerce ou de détention illégale de ces animaux protégés. Pourtant, si les faits dénoncés par la vétérinaire se confirment, ce trafic continuerait de prospérer… au vu et au su de tous.
N.J










