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Zied Dabbar alerte sur l’absence de vision de l’État pour le secteur des médias

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Par Myriam Ben Zineb

    Le président du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), Zied Dabbar, a vivement critiqué l’absence du secteur des médias dans le projet de plan de développement 2026-2030. Invité, jeudi 2 juillet 2026, sur Express FM, il a estimé que cette omission traduit l’absence d’une véritable politique publique en faveur des médias, qu’il considère comme un secteur stratégique pour la souveraineté nationale, le développement économique et la lutte contre la désinformation.

    « Un secteur stratégique totalement absent »

    Le responsable syndical explique que le SNJT a examiné le projet de plan de développement et a été surpris de constater que le secteur des médias n’y figure pas.

    « Aujourd’hui, les médias représentent aussi un enjeu économique important, puisqu’ils sont liés à l’économie numérique ainsi qu’aux industries culturelles et créatives. Pourtant, ils sont totalement absents de ce plan », a-t-il regretté.

    Pour Zied Dabbar, le développement ne peut être réduit à des investissements ou à des indicateurs économiques. Il repose également sur la transparence, la reddition des comptes, la participation citoyenne et l’accès à une information fiable.

    « Il est impossible de parler de développement sans disposer d’un secteur médiatique professionnel, libre et indépendant, capable d’informer les citoyens et d’ouvrir un véritable débat public », a-t-il affirmé.

    « Ce n’est pas une revendication corporatiste »

    Le président du SNJT insiste sur le fait que cette critique ne relève pas d’une simple défense des intérêts des journalistes.

    Selon lui, la question concerne directement la sécurité et l’avenir du pays, dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, les guerres de l’information et les campagnes de désinformation menées à travers les plateformes numériques.

    « Nous ne défendons pas uniquement notre profession. Nous parlons d’un enjeu national », a-t-il déclaré.

    Il a notamment évoqué la multiplication de pages diffusant de fausses informations ou alimentant les divisions, parfois administrées depuis l’étranger ou liées, selon lui, à des intérêts étatiques étrangers.

    Investir dans les médias, c’est investir dans la souveraineté

    Pour Zied Dabbar, le plan de développement devrait d’abord investir dans le capital humain, notamment à travers un secteur médiatique solide.

    Il estime que les médias constituent désormais un pilier de la souveraineté nationale, au même titre que la sécurité économique ou la cybersécurité.

    « Nous ne vivons plus simplement à l’ère des fake news. Nous sommes entrés dans celle du désordre informationnel », a-t-il expliqué, estimant que l’information est devenue une composante essentielle de la sécurité nationale.

    Le responsable syndical considère que la Tunisie doit se doter d’une stratégie permettant de protéger les citoyens contre la désinformation, les vidéos manipulées et les campagnes d’influence menées sur les réseaux sociaux.

    Le rôle des médias illustré par la guerre à Gaza

    Pour appuyer son argumentaire, Zied Dabbar a cité la guerre à Gaza, estimant que les médias ont joué un rôle déterminant pour documenter les violences et informer les opinions publiques internationales.

    Il a également souligné que plusieurs pays comparables à la Tunisie, notamment dans le monde arabe, ont développé une véritable stratégie de soutien au secteur des médias, contrairement à la Tunisie qui, selon lui, continue de l’ignorer.

    Des réformes bloquées

    Le président du SNJT a également dénoncé ce qu’il considère comme un manque de volonté politique envers le secteur.

    Il a rappelé que les médias avaient déjà été écartés de précédentes Lois de finances ainsi que des projets de réforme. Il a également regretté que plusieurs initiatives restent bloquées, citant notamment la révision du décret 54 ou encore le projet d’introduction de l’éducation aux médias dans les programmes scolaires.

    Selon lui, cette dernière réforme aurait pourtant permis d’aider les citoyens, notamment les jeunes, à distinguer les informations fiables des contenus trompeurs circulant sur les réseaux sociaux.

    Une crise structurelle aggravée par les difficultés économiques

    Zied Dabbar a enfin rappelé que les médias tunisiens traversent une crise profonde, marquée notamment par la baisse des recettes publicitaires, le vide institutionnel et l’absence d’une vision stratégique de l’État.

    Il a averti que le recul des médias professionnels intervient alors que les Tunisiens s’informent de plus en plus via les réseaux sociaux, où les contenus trompeurs circulent massivement.

    Estimant que les médias interviennent également dans des domaines aussi variés que l’éducation, la santé, la transition numérique, l’économie créative, l’égalité entre les femmes et les hommes ou encore la lutte contre les inégalités, il a appelé les députés à corriger une lacune majeure du projet de plan de développement avant son adoption.

    M.B.Z

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