Elle n’avait que huit ans. En quelques secondes, un moment de baignade en famille s’est transformé en un drame irréversible sur une plage de Kerkouane dans le gouvernorat de Nabeul. Mercredi 1er juillet 2026, une fillette a perdu la vie après avoir été emportée par le courant alors qu’elle flottait sur une chambrière, sous les yeux de sa mère, impuissante.
Ce jour-là, les conditions météorologiques étaient pourtant particulièrement défavorables. Les autorités avaient multiplié les mises en garde contre la baignade en raison de vents extrêmement violents susceptibles de générer des courants dangereux même à faible distance du rivage.
Sur les ondes de Diwan FM, la mère de la victime est revenue, la voix brisée, sur ces minutes qui continueront de la hanter. Selon son témoignage, elle se baignait avec sa fille, installée sur une chambrière. Toutes deux se tenaient par la main lorsque, soudainement, l’enfant a lâché sa prise. En une fraction de seconde, le courant l’a entraînée vers le large.
« J’ai nagé derrière elle », a raconté la mère. « Je voulais la rattraper, mais le courant était plus fort que moi. »
Un autre baigneur s’est également lancé à la poursuite de l’enfant. Lui aussi a dû renoncer. Refusant d’abandonner sa fille, la mère a continué à nager jusqu’à ce que ses propres forces l’abandonnent. Elle a finalement dû rebrousser chemin pour ne pas être, à son tour, engloutie par la mer. « J’ai failli me noyer moi aussi », a-t-elle confié avec une douleur indescriptible.
Revenue sur la plage, elle s’est mise à courir pour appeler à l’aide. Mais aucun sauveteur ne se trouvait à proximité. Lorsque les équipes de la Protection civile et les unités de la Garde nationale sont finalement arrivées sur les lieux, il était déjà trop tard. La fillette avait disparu sous les flots.
Au-delà de l’immense douleur d’une famille, ce drame relance avec une acuité particulière la question de la sécurité sur les plages tunisiennes durant la saison estivale.
Les objets gonflables, souvent perçus comme des accessoires ludiques, figurent pourtant parmi les principaux facteurs de risque. Chambrières, bouées ou matelas pneumatiques offrent une illusion de sécurité, alors qu’ils se transforment en véritables voiles sous l’effet du vent. En quelques instants, ils peuvent être propulsés loin du rivage, bien plus vite qu’un adulte n’est capable de nager.
Chaque été, les services de secours rappellent que ces équipements ne constituent en aucun cas des dispositifs de sauvetage et qu’ils ne devraient jamais être utilisés lorsque la mer est forte ou que des vents soutenus soufflent vers le large.
Cette tragédie met également en lumière un autre phénomène préoccupant : malgré les alertes météorologiques, les drapeaux de baignade et les appels répétés des autorités, de nombreux estivants continuent de se mettre à l’eau lorsque les conditions sont dangereuses. L’impression de maîtriser la situation, la confiance excessive ou la banalisation du risque conduisent parfois à des décisions dont les conséquences sont irréversibles.
À cela s’ajoute le choix de plages non surveillées. Chaque année, de nombreux baigneurs privilégient des sites dépourvus de postes de secours ou de maîtres-nageurs sauveteurs, pensant que la proximité du rivage suffit à garantir leur sécurité. Pourtant, en cas d’accident, les premières minutes sont décisives. L’absence d’intervention immédiate réduit considérablement les chances de sauver une personne emportée par les courants.
Le drame survenu à Kerkouane rappelle avec une brutalité insoutenable qu’en mer, quelques secondes peuvent suffire pour faire basculer une vie. Derrière les statistiques des noyades estivales se cachent des familles détruites, des parents qui revivent sans cesse l’instant où tout leur a échappé, et des enfants dont les rires se sont tus beaucoup trop tôt.
N.J










